lundi 24 octobre 2016

Au LUFF 2016 : Ressentis, Jour 5

*Hurle à la lune*

La remise des prix ayant eu lieu hier soir, en préambule de la soirée de clôture du festival, c’est avec plaisir que j’ai appris que le grand gagnant du LUFF 2016 dans la catégorie des longs-métrages en compétition est le film de Nicolette Krebitz, WILD. Beau choix. Le jury primant donc une histoire d’amour entre une jeune femme et un loup ; traitement très troublant d’un retour à la nature plutôt radicale et sans filet de sécurité. En espérant que cette reconnaissance permettra au film d’être davantage visible, il en vaut largement la peine. Veinards seront les spectateurs pouvant encore le (re)voir ce dimanche soir dans la magnifique salle du Bellevaux!



Cette dernière nuit "luffienne" terminée, ce n’est pas pour autant que le festival est déjà fini. Le dimanche, c’est les spectateurs et curieux les plus motivés que se regroupent encore une dernière fois autour de la Cinémathèque suisse pour savourer les dernières séances disponibles pour y dénicher quelques perles « underground ». Pour débuter la journée, le programme nous invite une ultime fois à retrouver Christina Lindberg. La rétrospective de la nymphette scandinave trouve sa conclusion avec ANITA. Après s’être envoléee
 pour un temps au Japon (le public du LUFF, la veille au soir, ayant pu l’apprécier dans SEX & FURY aux côtés de Reiko Ike) où le travail et les propositions de tournages s’enchaînaient à un rythme trop frénétique, c’est donc pour elle un retour aux sources avec ce film tourné en Suède sous la direction de Torgny Wickman qui lui offre là un nouveau rôle érotique mais pour un film qui n'est pas un long-métrage typique de "sexploitation".

Traitant du problème de la nymphomanie chez une jeune fille de 16 ans, ANITA n’est pas une production très sexy. C’est même une histoire plutôt triste et traitée avec un minimum de sérieux, même si l’occasion d’y voir de la nudité reste très forte. Christina Lindberg, rarement très bien dirigée, délivre ici une performance convaincante et pleine de sensibilité. On remarquera aux côtés de la comédienne un très jeune Stellan Skarsgard alors au début de sa carrière cinématographique. Comme c’était très souvent le cas lors de la diffusion de productions de ce genre, il en existe plusieurs montages. La projection au LUFF est spéciale pour l’occasion car il s’agit d’une version alternative du long-métrage dans sa version la plus longue jamais diffusée à ce jour. Un regroupement de diverses sources incluant le montage d’époque en 35mm avec des éléments tirées d’une copie allemande pour des séquences un peu plus « chaudes . On y rajoute même certaines séquences uniquement disponibles en français avec des dialogues particulièrement grossiers, notamment lors d’une séquence dans un cabaret. LES IMPURES (titre français d’époque) remplit donc aisément son cachet d’œuvre « interdit aux moins de 18 ans » mais reste avant tout un drame sentimental plutôt réussi où l’actrice donne toute la mesure de son talent, bien au-delà de ses attraits physiques.







La programmation de la Compétition officielle des longs-métrages de ce LUFF 2016 se termine donc avec l’ultime diffusion de THE EYE’S DREAM de Hisayasu Sato, un nom que les plus fidèles du festival se doivent de connaître suite à la projection en 2014 de son HANA-DAMA ; sachant donc un peu à quoi s’attendre avec cette nouvelle œuvre. A savoir du « pinku eiga », de l’érotisme bien humide et souvent assez osé qui vire régulièrement dans le trash bien sanguinolent. Ce long-métrage ne fait pas exception aux règles cinématographiques de ce vétéran du genre puisque son histoire est sacrément corsée. Attention les yeux, devrais-je dire ! Ambiance nauséeuse particulièrement prenante, Sato nous plonge dans un univers bien glauque en compagnie d’une femme obsédée par l’œil humain depuis qu’elle énucléa l’homme qui tenta de l’enlever. Si l’ensemble de son histoire baigne dans un univers remplit de sexe à la limite du malsain et de séquences gore bien excessives comme seuls les réalisateurs japonais sont capables de nous en concocter, le résultat est visuellement très soigné. Une recherche esthétique fascinante à voir malgré la laideur des événements auxquels les spectateurs seront confrontés. Il va de soi que ce film est prioritairement destiné à un public (très) averti de sa nature graphique particulièrement extrême sous peine d’en ressortir choqué. Ce n’est définitivement pas pour tout le monde (vous êtes au LUFF, ne l’oubliez pas !). La photographie aux couleurs saturées accentuant déjà une atmosphère assez spéciale, presque surréaliste. Morceau de cinéma assez étonnant, pour ne pas dire inclassable. Forcément subversif. A la fois sublime et dérangeant. Ca tire parfois en longueurs et n’a pas peur du ridicule. Forcément osé et bien entendu visuellement audacieux. On en ressort pas forcément indemne. Voilà de quoi bien conclure avec ce film 100% LUFF ! Les amateurs apprécieront, les autres auront probablement quittés la séance en cours de projection !




Comme dernière incursion « underground » en guise de grand final pour cette dernière soirée au LUFF, j’ai opté pour le choix d’un documentaire qui ne me disait pas grand chose. C’est celui qui fait le portrait de Tony Conrad et s’intitule COMPLETELY IN THE PRESENT. Tout sur un personnage à multiples facettes. Autant expérimentateur d’images comme de musiques, il est en soi l’un des pionniers de la musique minimaliste. Il a d’ailleurs collaboré avec quantité d’artistes et de groupes mythiques, avec toujours un esprit iconoclaste dans une perpétuelle recherche avant-gardiste. Et le bonhomme est passionnant à écouter, farfelu et débordant d’humour. Déjà invité à Lausanne à plusieurs reprises dans le cadre du festival, Tony Conrad s’est malheureusement éteint en avril dernier. Cet excellent documentaire est une belle manière de le (re)découvrir en nous présentant son incroyable parcours et ses multiples contributions à la culture « underground ». Une petite merveille qui donne envie d’explorer plus en avant toutes les créations d’un homme infiniment modeste.  A découvrir absolument !






Voilà. Le LUFF c’est fini. Le rendez-vous incontournable de l’année est désormais passé. Cette édition qui fêtait là son 15ème anniversaire aura donc, comme à son habitude (ce n’est plus vraiment une surprise), réservé quantité de belles découvertes pour un public qui n’a pas peur de s’aventurer hors des sentiers battus avec ces multiples variations d’appréhender le cinéma et les arts visuels et sonores sous différentes formes. La manifestation regorgeant à chaque fois de merveilles. Le plaisir fut court, à peine 5 jours, mais très intense. Merci. A l’année prochaine !

2 commentaires:

  1. Le jeu avec la typo sur l'affiche d'Anita est super classe !

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  2. Oh oui! Les petites subtilités délicieuses. C'est assez génial, en fait! Les affiches de ce genre de films étaient toujours très soignées! :)

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Au revoir...

Au revoir...
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