vendredi 21 octobre 2016

Au LUFF 2016 : Ressentis, Jour 3



WILD. OUILDE. En allemand, pour « sauvage ».  Si vous le prononcez correctement. C’est le titre de ce troublant long-métrage de la comédienne berlinoise Nicolette Krebitz. On y voit une femme se détacher progressivement du monde urbain et rompre le contact avec la civilisation. Et ça n’a rien à voir avec le film de Sean Penn. C’est un récit d’obsession, une histoire d’amour. Celle d’une jeune femme pour un loup qu’elle recueille dans son appartement. Rien de zoophile, hein ! Enfin, presque... Transcendance. Lyrisme viscéral et poétique crade. Une reconnection avec les plus bas instincts de la nature... Ca n’a rien de vraiment propre, mais d’une énorme beauté brute. L’alchimie entre la comédienne et son compagnon à quatre pattes est absolument fascinante. Le travail de mise en scène est remarquable. Lilith Stangenberg, audacieuse et impressionnante. Voilà une actrice qui se donne pleinement pour son rôle. Immersion totale. Troisième film de la Compétition officielle des longs-métrages au LUFF 2016, voici une nouvelle découverte assez incroyable qui confirme la versatilité de la sélection et l’immense qualité des films présentés. Celui-ci non plus ne sera pas du goût de tout le monde. Cela ne le rend pas moins inoubliable, certaines images resteront  certainement dans la tête des spectateurs durant un bon moment. Fort.







« L’adulescence de Phil Mulloy ». C’est une rétrospective d’une œuvre faite de courts et longs-métrages d’animation, bien en dehors des productions traditionnelles. Minimaliste et à la conception graphique particulière.  J’ai vu GOODBYE MISTER CHRISTIE, qui est le premier opus de « The Christie Trilogy » et sera suivi de DEAD BUT NOT BURIED pour se conclure avec THE PAIN & THE PITY . C’est original et parfois drôle mais je ne suis pas sûr d’avoir réussi à me plonger dans ce délire qui sacrifie la créativité d’images constamment répétitives aux idées et discours à la fois trash et grinchants.  Démarche intéressante, certes, mais ce n’est définitivement pas pour moi. Je vais en rester là, et me consacrer à autre chose…


C’est sur la grande scène de la salle Paderewski de la Cinémathèque suisse que le LUFF accueille Christina Lindberg pour son hommage à la plus célèbre nymphette du cinéma d’exploitation scandinave. Et la rencontre la plus attendue pour votre chroniqueur avec cette invitée très spéciale du festival, véritable star de la « sexploitation » pour laquelle le festival s’est fendu d’une sélection de 4 longs-métrages.  Le plus célèbre étant CRIME A FROID, autrement dit THRILLER, EN GRYM FILM dans son langage d’origine. Il fut également sorti sous plusieurs titres aux USA, le plus connu étant THEY CALL HER ONE EYE que l’obscure HOOKER’S REVENGE. Inévitablement adulé par Quentin Tarantino, il s’agit-là d’un sommet du genre très nauséeux « rape & revenge ».  L’histoire suit le calvaire d’une jeune fille exploitée, torturée et violée à de maintes reprises… avant que la victime borgne et muette puisse assouvir une violente revanche contre ses tortionnaires.



Plus de quarante ans après sa sortie initiale, le long-métrage à l’aura « culte » indéfectible, est une œuvre incontournable au parcours cinématographique absolument fascinant. Banni avant d’être finalement censuré de ses scènes les plus croustillantes à l’époque de sa sortie, il existe plusieurs variations de la même histoire. Pour l’occasion, le festival a déniché une copie 35mm d’époque présentant le long-métrage dans sa version « jaune ». A savoir un montage qui exclut les inserts pornographiques assurés par des doublures et que Christina Lindberg n’a pas tourné, se refusant à donner dans le sexe explicite. On garde tout de même l’incroyable séquence où un scapel crève l’œil de l’héroïne. Moment de malaise évident vu qu’il ne s’agissait pas d’un trucage, le sadisme affiché à l’écran ayant été filmé sur un véritable cadavre. Malgré son grand âge et ses effets de style parfois très datés, THRILLER possède encore aujourd’hui un impact saississant sur les spectateurs. C’est un film d’une crudité et d’une dureté impitoyable. Et la mise en avant d’une actrice qui deviendra une véritable icône du cinéma. L’imagerie de la jeune fille avec son bandeau sur l’œil, assorti d’un long manteau noir et d’un fusil à canon scié restera toujours cinématographiquement très forte !













A la même époque, aux Etats-Unis, se déroulait dans le milieu pornographique homosexuel une forme de révolution cinématographique grâce à Wakefield Poole. Ce danseur-chorégraphe respecté de Broadway, lassé de voir du X gay de mauvaise qualité, se lance dans la réalisation de films sexuellement explicites qui possèdent de véritables qualités plastiques. Mettant son savoir-faire technique pour transcender le genre et lui offrir une véritable forme d’expression artistique. C’était avant le succès phénoménale de GORGE PROFONDE, mauvais film de surcroit, mais qui a occulté le travail de Poole dont les films fondateurs ont été passablement ignorés dans les ouvrages de références. Restauré dans une copie magnifique, ce fut un immense plaisir de voir ce véritable BIJOU dans une salle bien remplie avec un public réceptif  face à ce film qui s’éloigne des standards du X traditionnel. C’est une œuvre expérimentale qui se savoure comme une sorte d’expérience visuelle et sonore proche d’un trip ; à la fois surréaliste et expressionniste. Hypnotique et envoûtant, il s’agit-là sans aucun doute d’un film phare d’un genre méprisé qui se doit d’être considéré comme un classique réhabilité.







2 commentaires:

  1. Ah oui les bricoles de Phil Mulloy c'est quelque chose hein... J'avoue moi-même tout comme toi ne pas trop y être réceptif, mais faudrait que je retente parce que l'humour bien acide comme ça, j'aime assez le plus souvent.

    Sinon je ne peux que faire ma groupie en délire devant ce chef d'oeuvre qu'est Thriller et que tu me fis découvrir : "Christina ! Christina ! Christina !" <3

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  2. Je ne connaissais pas l'oeuvre de Mulloy jusqu'à présent. Peux-être que ça me plaira davantage en format plus court qu'en long-métrage. Mais je ne le saurai pas grâce au LUFF car ce film-là sera le seul que je m'autoriserai à voir durant cette rétrospective.

    Ce que j'apprécie énormément au LUFF, c'est le plaisir de redécouvrir de vieux films en 35mm. Le festival prenant soin d'exhumer des copies d'époque. Celle de THRILLER était passablement abîmée, participant à l'esprit "grincheuse" d'un certain cinéma...

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Au revoir...

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