vendredi 20 septembre 2013

LES INVINCIBLES

LES INVINCIBLES de Frédéric Berthe (2013)

L'annonce d'un tournoi international de pétanque organisé par le célèbre Darcy, va bouleverser la vie de Momo, et réveiller ses rêves enfouis par les aléas de la vie: devenir champion et vivre de sa passion. Galvanisé par sa rencontre avec Caroline, Momo va faire la paix avec lui-même et affronter les préjugés. Déclassés, rejetés, cabossés, ils sont devenus : Les Invincibles.

Je n’ai rien contre les comédies populaires, spécialement celles venant de France. Par contre, et c’est particulièrement flagrant ces dernières décennies, celles-ci sont souvent assez catastrophiques. L’idée de départ est parfois sympathique mais le résultat final est souvent franchement pénible et très bas de gamme. Comme si le spectateur de ce genre de films se contentait du minimum syndical avec son scénario linéaire, l’humour lourd et prévisible… Hélas, les plus gros succès récents de certaines de ces œuvres montrent bien que le niveau n’a pas besoin d’être vraiment très évolué pour établir un « hit » ! Du coup, ça fleurit plus que de raison, avec toujours un nivellement par le bas, avec le moins d’efforts possible, que ce soit en terme de constructions comiques et je ne parle même pas en ce qui concerne d’éventuelles qualités cinématographiques.

Du coup, voir arriver LES INVINCIBLES au cinéma, c’est quand même un peu en traînant la patte que je me décide, avec moins d’enthousiasme que de bonne volonté, d’aller se réfugier dans une salle obscure car on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise… Sans tenir compte d’avis préalables, juste en ayant visionné au cinéma la bande annonce avant un autre film sans doute plus alléchant que celui-ci, que je pars à la découverte du long métrage de Frédéric Berthe qui est un cinéaste qui ne me dit rien au premier abord… Heureusement, d’ailleurs, car si j’avais fait quelques maigres recherche j’aurais tout de suite vu qu’il s’agissait du coupable qui avait commis cette horrible, immonde, insupportable chose qui s’appelait HOLLYWOO ; première expérience de cinéma avec une Florence Foresti à baffer dans son grand rôle pour le grand écran.


Du coup, c’est vierge d’infos que je découvre LES INVINCIBLES, nouvelle grosse comédie populaire qui narre une histoire dont on semble connaître immédiatement la finalité. Ce n’est pas pour autant qu’on fait la fine bouche car une histoire qui parle de pétanque, sujet plutôt rarement voire pas du tout abordé au cinéma, voilà qui apporte un poil d’intérêt et de fraîcheur pour contrer les scénarios timbre-poste où l’on anticipe les moindres mouvements des protagonistes. Ici, grâce à un rythme constamment soutenu et un art du montage qui ne s’embarrasse pas de traîner ses personnages à palabrer au soleil sur des terrasses à café, les événements s’enchaînent sans temps mort.

Présentant ces parties de boules plus complexes qu’on ne voudrait le croire, LES INVINCIBLES n’est pas pour autant un traité technique qui s’étend à décrire en long et en large les procédés pour gagner une partie, voire un tournoi international de pétanque. Comme le dit l’un des héros de l’histoire « ce n’est pas compliqué, y’a qu’à lancer ! », le film démontre avec simplicité de beaux combats échangés entre les joueurs, sans tirs trop farfelus pour douter de la crédibilité de la trajectoire de la boule. Et puis c’est davantage l’histoire de personnages plutôt qu’un film de sport. Et c’est déjà là que le long-métrage étonne par le portrait peu aimable de ceux-ci. Confrontations au goût d’actualité avec la position entre la France avec ses étrangers où notre champion de pétanque venu d’Algérie se voit avoir affaire avec des français beaufs, chauvins, opportunistes, chômeurs, condescendants et racistes que personnifient avec une verve acerbe des acteurs talentueux comme Daniel Prévost et Edouard Baer. Et puis, depuis un autre point de vue, il y a toute l’ironie du personnage incarné par Depardieu dont le metteur en scène joue avec la position sociale de l’acteur sur la scène internationale. Bien évidemment, la représentation n’est pas forcément très fine, voire subtile, mais cela fonctionne tout de même du tonnerre à l’écran ; que ce soit en tant qu’élément comique que pour servir une dramaturgie correctement construite. C’est sans doute grâce à l’alchimie d’une riche distribution de comédiens qui visiblement prennent du plaisir à être là et à servir des dialogues souvent bien vus. Il se dégage aussi du film un charme rétro qui rappelle les « vieilles » comédies franchouillardes d’antan ; ce qui est un bon point, spécialement quand on compare avec la morosité créative de ses schémas vus et revus dans le genre.

C’est avec un certain plaisir qu’on retrouve à l’écran un Gérard Depardieu taillé pour son rôle, dont le gros physique sied à merveille à son personnage. L’acteur respire le personnage tellement il semble faire corps avec lui. Le quotient de sympathie est quasiment immédiat, et ce dès la scène d’ouverture. Le duo qu’il forme avec Atmen Kelif – dont l’idée originale du film vient de lui – est une petite perfection d’alchimie cinématographique ; de même que celle que ce dernier établi avec sa partenaire féminine, une Virginie Efra admirable de sensibilité et qui apporte au long-métrage un charme fou ! Voici donc là le trio gagnant qui s’oppose aux « odieux » français, un rien caricaturaux mais finalement tellement vrais. Et puis, une histoire où Galabru met son grain de sel, il n’y a pas mieux pour faire sourire le spectateur et apprécier ce spectacle (un soupçon) plus soigné que la moyenne et qui redonne un peu confiance en ce cinéma populaire qui s’apprécie sans vouloir en demander trop. Juste de pouvoir passer un agréable moment avec une bonne histoire, de bons comédiens, de l’humour et des bons sentiments sans en être écœuré et pris pour un gros débile. En soi, LES INVINCIBLES est un petit exploit qui mérite d’être salué.

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