samedi 20 octobre 2012

LUFF 2012 : Séances du vendredi


L‘underground, ce n’est pas que du cinéma! Durant quelques jours et jusqu’à la fin de cette semaine, Lausanne se métamorphose tranquillement en plateforme alternative où, l’air de rien, de nombreux événements sont reliés au LUFF. C’est le festival « off » : Exposition, Workshop, Radio, Dédicace, Installation, Performance. Des préliminaires attractifs. A l’étage de la libraire Humus, rue des Terreaux 18bis, il y a la possibilité d’admirer les travaux de collages de Kosuke Kawamura. Ce japonais, directeur artistique du magazine « Erect », revisite la culture pop et manga de manière punk hallucinatoire et irrévérencieuse. Il touche à tous les supports sans discrimination, illustrant des pochettes de Cds, livres, t-shirts, pub ou affiches.

Un « Workshop » fut organisé pour un maximum de 12 participants qui se sont initiés à l’art du collage durant un atelier de 4 heures avec un cutter, des magazines, une règle et de la colle. Ces premières œuvres amateurs ont également rejoint les œuvres du créateur jusqu’à la fin du festival.















Au « Salon Bleu » de la Cinémathèque suisse, une performance sculpturalogustative du duo Ruletka est à admirer. Deux artistes grimés en animaux, l’un à tête de cheval l’autre à tête de cochon, farcissent un squelette humain avec de la pâte à pain. Substitut de chair, tandis que du jus de betterave fait office de liquide vital rouge. La cage thoracique de cet anonyme est bourré de fruits et légumes. Etrange et dégoûtant? L’exercice est troublant. Rituel sous forme de bouleversement des règles de nutrition. Bon appétit.

Plus loin, en descendant une série d’escaliers qui nous éloignent un peu des curieux venus juste s’imprégner de l’ambiance du festival en savourant des bières, on rejoint l’obscurité d’une salle de cinéma pour découvrir ce que la Compétition Internationale propose à son public aujourd’hui. A 16h00, une seule sélection dans la programmation. Donc, pas le choix, le public doit savourer le long-métrage qui fut présenté pour la première fois au LUFF durant sa Cérémonie d’ouverture, il y a 2 jours. Un thriller horrifique en provenance de l’Australie, intitulé REDD INC. De Daniel Krige (2012). Redd, patron au tempérament devenu psychotique, force ses employés à trouver le responsable d'un crime dont il est accusé. Obnubilé par son objectif, chaque écart de conduite de la part de son staff se voit sanctionné de manière sanglante.



C’est SAW au bureau! Ce long-métrage plutôt sanguinolent qui procure un plaisir pervers quasi-immédiat semble davantage avoir sa place au NIFF qu’au LUFF. Bien sadique, porté par de superbes effets gore mis en boîte par le génial Tom Savini, il y a ici matière à être bien dégoûté, tout en grinçant des dents et - pourquoi pas? - tourner de l’œil. D’ailleurs, il semble bien que des spectateurs un peu trop téméraires n’ont pas supporter l’intensité de certaines séquences et se sont évanouis lors d’antécédentes projections lors de festivals. Un argument de vente racoleur qui fait bien son boulot car la séance au Cinématographe fut quasiment complète.



Film d’horreur, peut-être, mais il est aussi possible de prendre ce REDD INC. comme une comédie noire plutôt drôle à l’image de SEVERANCE de Christopher Smith (2006). Ici, la mauvaise blague prend place dans une bureaucratie où les témoins d’une affaire sordide se retrouvent séquestrées et victimes d’un système administratif tordu dirigé par « le meilleur patron du monde ». Une ambiance satirique où s’enchaîne tortures et morts violentes, le réalisateur s‘en prenant au monde de l‘entreprise et du système judiciaire... Rien de bien neuf à l’écran mais l’ensemble est emballé avec un certain panache qui rend l’expérience plutôt plaisante à suivre. Petit plaisir voyeuriste, on appréciera de voir Kelly Paterniti - troublant sosie de Danielle Harris - effectuer un petit striptease en webcam.

La suite du programme de la Compétition Internationale est moins heureuse avec la prochaine sélection titrée THE DEVIL’S BUSINESS de l’anglais Sean Hogan (2011). Deux tueurs à gages venus exécuter un contrat dans une demeure pour le compte de leur patron se retrouvent aux prises avec un adepte de cérémonies sataniques. Une intrigue en temps réel dans un décor unique où un trio de comédiens s’adonnent à des joutes verbales incessantes. Production bon marché réalisé avec trois fois rien, le film n’a pas davantage à nous offrir. L’économie de moyens ne décuple pas le talent et cette histoire aurait sans doute bien mieux fonctionné si elle s’était réduite à l’état de court-métrage.


19h30. La soirée se poursuit aux alentours du Casino de Montbenon, lieu de résidence de la Cinémathèque, le public se regroupe en masse devant le bâtiment, dans l’attente des prochaines festivités. Bien que l’arrivée de John Waters soit imminente; son « one man show » intitulé THIS FILTHY WORLD ayant lieu à dix minutes à pied d’ici, au Capitole, plus vieille salle de cinéma de la ville; il y a encore grande foule dans les environs. Les gens se préparant gentiment aux futurs concerts de la salle des Fêtes en buvant des coups dans le froid de la nuit. La présence au programme de l’ex-Sonic Youth Kim Gordon rameute donc pas mal de monde…




Pour les plus cinéphiles d’entre nous, c’est le moment d’un retour salvateur dans la chaleur bienveillante de la salle du Cinématographe pour une nouvelle découverte dans la sélection proclamée « Anarchy In Marxlands : Censorship in Soviet Satellites ». Encore une fois la salle est quasi-pleine pour la projection d’un film tchèque nommé LES PETITES MARGUERITES (Sedmikrásky) de Vera Chytilová (1966). Une œuvre engagée qui se présente comme une farce féministe avant-gardiste critiquant une forme de complaisance et de déshumanisation de la société matérialiste tout en prônant sa destruction. Complexe, le long-métrage est avant tout savoureux pour son imagerie abstraite, fait de collages surréalistes et de séquences de gaspillage de nourriture jugées proprement scandaleux à l’époque de sa sortie. Le film montre une somme géniale d’expérimentations visuelles. Ces innovations narratives spectaculaires qui jouent avec les outils de montage, musique, bruitages sonores et de la colorimétrie sont un bel exemple de la richesse de la Nouvelle Vague cinématographique de la Tchécoslovaquie. Ce long-métrage aux allusions politiques en discordance avec le régime de l’époque fut finalement condamné une année plus tard après sa sélection dans un festival d’Europe de l’Ouest. Du cinoche qui crie sa liberté d’expression. A voir absolument!


Dans la même catégorie d’œuvres « dangereuses » qui repoussent les limites de l’acceptable, il y avait la possibilité de voir également le très controversé SWEET MOVIE de Dusan Makavejev (1974). Autre œuvre forte cette fois-ci au contenu nettement plus explicite en guise de critique envers les politiques socialistes d’Europe de l’Est, le film contient quelques séquences de scatophilie et plus spécifiquement de pornographie infantile. De quoi bien choquer certain(e)s spectateurs/trices non averti(e)s qui peuvent avoir du mal à digérer ce genre d’imagerie. C’est l’expérience qu’a dû subir une amie qui s’est retrouvée bien remontée contre le LUFF et sa (non) présentation du film sans une véritable mise en contexte/perspective. Voilà de quoi initier un débat très intéressant sur ce qui est montrable ou non dans un festival, et surtout la responsabilité de celui-ci vis-à-vis d’un public souvent très passif devant ce qu’il regarde… Ainsi, se déroula le reste d’une soirée finalement plus mouvementée que prévue mais pas moins intéressante, m’obligeant à faire l’impasse sur un dernier film situé bien loin de la Cinémathèque au profit d’une discussion riche et en plein air avec une spectatrice occasionnelle qui se souviendra sans doute encore bien longtemps de son passage dans ce festival « underground ».

Pour ce qui est des nuits « musicales » du LUFF, c’est finalement un heureux concours de circonstance qui m’aura amené à veiller plus tardivement sur place qu’à mon habitude et d’avoir l’opportunité de traîner mon âme cinéphilique parmi les mélomanes égarés au milieu d’une « noise » intrigante. Et à l’heure tardive actuelle, jusqu’à presque 2 heures du matin, c’est avec une admiration collective que l’on dresse nos sens vers la performance scénique de Kim Gordon en duo avec Bill Nace pour une collaboration audacieuse qui a toute sa place dans une sélection sonore qui met parfois à mal nos oreilles. Cette petite heure de concert fut particulièrement envoûtante. Et c’est l’esprit gorgé de sons que je retrouve la nuit sombre et glaciale, en emportant avec soi un peu de l’atmosphère si spéciale du LUFF…

1 commentaire:

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