jeudi 18 octobre 2012

LUFF 2012 : Séances du mercredi


L’automne 2012 s'acharne contre nous. Du froid. Du vent. De la pluie. Incessant. Il y a peut-être même déjà de la neige qui se profile à l’horizon. Du coup, ça donne plutôt envie d'hiberner. Notre rendez-vous annuel d'underground débarque et voilà que tout à coup le soleil déballe sans prévenir ses rayons salvateurs entre les nuages alors qu’on partait déjà pour se réfugier au chaud et à l’abri du mauvais temps. Le Lausanne Underground Film & Music Festival débute ainsi en pleine lumière avec une météo clémente qui donnerait presque envie de faire autre chose que d’aller s'enfermer dans des salles de spectacles alternatives. Presque…

Comme chaque nouvelle année, cette manifestation qui ne ressemble à aucune autre envahit l’antre de la Cinémathèque pour la métamorphoser durant 5 jours. Elle devient le théâtre avant-gardiste d’une ménagerie hétéroclite qui anime les locaux de projections ainsi que la scène musicale de la salle des Fêtes;  là où il faudra être quand se produiront quantités d’artistes en plus des objets filmiques qui sortiront de l’ombre pour le plus grand plaisir des curieux et adeptes de bizarreries en tous genres! Le LUFF persiste et entame ainsi une nouvelle décennie avec cette 11ème programmation qui nous promet de grands moments « In » & « Off », avec quantité d’événements parsemés ici et là, à travers les divers lieux qu’envahiront l’underground ces 100 prochaines heures. Du temps et des opportunités diverses pour s’éclater la tête, les yeux et les oreilles.


17 octobre 2012. Avec ce premier jour, en guise d’ouverture, le public branché du LUFF se regroupe dès 20h00 dans la salle Paderewski pour la découverte du premier long-métrage qui participe à la Compétition internationale de cette nouvelle édition. Cette année, on n’aura pas droit à un spectacle délirant avec un travelo extravagant, ni de lolitas perverses en guise d’hôtesses. D’ailleurs, pour les plus connaisseurs des festivités, le festival démarre en toute discrétion avant même la révérence du soleil avec des séances au Zinéma, haut-lieu de la culture underground, également temple de La Lanterne Phallique et aussi réceptacle de bobines bien dégénérées.


Dès 18h00, un attroupement de spectateurs se pressent donc à son comptoir faisant office de bar pour échanger son billet ou montrer son bracelet au poignet, précieux sésame qui donne accès aux prochains spectacles. Ce soir, sans pompes ni paillettes, mais avec une bière à la main ou encore un verre de Porto, on démarre les projections au Zinéma…

Invité d’honneur du LUFF pour cette 11ème édition, John Waters, le célèbre réalisateur du fameux PINK FLAMINGOS, se voit attribuer ici une « Carte Blanche »; une occasion unique pour le metteur en scène de faire découvrir au public quelques-uns de ces films fétiches. L’homme n’étant pas encore disponible pour une présentation de ces œuvres, c’est ainsi que cette sélection débute sans lui avec ZOO de Robinson Devor (2007), sans que l’on sache ni le comment ou le pourquoi de ce choix particulièrement étrange. Un documentaire sur un fait divers tragique de zoophilie! Eh oui, ça commence bien…




En 2005, la mort par hémorragie interne d'un homme ayant eu un rapport sexuel avec un pur-sang arabe défraya la chronique. Sujet graveleux qui débouche sur un film étonnant, entièrement construit autour d’entretiens audio de la part des différents protagonistes impliqués dans cette affaire. Le réalisateur approchant son sujet avec délicatesse, choisissant une vision cinématographique qui n’a rien à envier à la poésie  formelle d’un Terrence Malick où la beauté des images contrebalance la gravité de cette aventure humaine très particulière. Une manière touchante de filmer qui n’exploite ni ne dénonce une déviance sexuelle qui suscite l’incompréhension, l’interrogation;  cherchant à développer les tenants et aboutissants de cette « histoire d’amour » entre un homme et un animal. Au-delà de toutes caricatures, ZOO est un film/documentaire déroutant.

Petit décor de spectateur averti, le Zinéma se partage entre deux salles d’une vingtaine de sièges ainsi qu’un bar avec quelques chaises et tables pour notamment déguster entre ami(e)s différentes boissons alcoolisées. Il n’est donc pas évident de parquer les spectateurs du LUFF venus en nombre savourer en large une bobine bien barrée. Une organisation chaotique qui participe à l’ambiance relaxe du festival. Que l’on pose son cul ou que l’on soit debout dans l’entrée face à un mur de béton faisant office de toile de cinéma ou alors se retrouvant dans une sorte de cave souterraine réorganisée, les diffusions du LUFF présentées ici feront honneur tout le reste de la semaine aux œuvres provocatrices de Edwin Brienen. Le travail de ce cinéaste en provenance des Pays Bas est ici en première ligne avec une série de cinq de ses films projetés en alternance. L’occasion, ce premier soir, d’en avoir déjà un avant-goût avec deux longs-métrages aux titres bien évocateurs… 


Tout d’abord LEBENSPORNOGRAFIE (2002). Jouant façon poil à gratter avec des sujets sensibles, véritable bordel filmique incluant inlassablement ses points de vue sur la religion, le sexe ou la politique à travers ses protagonistes, les délires érotico-trash de Brienen se la pètent dans une subversion de pacotille à l’emballage dégueulbif! L’alternance entre montage hystérique sur des images floues et messages subliminaux qui prônent une « fuck you attitude » en mélangeant Dieu, Jésus, Hitler et d’autres mots qui claquent à l’écran, est très rapidement fatigante en plus d’être répétitive. L’errance des personnages qui déclament de longues tirades « choc » souvent incompréhensibles, se prêtent très souvent à l’hilarité et à la consternation. Mais c’est plus particulièrement l’ennui qui nous assaille face à cette pellicule poubelle prétentieuse qui semble chercher à nous ouvrir les yeux avec sa provoc’ à deux balles complètement dépassée. Rien à sauver dans cette bobine excessive où la marginalité poussent au n’importe quoi! « La vie est un film de cul. Recrache le sperme! ».



Malgré un dégoût quasi-immédiat pour ce spectacle insupportable, on va s’envoyer rapidement une deuxième dose d’Edwin Brienen, histoire de bien finir la soirée. De toute manière, il n’y a pas vraiment le choix au niveau de la programmation, il ne reste plus rien d’autre à s’envoyer dans les rétines. Et puis on se dit qu’il ne faudrait pas porter un jugement trop hâtif sur le bonhomme après avoir subit ces désillusions des nuits berlinoises. Par contre, on ressent une nette baisse de fréquentation du public dans ces salles minuscules. Quelques curieux masochistes tenteront néanmoins l’expérience mais bien peu iront jusqu’au bout…


Et on plonge donc à nouveau dans cet univers politiquement incorrect qui, cette fois-ci, se la joue oppressant avec un monde totalitaire où un mannequin s’adonne au « torture porn » pour tenter d’échapper à la vulgarité banale de son existence. Sujet nettement plus visuel mais pas plus intéressant pour autant. Les divagations du réalisateur mélangeant contrôle de l’esprit, terrorisme et théories de conspirations, sont toujours d’une subtilité et d’une recherche formelle qui confinent presque à la fascination. Mais REVISION - APOCALYPSE II (2009), c’est du clip miniDV qui fait surtout la promotion des chansons de « black metal » de House of Destructo et de son affreux chanteur bedonnant, banale icône grimaçante se la jouant diabolique à l’écran. Long-métrage « arty » ne se prenant pas pour de la merde, c’est hallucinant de bêtise crasse; aucunement blasphématoire, par contre à nouveau parsemé de théories vaseuses qui ne laissent plus un doute sur l’appréciation de la démarche artistique de son auteur. Son exposé des défaillances d’un système corrompu est tout simplement vomitif.  On essaiera donc de se tenir à l’écart des futures projections Brienen au Zinéma. Le LUFF ayant sans doute bien mieux à nous offrir en tant que bandes vidéos réflectives et subversives.


00h00. Et après? L’underground à Lausanne continue… La manifestation culturelle se fait maintenant plus musicale. Ultra-sonique. Inaudible. Invendable? Des expériences exclusives  que le LUFF propose à une autre frange d’un public avide de sensations « autres ». Le festival, c’est aussi de la performance et du bruit à se faire malmener les oreilles jusqu’au bout de la nuit. Et puis d’autres choisissent la tranquille douceur réconfortante d’une chaude couette. A demain pour de nouvelles découvertes! 

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