samedi 29 septembre 2012

LANTERNE PHALLIQUE : SUKA OFF


Vendredi soir. Alors que la nuit commence à tomber sur Lausanne, en s’engouffrant dans une petite ruelle entre deux blocs de béton on distingue une source lumineuse émanant d’une porte qui nous amène dans les bas fonds d’un bâtiment. C’est là que se situe le Zinéma, et dans son cœur se trouve maintenant La Lanterne Phallique. Un nom qui apporte un certain sens à toutes ses lampes suspendues un peu partout dans ce local qui se donne des allures de squat réaménagé...

19h30. En ce moment, le local est encore vide. Petit à petit, il se remplira d’une clientèle de crânes rasées et d’une jolie horde de femmes venues assister à un spectacle. Quelques personnalités « tendance » donnent à cet environnement underground toute sa saveur. Un parterre de chaises prêt à accueillir une trentaine de visiteurs fait face à une scène improvisée où se situe une grande table entourée de ficelle à colis. Sur le plateau en bois, des verres vides, dont l’un d’eux est remplit d’une substance qui s’apparente à du vin rouge. Au-dessus, accrochés au plafond de chaque côté du meuble, des poches médicales remplit de « sang ». Voilà le décor de cette première séance particulière dans ce cinéma alternatif de la ville.


Pour la thématique du 28 septembre 2012, La Lanterne Phallique propose « La maîtrise des fluides est-elle au centre du contrôle des pratiques sexuelles dans nos sociétés hygiénistes » via un projet polonais où deux artistes nommés Piotr Wegrzynski & Sylvia Lajbig  s’adonnent à une performance en direct devant le public.

La jeune femme, perchée sur une paire de talons vertigineux et moulée dans une petite robe noire se voit rapidement dévêtue; les yeux bandés puis installée et attachée sur la table devant les spectateurs. L’homme dont le visage est caché par une sorte de cagoule noire, branche les câbles des poches sanglantes sur sa partenaire. L’un relié à son cou et l’autre fixé au-dessus de son poignet, directement à travers la peau. L’installation préfigure une forme de transfert sanguin où le liquide traverse le corps de la femme pour atterrir dans les verres à vin posés devant la « patiente » avant que l’homme ne les offre au public près de la scène pour dégustation. Etrange malaise que cette transmission de fluide.


Ensuite, l’homme  « déchire » la poitrine de la jeune femme, dont les attributs ont été recouverts d’une sorte de latex transparent séché, autre forme de fluide dont l’homme s’accapare... Ce dernier, après avoir enlevé les poches de sang finalement jetées au sol, dévoile enfin son visage à sa partenaire dont les yeux sont toujours bandés. Assis en face d’elle, on distingue le visage de l’homme sur lequel on remarque des grosses épingles plantées sur son front. L’homme les retire l’une après l’autre de sa peau. Il saigne. Abondamment. Etrange malaise que de voir ce nouveau fluide corporel qui s’écoule de plus en plus vite de sa tête, par grosses gouttes dégoulinant dans un autre verre devant lui. Alors qu’il remplit son récipient, il finit par répandre de larges traînées sanglantes sur son visage en se passant les mains tout autour de sa tête. Le visage rouge de sang, il transmet son fluide personnel désormais remplit dans un verre à vin à la jeune femme…

Alors que les deux partenaires se retirent de la scène improvisée, et qu’au mur pend toujours l’une des ficelles « médicales », projetant ainsi une ombre supplémentaire sur le mur écran, ainsi débutent les projections successives de plusieurs courts-métrages des membres du collectif SUKA OFF. De l’art vidéo explicitement pornographique, explorant le côté charnel des rapports humain à travers l’acte et la représentation des fluides corporels.


Dans un emballage visuel déstructuré, comme une vieille bobine 16mm aux images floues, décadrées, ces œuvres sont rythmées par une musique agressive et dont le montage explosif doit être davantage considéré comme sensitif que cohérent. A l’image, le résultat est hautement expérimental, l’esthétique est à la fois dérangeante et étrangement séduisante, hypnotique.  Le traitement, dément, fait automatiquement penser au générique du film SE7EN de David Fincher (1995) avec lequel il entretient un rapport évident.

CARNAL FLUIDITY est une œuvre où le fétichisme prédomine. Les personnages  vêtus de cuir et recouverts d’accessoires divers, allant de lunettes noires au masque à gaz jusqu’aux matières plastiques comme des tubes et câbles. L’atmosphère semble s’inspirer des œuvres de jeunesse de Shinya Tsukamoto ou encore des films postindustriels de Shozin Fukui comme RUBBER’S LOVER (1996) où l’homme et la femme semblent s’apparenter à des machines. Destroy et incroyablement évocateur, le film met aussi en image le bain d’une jeune femme dont l’eau semble prendre l’apparence de fluides corporels bien gluants, entre renaissance et « bukkake » démentiel. A la fois crade et intimement fascinant.


POSSESSION est une œuvre peut être un peu plus « propre »  en apparence, se présentant comme un rituel de transformation sous la forme d’un triolisme étrange, où le fétichisme de l’uniforme  est encore une fois prédominant.  Esthétisant à souhait, le court-métrage n’en est pas moins bien déglingué dans son montage sous acide avec effets de pellicules abîmées, déchirures et explosions d’images subliminales.  Sans doute plus percutant dû à sa courte durée, ce dernier essai d’art pornographique conclut avec brio cette première projection de la Lanterne Phallique.

Découvrir SUKA OFF en « live » et sur grand écran offre la possibilité de voir une forme de performances de sexe explicites assez intrigante, bien qu’elle manque clairement d’une certaine originalité, leurs figures physiques ne se dérobant guère aux clichés inhérents d’un genre dont on croit connaître très vite les tenants et aboutissants. Il est sans doute regrettable que l’ensemble présenté ici soit peu clair dans sa démarche et bien que les effets cinématographiques sont convaincants il n’en sont guère nouveaux et surprenants. Efficace, tout au plus, d’une atmosphère dingue mais souvent trop longs pour ne pas être lassant au bout d’un moment. Une heure d’images évocatrices à vous faire péter la rétine avec CARNAL FLUIDITY, cela se transforme presque en épreuve vite limitée malgré d’indéniables qualités plastiques. Au final, cette soirée fut toutefois toujours très soignée et intéressante. On retiendra spécifiquement la « performance » des deux artistes, d’une puissance assez étonnante qui marque définitivement cet événement alternatif comme une manifestation à suivre, mais clairement destiné à un public très particulier, qu’il soit amateur de sexe ou non!


Plus d'infos : http://www.sukaoff.com




1 commentaire:

Au revoir...

Au revoir...
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