lundi 3 septembre 2012

BODY

BODY (Body Of Evidence) de Uli Edel (1993)

Rebecca Carlson est une femme puissante, intelligente, et à qui tout réussit. Incroyablement belle, elle met tous les hommes à ses pieds. Mais lorsqu’une nuit d’abandon sexuel aboutit à la mort d’un riche businessman, Rebecca se retrouve accusée de meurtre. Son avocat doit prouver son innocence… jusqu’à ce qu’il soit lui-même pris au piège de sa cliente.

Au début des années quatre-vingt dix, une petite vague de thrillers érotiques fait irruption dans les salles de cinémas. Le plus célèbre d’entre tous est certainement BASIC INSTINCT que le talentueux Paul Verhoeven a réalisé en 1992. Et depuis ce moment-là, le schéma d’une intrigue policière sur laquelle se greffe quelques éléments visuellement coquins se déploie sur les écrans. Les avatars de cette référence dans le genre ne tardent pas à faire leurs apparitions et bien vite les clichés inhérents à ces productions finissent par virer dans la parodie la plus totale. BODY n’est arrivé pas bien longtemps après la merveille du hollandais violent puisqu’il est réalisé en 1993.


Opportunisme de la part de son puissant producteur, le bien-nommé Dino De Laurentiis? Très certainement, car les similitudes entre les deux longs-métrages sont assez flagrantes. Pourtant, le traitement est tout de même sacrément différent. Non pas seulement en terme de réalisation - là ou Verhoeven fait preuve d’une réelle virtuosité dans l’agencement de ses séquences, Edel n’est guère inspiré et se rapproche davantage d’un téléfilm qu’autre chose - mais aussi de par un scénario guère palpitant et sans réelles surprises.

On rentre directement dans le vif du sujet avec une entrée en scène qui nous amène directement dans la chambre à coucher où git déjà le cadavre d’un homme. Un meurtre vient d’avoir lieu. Une cassette vidéo pornographique « faite maison » passe en boucle sur le téléviseur allumé, tandis qu’une caméra est braquée sur le lit et que des accessoires SM se retrouvent dans les draps. La victime est décédée d’une crise cardiaque. Meurtre? L’arme du crime serait le corps de sa maîtresse, avide de plaisirs extrêmes et qui pousseraient ses victimes d’un certain âge dans leurs derniers retranchements… et ainsi mourir de plaisir!


L’intrigue avance rapidement. La suspecte est arrêtée, un avocat est engagé et la procédure judiciaire suit son cours. Plus qu’un thriller, BODY est davantage un film de procès. Le film accumulant les discussions au tribunal où s’affrontent par joutes verbales un fringant Willem Dafoe face à Joe Mantegna qui fait à la fois office de flic et d’accusateur à la barre. Ce qui est amusant, c’est de voir l’air ahuri que prend l’avocat de la défense, sans arrêt surpris par quelques révélations qui émanent du passif de sa cliente. Car, à travers le personnage de Willem Dafoe, c’est un peu l’alter ego du spectateur rêvé qui s’affiche à l’écran. Ou du moins était-ce peut-être l’intention du réalisateur qui semble essayer à chaque fois de nous surprendre par l'intermédiaire de l'avocat avec des informations choquantes sur les mœurs sexuelles de l‘accusée.


Peine perdue, si l’ensemble se veut sulfureux, BODY se révèle finalement assez plat et guère audacieux. La faute revient sans aucun doute à son actrice principale, Madonna, qui peine terriblement à rendre son rôle crédible. En plus de cela, son personnage est un véritable glaçon, ce qui n’aide absolument pas à donner une aura véritablement érotique au long-métrage. Les séquences les plus explicites, à tendance sadomasochistes ne sont guère chaudes, voire même d‘une fadeur assez étonnante. Lorsque la jeune femme emmène son avocat dans ses délires « extrêmes », le film atteint son « sommet » avec un rapport sexuel incluant de la cire de bougie déversée sur le corps de l’amant avant que ses « brûlures » ne soit soignées au champagne, rapidement lapé à coups de langue. L’idée en soit n’est absolument pas mauvaise, mais le traitement n’apporte rien de bien croustillant à l’écran. Tout ceci est relativement sage et l’excitation dû aux dangers de la situation qui semble titiller Willem Dafoe est bien la seule chose qui ne transparait pas à l’image. Le reste est d’un ennui persistant. Musique ronflante, manque cruel d’un véritable sens de l’érotisme. Cela n’est même pas suffisamment vulgaire pour susciter un certain intérêt. Pour ne rien arranger, Madonna n’est ici pas particulièrement à son avantage, bénéficiant d’un maquillage et d’une coupe de cheveux qui ne l’arrange pas, bien au contraire… Ah si, la comédienne possède quand même de très beaux seins. Mais, encore une fois, le réalisateur ne se focalise jamais vraiment sur cette belle paire de nichons.


Le moment le plus « chaud » de cette histoire n’est pas cette « arme du crime », mais plutôt la femme de l’avocat, personnifié par Julianne Moore. La comédienne, réputée pour dégager un charme irradiant à l’écran - voir sa scène de la culotte dans SHORT CUTS de Robert Altman, sorti la même année - s’en sort admirablement bien lors de sa séquence d’amour avec Willem Dafoe. On y croit bien plus devant cette intense séquence d’intimité de couple que lors des nombreuses manières souvent ridicules de la « Madonne ». Pour preuve, le moment rigolo dans un parking, où elle s’échine à s’assoir sur le visage de son amant alors qu’elle se tient debout sur le capot d’une voiture. L’acte suprême après avoir glissé sa main dans le pantalon de son partenaire dans un ascenseur bondé.  Voilà la vision du sexe « extrême » en 1993!


Une sodomie plus tard, l’amant éconduit par son épouse qui finalement à découvert le pot aux roses se voit enfin offrir son moment de gloire avec la clôture d’un procès qui n’en finit plus d’aligner les témoignages embarrassants. Au-delà de quelques scènes dénudées, BODY est donc surtout un film très bavard, cinématographiquement pauvre qui pourrait presque donner l’illusion d’être du théâtre filmé. C’est heureusement grâce à une jolie palette de seconds rôles assez hilarants qu’il finit par devenir intéressant. Tout d’abord avec Anne Archer dans le rôle d’une secrétaire frustrée et avide de vengeance; Frank Langella dans celui d’un vieil amant lui aussi au cœur fragile; Jurgen Prochnow est le médecin manipulateur et la superbe Julianne Moore une femme trompée. Tout ce beau monde donne enfin un peu de saveur à une intrigue qui en manque cruellement. Au détour de quelques scènes révélatrices de la farce érotique que constitue BODY, le film se suit quand même avec un plaisir certain. C’est d’un sérieux sidérant, parlant sans cesse de perversions avec un aplomb extraordinaire, donnant finalement un ton involontairement comique à l’ensemble.


L’intrigue machiavélique que révèle le film de Uli Edel est laborieuse car le suspense ne fonctionne jamais. Pire, on se contrefiche de savoir si oui ou non le personnage de Rebecca Carlson est coupable. Epoque oblige, il y a forcément un dernier retournement de situation bien attendu où les clés d’une machination élaborée sont révélées. Classique, presque banal dans sa conclusion mais pas si déplaisante que ça. Cela manque juste d’un soupçon d’immoralité pour donner à ce BODY tout l’aspect sulfureux qu’il recherche et n’atteint jamais. Dans un genre similaire, LIAISON FATALE (Fatal Attraction) de Adrian Lyne (1987) - un autre film avec Anne Archer, dans le rôle de la femme trompée - a nettement mieux vieillit tout en restant quand même un divertissement familial assez inoffensif. Avec BODY il y avait matière à créer un univers trouble et dérangeant, déviant. Mais si les intentions sont sans doute là, le résultat final n’est absolument pas convaincant. Il n’y a que Madonna qui semble vouloir y croire. Jouant de son aura d’artiste « choc » sur la scène musical,  elle cherche à se révéler là en tant que comédienne sexuellement agressive. C’est une telle réussite qu’elle gagnera finalement le seul prix « Razzie Award » - en tant que Pire Comédienne de l’Année - sur les 6 nominations qu’obtiendra le long-métrage. Aujourd’hui, le film reste une curiosité tordue qui a le mérite d’être autrement plus amusante que toutes les parodies diverses qui suivirent comme FATAL INSTINCT de Carl Reiner, qui envahit les écrans des salles obscures également en 1993. Déjà à l’époque, ce genre d’histoires finissaient par être traitée avec dérision. Où quand le petit cochon nous faisait plutôt marrer que bander!



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