lundi 27 août 2012

TURN ME ON, GODDAMMIT

TURN ME ON, GODDAMMIT (Få Meg På, For Faen) de Jannicke Systad Jacobsen (2011)

Alma a 15 ans et vit avec sa mère dans un petit village de Norvège perdu en pleine région des fjords. Elle boit des bières en cachette avec ses copines, fantasme sur le guitariste de la chorale du lycée et fait appel à une hotline un peu spéciale pour satisfaire ses envies d’amour et de sexe. Très vite, néanmoins, ses pulsions lui font perdre pied avec la réalité et les catastrophes commencent !

Voici une charmante petite chronique douce-amère sur l'adolescence, se focalisant principalement sur les difficultés d'un premier amour et la découverte des premiers émois sexuels. Dans un bled paumé où il n'y a rien d'autres à faire que de se bourrer la gueule en rêvant à une vie meilleure, la réalisatrice consacre son premier long-métrage à un groupe de jeunes gamines et leurs petits événements existentiels en dehors de leur scolarité. En se basant sur une histoire qui débute sur une série de quiproquos qui la rapproche un petit peu d'une sorte d'AMERICAN PIE nordique, TURN ME ON est bien plus qu'une simple comédie graveleuse. Bien que le film ne se montre pas avare en terme de nudité graphique - belle palette de juvéniles poitrines à l'écran, et même un pénis qui montre le bout de sa queue! - l'ensemble reste toujours de bon goût et ne verse pas dans la grossièreté pour le prix d'un bon gag. Au contraire, cette histoire qui suit les déboires d'une jeune fille à priori bien délurée dévoile même une agréable saveur poétique à l'image de sa photographie aux tons pastels qui l'ancre presque dans une forme de rêverie sentimentalo-coquine...


Mais avant de faire rire, le scénario s'échine surtout à décortiquer par petites touches subtiles le malaise d'une jeune fille à travers son éveil sexuel alors qu'elle devient gentiment mais sûrement la risée de ses camarades d'école. On l'appelle "Alma-la-bite"... Même si l'ensemble navigue doucement sur une ambiance tout en légèreté, le fond de cette chronique n'en est pas moins empreinte d'une certaine dureté. L'incompréhension d'une mère, la solitude, l'isolement affectif...

Pas étonnant qu'Alma finit par se réfugier vers des substituts comme le téléphone "rose" ou les revues pornographiques; allant même jusqu'à fantasmer sur son propre patron alors qu'elle débute un job de caissière dans une coopérative alimentaire pratiquement désertique. A chaque fois, la réalisatrice essaie de concrétiser visuellement les fantasmes de l'adolescence qui, d'une manière ou d'une autre, finissent toujours par se retourner contre la jeune fille qui malgré elle continue de passer pour une extra-terrestre au vu de la communauté de Skoddeheimen.

A ce titre, TURN ME ON lui même est une sorte de comédie romantique plutôt spéciale. En affichant certaines idées à l'écran, comme celle de voir quasi explicitement une gamine de 15 ans se masturber à l'écran n'est pas habituel dans ce genre de productions. Cela en devient carrément audiacieux pour le public américain dont le distributeur à amoindri l'impact de son titre original en réduisant le "Goddammit" par un "Dammit" beaucoup moins percutant. Vous avez dit ridicule? Et pourtant aucun risque que l'atmosphère "sulfureuse" qui entoure ce long-métrage scandinave puisse choquer les spectateurs les plus puritains, l'imagerie restant toujours très gentillette, même dans ses plans les plus suggestifs. Aucune subversion à l'horizon...

Même si le ton de l'intrigue est résolument drôle, il se dégage de TURN ME ON une tristesse sous-jacente qui rend le film plus émouvant qu'il n'est amusant. Dans un certain sens, il se rapproche timidement d'une certaine mélancolie que l'on trouvait dans VIRGIN SUICIDES (The Virgin Suicides) de Sofia Coppola (1999), un autre premier film où l'on décrivait avec justesse une forme de mal-être à travers un groupe d'adolescentes. Il y a aussi des échos au long-métrage suédois FUCKING ÅMÅL de Lukas Moodysson (1998) qui racontait les dérives sentimentalo-saphiques d'une jeune fille qui s'ennuie dans son trou perdu à la recherche d'un amour... Sans atteindre l'envoûtement persistant du premier et les sommets d'émotions du second, le film de Jannicke Systad Jacobsen vaut tout de même le coup d'oeil. Ne serait-ce qu'à travers le personnage d'Alma qui nous offre une belle perspective de la vie perturbée d'une jeune ado; un rôle principal assez touchant, généralement réservé aux garçons, mais qui est pour une fois ici personnifié à l'écran par la jeune Helene Bergsholm qui fait sa première apparition dans une production cinématographique.


TURN ME ON, sous ses dehors de comédie sexuelle un brin débridée, fait souvent mouche et se révèle assez amusante à suivre. En dépit d'un rythme lancinant qui traîne un peu ses péripéties en longueurs - car il n'y a apparemment pas grand chose à faire dans la campagne norvégienne - et d'une interprétation générale qui donne l'impression que l'ensemble de la distribution s'est bien défoncée la tronche en fumant des pétards, le long-métrage est une jolie réussite, plutôt cocasse et agréable à suivre... Et puis, c'est toujours un réel plaisir de découvrir une histoire racontant des péripéties gentiment délirantes à travers une jeunesse scandinave perdue dans la campagne. Un petit film sympathique, un chouette moment de cinéma! A découvrir...


4 commentaires:

  1. Ahhhh j'aimerais bien le voir et ta chronique m'indique que je ne dois pas baisser les bras, je le verrais ! :D

    Tu l'as vu comment ? En salles ? DVD ?

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  2. Et tu le verras, c'est clair! C'est un joli petit film. Rien d'extraordinaire mais le charme scandinave fait pleinement son effet. J'ai d'ailleurs déjà envie de le revoir! :)

    Ca vient tout juste de sortir au cinéma en Suisse, dans une toute petite salle. J'ai vu qu'en France il était passé en tout début d'année 2012. Du coup, si un éditeur s'y attèle, on ne devrait pas trop tarder à voir apparaître un DVD voire même un Blu-ray? MK2, please... :)

    Par contre, j'ai vu que depuis novembre 2011, il existe sur les deux supports en Norvège... avec sous-titres anglais! Tu vas le voir, c'est sûr! :)

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  3. Je pense que je vais probablement attendre le zone 2 chez nous. Les sous-titres anglais c'est vraiment si ça ne devait jamais sortir et que c'est une édition plus ou moins "rare" (mais trouvable hein ^^)...

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  4. Je pense que je vais faire comme toi... Bien que je trouve toujours cool d'avoir le film dans l'édition du pays d'origine. J'avais fait de cette manière pour me procurer le superbe MORSE (Låt Den Rätte Komma In) de Tomas Alfredson, acheté directement sur place lors de mes dernières vacances en Scandinavie! :)

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Au revoir...

Au revoir...
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