samedi 14 juillet 2012

NIFFF 2012 : Jour 9

NIFFF 2012 : Jour 9

Le réveil est similaire aux autres matinées. Debout à 10 heures. Après avoir réussi tant bien que mal à m’extirper des bras de Morphée - bien du mal à m’en défaire de ce satané coquin! - c’est le moment de la douche, de s’enfiler un nouveau T-Shirt tout propre, ensuite préparation du bagage pour le retour au bercail dès le lendemain et puis petit déjeuner. Aujourd’hui, pas trop le temps de traîner. Les événements vont s’enchaîner très rapidement. Avec le NIFFF, les journées passent à une vitesse folle. On aura beau dire que ce n’est pas faire grand-chose de sa semaine que de s’assoir tranquillement dans une salle de cinéma à longueur de journée, la passion d’un cinéphile c’est quand même un sacré sport!


Et aujourd’hui, il n’y aura même pas assez de temps pour s’envoyer un sandwich en guise de repas de midi car, à cette heure-là, les dernières diffusions de films ont déjà commencées… Et rien de tel pour bien débuter la journée qu’une nouvelle belle découverte grâce à la sélection « Centenaire de la Nikkatsu ». Mon prochain spectacle est, cette fois-ci, un « roman porno » au titre bien évocateur: LES AMANTS MOUILLES / LOVERS ARE WET (Koibito-Tachi Wa Nureta) de Tatsumi Kumashiro (1973). Après une dérive à travers le Japon, le jeune Katsu rejoint son village natal pour fuir les représailles de yakuzas. Il dissimule son ancienne identité aux habitants du village alors que beaucoup l’ont reconnu. L’homme fait la connaissance de Yuko, jolie propriétaire du cinéma local, délaissée par son mari. Ils nouent rapidement une relation érotique débridée. Mais la menace que fuit Katsu va très vite le rattraper...


Une nouvelle œuvre prétendument érotique grâce à son titre racoleur qui n‘a pas grand-chose à voir avec son sujet. D’ailleurs, ce long-métrage était diffusé dans une copie portant un autre titre, guère plus cohérent : TWISTED PATH OF LOVE! Plus qu’un film mettant en scène des séquences chaudes à répétition, il nous raconte avant tout les pérégrinations d’un ancien rebelle en pleine désillusions. Sujet davantage empreint d’une persistante mélancolie que d’une forme d’excitation via des séquences de sexe guère palpitantes à suivre mais toujours bien mises en avant avec d’excellentes expérimentations visuelles. D’ailleurs, l’auteur se jouera de la censure en cachant les parties génitales de ses comédiens en grattant lui-même la surface de sa pellicule, résultat d’une spirale de spaghettis blancs mélangés, offrant ainsi un des nombreux aspects bizarrement avant-gardiste de son esthétique. Aussi, il transforme cette longue scène où un groupe de protagonistes effectue une sorte de performance « striptease à saute-mouton  » en un grand moment de surréalisme. Etrange petit film qui, part son style, se rapproche du cinéma de la « Nouvelle Vague »; citant autant Nagisa Ôshima pour ces films plutôt contestataires et rappelant la poésie du cinéma de Godard des années 60.


Alors que ma prochaine projection ne s’annonce pas avant les prochaines soixante minutes, je me décide finalement à aller voir 205 ROOM OF FEAR (205 Zimmer Der Angst) de Rainer Matsutani (2011), un « Ultra Movie » en provenance d’Allemagne que l’on m’a fortement déconseillé de voir, étant selon certains avis l’une des pires choses à se mettre devant les yeux durant tout le festival. Toutefois, ayant un petit peu de temps devant moi, je me décide tout de même à tenter le coup… uniquement durant une petite demi-heure. L’occasion pour moi de remplir l’un des derniers sièges vacants de la salle, une audience venue en nombre frissonner - d’ennui? - devant ce slasher qui semble de bien piètre qualité. J’aurais néanmoins eu l’occasion de voir, en préambule de la projection, l’actrice principale de ce long-métrage « in the flesh »; frêle jeune femme à l’apparence troublante, rappelant quelque peu la petite silhouette et le timide visage de Kristen Stewart. Pour ce qui du film, rien de bien déshonorant jusqu’à présent mais d’un ennui déjà bien persistant après à peine une demie heure… De toute manière, c’est déjà l’heure pour moi de m’enfuir de cette séance pour aller rejoindre un public plus dispersé dans la grande salle du Théâtre du Passage.


Dans la sélection des films proposés durant l’après-midi, celui qui semble le mieux me convenir semble être UNE EDUCATION NORVEGIENNE (Sønner Av Norge) de Jens Lien (2011) car après avoir pris quelques renseignements sur ce titre, il s’agit-là du nouveau film du réalisateur qui gagnant le Grand Prix du NIFFF en 2006 avec le formidable NORWAY OF LIFE (Den Brysomme Mannen). Il s’agissait d’une véritable curiosité scandinave qui nous rappelait le meilleur d’un Terry Gilliam durant l’époque de folie de la création de cette œuvre démente que fut BRAZIL! Bref, il n’en faut pas plus pour me mettre l’eau à la bouche, d’autant plus que le sujet est plutôt alléchant… 1979. Nikolaj a 14 ans et vit une existence idyllique avec son frère et ses parents hippies, Magnus et Lone. Lorsque Lone meurt dans un accident de voiture, Magnus fait une grave dépression. Nikolaj ne sait pas vers qui ou quoi se tourner jusqu’à ce que son meilleur ami lui fasse découvrir l’album “Never Mind The Bollocks” des Sex Pistols. Mais il est difficile d’être en rébellion lorsque votre père écoute la même musique que vous...


Ici, on est clairement dans les « bizarreries » du Festival, avec ces fameux longs-métrages catégorisés « Films Of The Third Kind » lorsqu’ils se répondent indéfinissables dû à un mélange des genres propres à surprendre le spectateur. Et cette comédie subversive à toute la matière nécessaire à en faire une œuvre étonnante et bien originale. Une exploration sensible des liens qui se tissent entre un père très libéré et son fils qui essaie tant bien que mal de se rebeller contre la société de l’époque. L’attitude et le style punk empreignant désormais sa vie - il se coupe les cheveux, s‘enfile une épingle à nourrice dans la joue, lance des bouteilles de bières sur ses concitoyens, participe à la création d‘un groupe de musique bien agressive… - , choquant ainsi son entourage mais aucunement son paternel qui considère avec une certaine distance la situation dans laquelle ils se trouvent tous les deux. Difficile donc de vivre pleinement sa propre révolte « No Future » alors qu’il est en face d’un homme aux excès d’optimismes délirants. Le surréalisme n’est pas loin lorsque les deux zigotos se retrouvent dans un camp de nudistes où le père fait goûter à son enfant les joies du naturisme. Le film de Jens Lien fait se rejoindre deux extrêmes générationnels dans un joyeux décalage aussi touchant que drôle, avec quelques éclats de fantastique comme lors d’un repas familial où le jeune gamin se voit déguster sa propre mère comme dessert. En plus d’être une véritable curiosité sur pellicule, UNE EDUCATION NORVEGIENNE confirme si besoin est de la grande richesse du cinéma scandinave qui n’en a pas finit de nous offrir des petites merveilles. Définitivement, à ne pas manquer!







Après ce réjouissant spectacle qu’on s’est pris comme un « shoot » de bonne humeur, c’est le bon moment d’aller faire un petit tour en ville pour amasser quelques provisions pour le reste de la journée. Car, passé 18 heures, il ne restera probablement pas davantage qu’un petit quart d’heure entre les trois dernières bobines que l’on va pouvoir s’envoyer sur grand écran. Avant la Cérémonie de Clôture de la 12ème édition du NIFFF, il reste encore l’ultime projection de la toute dernière sélection du « Centenaire de la Nikkatsu » avec PLAINS WANDERER (Daisogen No Wataridori) de Buichi Saito (1960). Un nouveau film d’un tout autre genre, bien loin des histoires de yakuzas et autres récits érotiques. Le célèbre studio japonais ayant de nombreuses franchises dans son catalogue, entre les « Delinquent Girl », « Angel Guts » ou encore « Stray Cat Rock » avec l’inoubliable Meiko Kaji dont les spectateurs du festival ont pu déguster à chaque fois une histoire originale, voici qu’ici nous avons droit à un épisode de la saga « Wataridori », à savoir « Le Vagabond » avec Akira Kobayashi. Une sorte de western exotique mettant en scène un jeune héros solitaire du nom de Taki. Il se promène parmi les contrées sauvages avec sa guitare, bien assis sur son cheval. Ses différents voyagent l’amène à faire des connaissances, comme ce jeune garçon abandonné à la recherche de sa mère. Il combattra également des méchants cowboys ainsi qu’un promoteur avide d’acquérir illégalement des terres sacrées appartement à une tribu « Ainu » dont le héros s‘entichera d‘une belle indigène. Tout ce beau monde va donc se confronter dans une suite soutenue de séquences incluant bagarres, chansons, romance, coups bas, poker, trahison et autres surprises…


Cinquième épisode de cette curieuse série, PLAINS WANDERER nous fait découvrir un nouvel héros du cinéma japonais. L’univers très coloré du long-métrage le renvoie presque à une aventure de bande dessinée comme LUCKY LUCKE tout en faisant également beaucoup penser aux récits de WINNETOU, à mi-chemin entre l’action, l’émotion et la réflexion. Tout ceci admirablement bien emballé avec une belle naïveté picturale, comme toute histoire que l‘on raconterait aux enfants. Le personnage est d’ailleurs un bon modèle de héros : droit, honnête et essayant de toujours rendre justice face aux minorités brimées par de cruels exploiteurs. Sans pour autant être niais, le long-métrage garde toujours un juste équilibre entre un spectacle tout droit tiré de l’enfance et un scénario intelligent, bien écrit et aux nombreux rebondissements. C’est aussi un superbe écrin pour raconter une grande et belle histoire aux nombreux personnages, cocasses et touchants, comme celui du joueur de poker incarné par le toujours excellent Jô Shishido qui, ici, nous montre encore une nouvelle facette de son répertoire. PLAINS WANDERER est un grand moment de cinéma qui dégage une poésie un rien désuète qui rend cette aventure absolument irrésistible. On en ressort les yeux rêveurs. Magique! Cela donne immanquablement envie de découvrir les autres épisodes des aventures de ce « vagabond », qui hélas sont visiblement très difficiles à voir en dehors de projections éparses à travers les cinémathèques du monde entier. Gloire soit donc rendue au NIFFF pour nous avoir offert cette très belle découverte au cinéma!


Vite, il est 20 heures. C’est le moment où tout le monde se dirige vers le Théâtre du Passage pour assister à la Cérémonie de Clôture et découvrir le Palmarès de cette nouvelle édition du Festival. Ce qui me réjouis encore plus que de connaître les grands gagnants de cette année est surtout de savoir que le NIFFF a vendu plus de 29’000 tickets pour les différents événements cinématographique de la semaine. Un joli succès qui, comme l’annoncera Anaïs Emery devant le parterre comble de spectateurs, qu’il y a définitivement un vrai public en Suisse pour ce genre de films qui n’a jusqu’à présent jamais vraiment bénéficié de l’appui des distributeurs des salles de cinémas dans notre beau pays. Des chiffres important qui devrait permettre aux exploitants des salles obscures de sérieusement considérer la possibilité d’offrir à plus ou moins long terme un espace pour un vrai cinéma fantastique, dans tous les sens du terme!


Au-delà de cet espoir qui, je l’espère de tout cœur, aboutira peut-être un jour, les différentes instances de l’organisation du NIFFF se succèdent sur la grande scène pour remettre aux vainqueurs 2012 leurs différents prix. Mais on n’est pas ici pour un compte-rendu exhaustif de toutes les récompenses. Il faut avant tout savoir que le Jury de la « Compétition Internationale » se montra toujours plein d’humour dans ses délibérations, notamment le fait d’avoir dû se battre violemment - avec des couteaux suisses - pour décerner les différents statuettes tant convoitées.


Parmi les primés, je suis avant tout très content de savoir que le CITADEL de l’irlandais Ciaran Foy a gagné pas moins de 3 mentions; entre le Prix H.R. Giger Narcisse du meilleur film, la mention spéciale du Jury Mad Movies ou encore le Méliès d’argent du meilleur long-métrage européen, voici un film relativement inconnu qui se voit mis en lumière grâce au NIFFF. Un superbe moment de gloire pour son réalisateur malheureusement absent de la Cérémonie; le bonhomme ayant dû rentrer dans son pays pour la « Première » de ce film dès maintenant couvert de prix. Miracle de la technologie moderne, grâce à une webcam le metteur en scène aura néanmoins le droit de faire son petit « speech » dédié aux membres du NIFFF et à son public. Parmi les autres récompenses, il y a eu deux autres distinctions à la comédie horrifique GRABBERS de Jon Wright qui, absent de la Cérémonie pour un retour au pays plus tôt que prévu, se voit également offrir le plaisir via webcam de saluer les votants ainsi que l’audience des salles du festival qui lui a quand même décerné le « Prix du Public ».

Pour les détails supplémentaires des résultats 2012, il reste toujours le site officiel. Car, après presque 40 minutes de discours concluant cette belle manifestation, il est temps de se voir servir le « Film de Clôture », à savoir le fameux LA CABANE DANS LES BOIS (The Cabin In The Woods) de Drew Goddard (2011) dont tout le monde se fait l’écho d’un spectacle jouissif et bourré de surprises. Voici donc enfin le moment de découvrir cette dernière fantastique friandise…




Cinq amis partent passer le week-end dans une cabane perdue au fond des bois. Ils n’ont aucune idée du cauchemar qui les y attend, ni de ce que cache vraiment la cabane dans les bois… Voici un film de petit malin qui prend un plaisir pervers à détourner les codes bien établis du cinéma d’horreur pour se jouer d’eux. Entre une intrigue bien prévisible sur les événements à venir avec ces jeunes gens qui se retrouvent rapidement bloqués dans un chalet en pleine forêt - réminiscence d’EVIL DEAD de Sam Raimi (1981) - le spectacle prend relativement de la distance dès que l’on comprend que tout ceci est manipulé par une « force » externe qui joue avec la vie de ces personnes comme lors d’une partie d’échecs plutôt complexe. Partant d’un concept horrifique, LA CABABE DANS LES BOIS se rapproche presque d’un film de science-fiction. Et ce n’est pas la moindre des surprises que nous réserve ce scénario adroitement élaboré par Joss Whedon, le créateur de BUFFY CONTRE LES VAMPIRES (Buffy, The Vampire Slayer). On y retrouve sans problèmes sa patte inimitable à travers des dialogues aux petits oignons qui feront le bonheur des spectateurs du samedi soir. Car, au final, malgré son originalité apparente, LA CABANE DANS LES BOIS est l’un de ces divertissements conceptuels très intéressants qui, pour finir, se transforme hélas en gros n’importe quoi pour le bon plaisir des adeptes de situations complètement délirantes. Car c’est vrai, le film est assez marrant et plutôt festif. Peu importe si l’ensemble souffre d’incohérences tellement énormes qu’elles en deviennent - presque - gênantes. Tout semble sacrifié sur l’autel du « pop corn movie» finalement très inoffensif et largement oubliable une fois que l’on est sorti de la salle de cinéma. Bien dommage d’avoir pour conclusion de festival un long-métrage au final bien trop léger et que ne tient pas du tout au ventre. Mais bon, après 9 jours de journées cinéphiliquement très chargées, il faut quand même reconnaître que le dessert était quand même digérable en fin de programmation. Une vraie séance de festival, avec un public attentif et amusé, applaudissant avec entrain les nombreuses folies scénaristiques où nous embarque le film. On termine donc sur une bonne ambiance bien débridée et tout le monde semble content… Est-ce que le film vivra encore bien longtemps dans les souvenirs des festivaliers? J’en doute encore…


De toute manière, la véritable « fin » du NIFFF 2012 n’est pas encore atteinte car, pour les plus masos n’ayant pas les rétines complètement cramées, il reste une ultime séance à déguster dès 23 heures. Entre BLIND ALLEY - déjà vu le premier soir de cette douzième édition - à l’Apollo 3 et une énième diffusion du cultissime C’EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS de Rémy Belvaux & André Bonzel (1992), mon choix est rapidement fait! Quel plaisir de revoir cette bonne vieille bande P.O.V. proche du documentaire où l’on suit une équipe technique réduite suivant les pas d’un tueur incarné par Benoît Poelvoorde. Une comédie noire qui n’a rien perdu de son mordant, un classique indémodable qui vient de fêter cette année ses 20 ans d’existence. Dans la salle du Rex, le public est hilare de la première à la dernière image, assistant en rigolant aux meurtres de personnes âgées et aux petites gens de classes moyennes… L’humour noir des belges fait des ravages et c’est un vrai bonheur de redécouvrir le film au cinéma!



Ainsi s’achève le NIFFF de cette année. Très belle cuvée avec une quantité conséquente de très belles découvertes. Même si on est clairement dans une édition de festival sans doute moins « people » que certaines autres éditions avec de gros noms d’invités prestigieux, 2012 aura été plus beaucoup plus sobre. Mais le véritable plaisir est surtout du côté des films, autant dans les nouveautés que les rétrospectives qui offrent comme à chaque fois une belle sélection de longs-métrages qui ne peuvent que rendre heureux les cinéphiles. C’est donc les yeux brillants d’instants de cinéma que l’on quitte les salles de Neuchâtel alors que l’on aperçoit les belles de nuit en talons aiguilles venir faire leur marché dans les night-clubs de la ville. Retour à la réalité où les vampirettes sexy du genre à la NOUS SOMMES LA NUIT ne sont peut-être pas si éloignées que ça de l’univers fantasmatiques que l’on a dégusté durant ces 9 derniers jours. NIFFF 2013, vite! A l’année prochaine…

1 commentaire:

  1. I have just installed iStripper, so I can watch the hottest virtual strippers on my taskbar.

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Au revoir...

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