mercredi 11 juillet 2012

NIFFF 2012 : Jour 6

NIFFF 2012 : Jour 6

En alignant les soirées nocturnes tardives qui font se rentrer au bercail entre 3 heures et 5 heures du matin, selon vos compagnons de beuverie, le NIFFF devient ainsi un marathon aussi cinéphile que physiquement éprouvant. En dormant entre 4 et 6 heures par nuit, avec sans aucun doute les pires heures de repos qu’on puisse emmagasiner, il est difficile de pleinement récupérer à mesure que les jours s’enchaînent et finissent par tous se ressembler. Réveil à 10 heures, petite déjeuner vers 11 heures où il est difficile pour votre chroniqueur d’engloutir aussi tôt son repas à peine réveillé - et du midi par la même occasion - fait de croissants chauds, de petits pains aux graines, fruits, yoghourt, fromages et confitures… Le tout bien assaisonné de bons jus frais - probablement le seul aliment dont je retire une quelconque énergie - et bien entendu le thé indien à l’odeur si agréable de si bon matin…

De si bon matin? Ben non, pas vraiment car dès que j’ai terminé mon repas le plus équilibré de la journée, il est déjà l’heure d’essayer de continuer mes chroniques avec une connexion internet de plus en plus foireuse. Difficile de ne pas perdre ses nerfs lorsqu’on a l’impression de travailler avec du matériel technique antédiluvien. Et que ça traîne, on n’avance pas, ça donne envie de tout fusiller… Pas trop le temps de s’énerver car il arrive bientôt l’heure de descendre en ville pour de nouvelles séances de cinéma. Heureusement d’ailleurs, car ainsi cela me calmera un peu alors que je profite des décors naturels enchanteurs qu’offre la vue de Neuchâtel depuis ses quartiers résidentiels.

Arrivé au Théâtre du Passage, comme à l’habituel, c’est le moment d’acquérir mes billets d’entrées pour les films du jour. Contrairement aux débuts du festival, c’est maintenant aisé de prendre possession de ses tickets car il n’y a quasiment plus personne à l’accueil des festivaliers, chacun ayant déjà investit les lieux alors que personnellement j’arrive tranquillement au dernier moment pour rejoindre mon siège de spectateur. Les séances n’étant généralement guère bondées en milieu d’après-midi. Aujourd’hui, donc, à 15h30 débute un « Special Screening » bien particulier puisqu’il s’agit de la séance de PEAU D’ÂNE de Jacques Demy (1970) présenté dans le cadre de la « Lanterne Magique » ou le cinéma pour les enfants.


Depuis le temps que je rêvais d’assister à une de ces projections… Hélas, celles-ci sont normalement et exclusivement réservées aux « petits » et à leurs parents qui peuvent éventuellement les accompagner. Avant la diffusion du long-métrage, chaque film se voit présenté dans un long discours amusant et plein de bons mots pertinents pour expliquer à sa jeune audience la relative importance du spectacle qu’on va leur offrir sur grand écran. Ainsi, avant le début du film, les animateurs prennent un temps conséquent pour nous expliquer les différentes variations que peuvent avoir les adaptations de contes pour enfants via une présentation rigolote de l’histoire très souvent remaniée de BLANCHE-NEIGE ET LES 7 NAINS; le tout sous le regard bienveillant de Monsieur Patate, un clown sage à la morale savamment dosée. On y répètera également les différentes règles de savoir-vivre durant une séance de cinéma, qui veille à ce que chaque enfant respecte le silence et ne transforme pas la salle en terrain de jeux. Ainsi, après tous ces exposés, recommandations et préparations pour assister au film de la « Lanterne Magique », il est enfin temps de pouvoir découvrir ce conte merveilleux qu’est PEAU D’ÂNE.


La reine moribonde a fait promettre au roi de n'épouser qu'une femme plus belle qu'elle. Dans tout le royaume, une seule personne peut se prévaloir d'une telle beauté, sa propre fille. Revêtue d'une peau d'âne, la princesse désespérée s'enfuit du château familial. Conte de fées à la beauté formelle hallucinante, ce long-métrage de Jacques Demy est également une histoire parsemée d’instants musicaux délicieux qui la rapproche ainsi de la sélection « When Musical Rocks! », une des nombreuses rétrospectives du NIFFF. Spectacle « enfantin » mais dont le fond du scénario se révèle tout de même assez étrange, voyant ainsi un père pressant sa propre enfant à devenir sa femme, succédant ainsi au décès de sa mère. PEAU D’ÂNE est surtout un véritable plaisir pour les yeux, remplit de décors et costumes aux couleurs chatoyantes. Le film étant absolument irrésistible de bout à bout. Un livre d’images incroyables, d’une poésie naïve à la limite du psychédélisme. Et l’occasion d’offrir aux cinéphiles une éblouissante distribution de comédiens. Avec Jean Marais dans le rôle du roi, Catherine Deneuve apporte son lumineux visage à celui de la pauvre « Peau d’Âne », Delphine Seyrig interprétant une fée, un jeune Jacques Perrin se voit attribuer le rôle du Prince esseulé rêvant à qui deviendra sa jeune et belle épouse… Ce fut un plaisir de cinéma de tous les instants! Et quelle joie d’assister à cette découverte en même temps que de jeunes enfants dont le film aura déposer mille paillettes de couleurs dans les yeux d’une audience rêveuse et silencieuse face à la beauté étincelante de cette véritable merveille du 7ème Art. Difficile de trouver plus enchanteur! La bonne humeur qui imprègne les films de Jacques Demy ayant certainement fait ici de nouveaux adeptes présents dans la salle….



C’est bon, j’ai mon nouveau « Coup de Coeur » du Festival… Avec PEAU D’ÂNE, il va être sans doute ardu de trouver un film qui m’enchantera autant sur toute sa longueur. Voilà un vrai plaisir de cinéma, qui vous transporte, vous émeut et vous rend tout simplement heureux; sourire béat complètement affiché et sans aucune honte. Des séances aussi fantastiques, j’en veux bien tous les jours! A la sortie de la projection, je continue de prospecter dans la sélection « When Musical Rocks! » avec un autre classique du genre que je n’avais toujours pas vu à ce jour : LA PETITE BOUTIQUE DES HORREURS (Little Shop Of Horrors) de Frank Oz (1986). Et voilà un nouveau choc cinématographique auquel je n’étais pas vraiment préparé…


Dans le quartier le plus miteux de New York, Skid Row, se trouve une modeste boutique de fleurs. Les affaires vont mal et Mr. Mushnik, la mort dans l'âme, décide de fermer son magasin. C'est alors que Seymour, son employé, met en vitrine une fleur exotique achetée à un fleuriste chinois... Je connaissais bien entendu le film de Roger Corman de 1960 mais l’adaptation en comédie musicale est tout simplement énorme! L’histoire était déjà bien délirante mais voici qu’elle explose dans un déluge cinématographiquement affolant. Les chansons étant toutes plus incroyables les unes que les autres. Ca « groove » un max avec un style visuel digne des plus grandes heures des « shows made in Broadway » avec un tonus démentiel à vous donner la fièvre! C’est fabuleux! Et d’une drôlerie génialissime. Et, encore une fois, une distribution incroyable où l’on a même droit à quelques « apparitions » furtives d’une grande qualité jusque dans les seconds rôles; comme Steve Martin en dentiste « bad boy » ou encore Bill Murray venant se faire fraiser les dents avec un plaisir masochiste. Et puis il y a toute la batterie d’effets visuels autour de la plante carnivore « Audrey II », responsable de toute la folie ambiante qui règne dans cette très inhabituelle petite boutique vendant des fleurs. On baigne ici dans le meilleur des productions américaines des années 80. Du cinéma festif, créatif et incroyablement divertissant. Et puis les chansons écrites par Alan Menken - futur multi-oscarisé des productions Disney - constituent probablement parmi les plus délirants textes que l’artiste a composé pour le grand écran. Du cinoche comme on aimerait en voir plus souvent! Une véritable jouissance cinématographique! Un nouveau « Coup de Coeur » assuré!


Peut-on être plus heureux en sortant d’une salle de cinéma? Enchaîner coup sur coup deux merveilles pareilles, ça vous fait planer au-dessus des nuages. Le cinéma, lorsqu’il fonctionne comme cela, c’est de véritables instants de bonheurs absolus. Avec cette programmation, le NIFFF atteint des sommets de joies extrêmes procurées par ces bobines d’une autre époque. Les rétrospectives, c’est quand même des retours en arrière avec des plaisirs qu’on ne soupçonnait même pas. Et ces (re)découvertes en procurent sans doute d’encore plus grands que les productions actuelles souvent largement plus fades, moins folles et originales qu’à une certaine époque où l’on se permettait davantage de choses à l’écran. Et c’est toujours bon d’y revenir…



C’est d’ailleurs ce que l’on s’apprête à faire avec la suite du programme qui nous amène déjà quasiment à 20 heures pour le premier film du soir. Non pas le dernier Tsui Hark que je me garde personnellement pour plus tard ou encore une nouvelle projection en « Compétition Internationale » avec le soi-disant très bon CITADEL de l’irlandais Ciaran Foy (2012). L’humeur du jour est toujours ancré dans les « vieux » longs-métrages et cette fois-ci on enchaîne avec une autre production japonaise issue de la sélection rendu hommage aux studios de la Nikkatsu qui fête cette année leur centenaire.


L’occasion pour moi de retrouver tout une bande de connaissances bien intéressées par découvrir un long-métrage « rose » sur grand écran. Et rien de mieux qu’un film de la série « Angel Guts » dont la thématique générale et l’exploration du viol sous diverses formes. Le terme « guts » est une métaphore et n’est absolument pas une référence anatomique aux organes internes des personnages féminines mais davantage à leur ténacité et détermination à endurer et survivre au fait d’être violée…Lycéenne, Nami a été violée par plusieurs de ses camarades de classe qui en ont cruellement fait un film érotique clandestin. Celui-ci a connu un tel succès qu’on la reconnait encore dans la rue. Kimura, éditeur d’un magazine pornographique visionne ce film et tombe sous le charme de celle qu’il pense comédienne et dont il ne peut oublier le visage. Il la retrouve quelques années plus tard au Love Hôtel où elle est réceptionniste et apprend que ce film qui l’a subjugué est en réalité le pire cauchemar de la jeune femme car ce viol n’était pas feint. Il décide alors d’aider Nami.



Deuxième opus d’une série de films qui en comporte cinq en tout, ANGEL GUTS : RED CLASSROOM (Tenshi No Harawata: Akai Kyôshitsu) de Chûsei Sone (1979) base son histoire sur un manga de Takashi Ishii qui explore les dommages psychologiques occasionnées par les rapports physiques forcés. Car cette œuvre n’est pas un film érotique forcément plaisant à suivre et guère excitant. L’auteur se servant de son sujet pour explorer les déviances des rapports humains et ainsi la place de la femme dans la société japonaise, à la fois usée et abusée et ne se remettant que très difficilement de ses contacts avec la gente masculine, fussent-ils sexuelles ou non. Le long-métrage de Chûsei Sone est techniquement très impressionnant à voir, l’esthétique visuelle étant très soignée tout en évitant soigneusement de montrer les poils pubiens strictement interdit d’affichage à l’écran dans le cinéma japonais de l’époque. Il parvient ainsi à composer des images sophistiquées et perverses grâce à des angles de prises de vues assez étonnants et l’usage de liquide comme l’eau pour simuler des fluides corporelles. Cinéma déconcertant pour qui s’attend à une œuvre coquine dans la plus pure des traditions du genre « érotique », ce « roman porno » est beaucoup plus riche que l’on ne pourrait s’y attendre. Véritable étude de caractères des rapports entre hommes et femmes, ce RED CLASSROOM foisonne d’idées et de réflexions devant lesquels on se perd parfois mais dont on en retire une expérience cinématographique qui ne peut nous laisser indifférent. Une véritable curiosité au sein des productions Nikkatsu présentées à travers cette rétrospective que nous offre le NIFFF.


Un petit plaisir de cinéma japonais n’arrivant jamais seul, on enchaîne assez rapidement avec une autre production asiatique, cette fois-ci dans un noir et blanc superbe. Il s’agit de THE WOMAN FROM THE SEA (Kaitei kara kita Onna) de Koreyoshi Kurahara (1959). Dans un village, une famille perd successivement ses hommes en mer. Toshio, l'un des villageois, se rend compte que ces morts sont liées à une mystérieuse femme aux cheveux longs… Après les « roman porno », le cinéma d’action et le « focus » Chûsei Sone, voici que l’on nage dans le cinéma fantastique avec cette histoire d’amour où la jeune femme se révèle être une sirène. Pas d’effets spéciaux ou d’effusions de sang mais une très belle atmosphère aux abords de la mer et aux sons du ukulélé, envoûtante à souhait. Une exploration tout en subtilités autour du mythe de ces créatures légendaires, un peu à la manière d’un Jacques Tourneur où l’on préfère la suggestion aux débordements graphiques. En résulte un film tout en ambiances, à la fois mystérieuses et romantiques à souhait. Un récit à la beauté troublante, à l’image de son héroïne à la moiteur apparente, d’un érotisme discret dont on tombe immédiatement sous le charme. Le dernier acte de THE WOMAN FROM THE SEA, la traque des pêcheurs persuadés d’avoir affaire à l’esprit vengeur d’un requin mort, réserve aux spectateurs une superbe conclusion à ce long-métrage qui comptera parmi les plus belles découvertes, tout genres confondus, de cette douzième édition du festival. Un vrai bonheur de cinéphile!


Visiblement, cette dernière projection a enchanté une grande portion du public présent dans la salle. Une magnifique torpeur cinématographique s’est emparé de l’audience, presque sous hypnose devant ces images aux charmes indéniables. Un petit bijou devant lequel on aurait aimé pouvoir s’extasier davantage… Il n’est pas encore minuit qu’on se prépare gentiment pour la fin de soirée. Une fois atteint les douze coups de minuit, le public se partage dans deux salles des cinémas Apollo. Alors que la plupart des spectateurs s’engagent en masse pour voir un « Ultra Movie » en provenance d’Allemagne avec 205 ROOM OF FEAR de Rainer Matuavi (2011), je garde Maryke avec moi pour la dernière sélection du jour de la rétrospective « When Musical Rocks! » avec un autre manière d’intégrer la musique à un récit musclé et pétri d’action : LES RUE DE FEU (Streets Of Fire) de Walter Hill (1984).


Ellen Aim, une chanteuse de rock est kidnappée par Raven et son gang de motards. Son ancien amant Tom Cody arrive en ville pour la libérer, ce qu'il fait rapidement. Raven et son équipe se lance alors à leur poursuite... Scénario sans fioritures, à la simplicité aussi efficace qu’un coup de poing dans la gueule! Avec Walter Hill, difficile de faire dans la délicatesse. Le réalisateur impose à travers son long-métrage une esthétique formelle héritée du western dont la dramaturgie se voit consacré autant au film musical qu’à celui de l’action. On alterne constamment entre des séquences de concerts où la jeune Diane Lane joue une star du rock et des moments d’actions vrombissantes où un gang de motards viennent foutre le cirque dans les rues de la ville. Le « feu » du titre évoque donc davantage l’énergie qui se dégage entre ces deux éléments, bien plus qu’un déluge de flammes de l’enfer dans lesquels les protagonistes pourraient se brûler.



Produit par Joel Silver, le Pape des grosses productions estampillées années 80, LES RUES DE FEU est un sacré spectacle entre le vidéoclip kitsch et une violence guerrière au look très « fifties » avec ses méchants aux blousons noirs. Entre le héros un rien désabusé interprété par Michael Paré et la sale gueule de Willem Dafoe en kidnappeur qui fait peur, le film déroule des tableaux urbains impressionnants de maîtrise formelle, porté par la musique entraînante de Ry Cooder. De même que les nombreux numéros musicaux qui parsèment ce long-métrage et en constituent toute l‘essence... Sans doute un peu trop long pour ce qu’il a à raconter, LES RUES DE FEU déroule son ambiance d’une vraie série B à l’esprit très rock’roll qu’il fait plaisir de (re)découvrir sur grand écran. Et puis je ne me lasse pas de retomber amoureux de la magnifique Diane Lane que le réalisateur magnifique dans de superbes postures iconiques.


Ainsi s’achève à plus de deux heures du matin cette nouvelle journée bien chargée en découvertes diverses, dont notamment quelques très beaux « coups de coeur ». Encore une fois, la diversité des choix qu’offre le NIFFF permet aux festivaliers de renouveler notre intérêt pour chaque nouvelle découvertes et de n’être jamais lassé d’aligner les séances à un rythme toujours bien intense, esquivant l’air de rien nos besoins alimentaires pour être rassasié de pellicules aussi délicieuses qu‘un bon steak saignant... Demain s’annonce aussi chouette qu’aujourd’hui. Mais pour l’instant, le plaisir intense sera de regagner son lit pour pouvoir tout de même dormir un peu. Malgré la passion dévorante à voir des films toute la journée, il est aussi important de fermer les yeux et de rêver à la suite qui nous attend dès le prochain début d’après-midi. De quoi à nouveau en prendre plein la vue, le cœur et les tripes. Le NIFFF, véritable déluge sensitif dont on devient rapidement accro’. Le cinoche comme drogue dur. Le NIFFF, refuge des drogués de l’image et du son. A bientôt pour une nouvelle dose de plaisirs…

2 commentaires:

  1. Mais quelle journée fantastique ! Presque tous les films m'intéressent notamment Peau d'âne et La petite boutique des horreurs que je n'ai toujours pas vu... Heureux veinard et chouettes chroniques !

    RépondreSupprimer
  2. Journée totalement orgasmique! Ce fut un réel bonheur! :) Cela fait tellement plaisir de voir à la suite autant de bons films. Et les découvertres furent incroyables, fantastiques... Un vrai plaisir de cinéma! :)

    RépondreSupprimer

Au revoir...

Au revoir...
Related Posts with Thumbnails page counter
Web Counter