mardi 10 juillet 2012

NIFFF 2012 : Jour 5

NIFFF 2012 : Jour 5

La semaine continue avec une nouvelle journée bien contrastée tant au niveau de la météo que des découvertes cinématographiques qui vont parsemer ce 5ème jour de festival. Comme ce fut le cas pour hier, les différentes propositions qu'offrent le NIFFF ne débuteront qu'en milieu d'après-midi; laissant du même coup aux participants de ce marathon cinéphile un peu de temps pour pouvoir souffler, se restaurer et se reposer. Et aux chroniqueurs de bien faire leur boulot...

Dès 15h30, la rétrospective P.O.V. (Point Of View) s'élargit d'une nouvelle entrée dans ce genre si particulier. Non pas une production obscure et oubliée mais plutôt un gros blockbuster pété de thunes "made in" Hollywood :  Godzilla à New York! Heu... Je voulais dire CLOVERFIELD de Matt Reeves (2008). Une attaque d'un monstre géant qui s'en prend à la Grande Pomme, le tout filmé depuis le point de vue d'un groupe d'amis qui fêtait le départ d'un de leurs amis pour... le Japon. Une occasion de revoir cette invasion spectaculaire sur grand écran dans de bonnes conditions, les rétrospectives du NIFFF n'étant pas l'exclusivité de vieilles bobines naphtalinées. Connaissant déjà largement ce long-métrage pour l'avoir déguster plusieurs fois depuis sa sortie, je décide finalement de passer outre cette énième diffusion pour continuer à écrire davantage mes chroniques et garder mon énergie pour d'autres films bien plus excitants.    

C'est alors que le ciel bleu se couvre méchamment d'une toile de nuages grisonnants et que le tonnerre se met à gronder de plus en plus bruyamment que je me décide finalement à quitter ma chambre d'hôte pour rejoindre une nouvelle fois encore mes lieux de pèlerinage. Vers 17h30, je me retrouve donc au Temple du Bas dans une salle quasiment vide pour assister à la projection d'une nouvelle découverte dans le cadre du "Centenaire de la Nikkatsu". Cette fois-ci, pas de "roman porno" à se mettre devant les yeux mais plutôt un film "noir" à l'ambiance directement emprunté aux chefs-d’œuvre de Jean-Pierre Melville tels LE DOULOS ou encore LE SAMOURAÏ. Il s'agit de  A COLT IS MY PASSPORT (Koruto Wa Ore No Pasupooto) de Takashi Nomura (1967) où l'on suit un tueur à gages pris au piège entre deux bandes rivales suite à la mise sous contrat de l'assassinat d'un chef de gang.   

Un film policier tourné dans un somptueux noir/blanc, où l'attente de trouver une porte de sortie pour son antihéros délivre ici une ambiance pleine de mélancolie bien appuyée par une bande sonore jazz du plus bel effet. Porté par quelques séquences d'action bien nerveuses, A COLT IS MY PASSPORT permet surtout à l'acteur Jô Shisido de se sortir de ces rôles habituels de jeune premier pour camper un assassin qui essaie d'échapper à des poursuivants qui ne le lâche plus depuis l'accomplissent de son contrat. A l'époque, le comédien s'était fait transformer son visage pour le rendre plus "dur" afin d'élargir sa gamme de rôles de composition. Ainsi, en s'injectant du silicone dans les joues pour un résultat plutôt désastreux; il s'affiche ici avec une tronche de hamster qui lui donne un visage à la fois plus convaincant mais aussi un rien amusant pour le type de personnage qu'il campe dans cet envoûtant long-métrage...  



Mélange délicieux entre plusieurs genres comme le polar, le drame et le western spaghetti, l'œuvre Nomura est un gros "melting pot" cinématographique sous influences qui offre aussi de beaux instants d'émotions en apesanteur, comme cette séquence où le compagnon du tueur improvise une balade à la guitare sèche pour se calmer de son angoisse suite à leur traque incessante... Et puis il y a aussi l'usage à répétition d'un thème musical aux accents "Morriconiens" qui distille un lyrisme superbe durant tout le long-métrage jusqu'à un climax explosif et spectaculaire qui conclut brillamment cette œuvre hautement recommandable!

20 heures. La suite du programme me mène déjà à enchaîner assez rapidement avec une nouvelle production tirée de la sélection "Compétition Internationale". Alors que la grande salle Apollo 1 vient enfin de s'ouvrir pour la manifestation NIFFF avec en guise d'hors d'œuvre le gros divertissement THE RAVEN avec John Cusack sous la houlette du réalisateur de V FOR VENDETTA et pour lequel le public se déplace en grosses vagues humaines bien compactes, je me décide à rejoindre une autre salle tout aussi bondée mais nettement plus surchauffée - le Rex, bien évidemment! - aux côtés de Sébastien avec qui j'aurai le plaisir, si je puis dire, d'assister à la projection de THE PATH (La Senda) de Miguel Ángel Toledo (2012).

Alors que leur couple bat de l'aile, Raúl et Ana décident de partir en vacances de Noël avec leur fils dans une cabane isolée au milieu d'une forêt enneigée. L'un des habitants du village voisin, Samuel, vient régulièrement travailler autour de la maison et se lie d'amitié avec Ana et l'enfant. Peu à peu exaspéré par l'intrusion de cet homme dans leur vie, sentant que son mariage se délite et que son fils s'éloigne de lui, Raúl devient de plus en plus jaloux. Autour de lui, entre rêves, hallucinations et réalité, des événements énigmatiques et perturbants se succèdent...

Nouvelle incursion espagnole dans le domaine du fantastique déguisé sous la forme d'un thriller psychologique où le mal être du protagoniste principal apparaît de plus en plus au fil du film, THE PATH est très une lente plongée dans une forme d'horreur cérébral qui se dévoile par petites touches subtiles. La direction artistique et le jeu d'acteurs sont très réussis si ce n'est la présence d'un gamin tête à claques passablement agaçant au centre de ce "ménage à trois" fantasmé. C'est également une bonne idée d'avoir située cette histoire sombre dans un climat hivernal tout en blancheur; rendant son esthétique très séduisante et contrastant totalement avec la noirceur de l'ensemble. Toutefois, à mesure que l'intrigue se noue et que le drame est sur le point d'exploser - le scénario prenant largement son temps pour se mettre en place - on aura droit aux scènes chocs passablement inutiles qui gâchent un peu le spectacle notamment le massacre d'un chien à l'aide d'une tronçonneuse... Et puis aussi ce grand final déconstruit comme un cauchemar à l'envers qui aura toutes les peines du monde à instaurer une conclusion guère convaincante sur la teneur fantastique de son "chemin". Drame faussement horrifique, ce téléfilm de luxe n'est finalement pas très intéressant. Et son élaboration technique débouche surtout sur l'adage "beaucoup de maniérisme pour pas grand chose". Dommage.


Dehors, le mauvais temps a fait son ouvrage. La pluie a inondé le bitume et l'atmosphère s'est un peu rafraîchie suite à la lourdeur d'une météo orageuse qui s'est peu à peu déchaînée durant l'après-midi alors qu'on était bien tranquillement installé dans nos salles obscures. A presque 22 heures, à la sortie de ce pénible film espagnol, c'est le début d'une nouvelle rencontre avec des connaissances de festival que j'arriverais finalement à convaincre de me suivre dans ma soirée nocturne qui s'annonce, pour la suite, musicalement bien délirante. Le temps que David s'allume un petit joint qu'il partagera avec "Wonder Woman", mise en condition toxicologique presque nécessaire pour apprécier davantage ce qui va suivre : une nouvelle découverte dans la sélection "When Musical Rocks!" qui va nous donner une patate d'enfer! Ca s'appelle BIM STARS (The Apple) et cela donne foncièrement envie de croquer dans ce fruit défendu, d'autant plus qu'il s'agit ici d'une production assez incroyable mise en scène par le célèbre Menahem Golan; célèbre producteur des longs-métrages de la firme "Cannon" qu a révélé des grands noms du 7ème Art comme Jean-Claude Van Damme, Chuck Norris ou encore Michael Dudikoff. Bienvenue dans le cinéma "autre"!    

En 1994, le monde est passé sous la domination des compagnies du spectacle. Un couple de chanteurs Bibi et Alphi vont alors se voir proposer un contrat faramineux par le chef de la BIM, Mr Boogalow. Sujet à une vision prémonitoire, Alphi refuse alors que Bibi, sous le charme tombe dans la tentation et sous la coupe de Mr Boogalow, qui n'est autre que le Diable en personne.


Comédie musicale datant de 1980, présentant le « futur » des années 90 dans un déluge visuel hérité du cinéma des années 70 avec véhicules, décors et costumes invraisemblables. Et puis, bien entendu, une bande sonore totalement addictive bien de son époque. Le scénario pioche sans honte dans le PHANTOM OF THE PARADISE de Brian De Palma (1974) avec sa description du monde de l’édition musicale et son producteur opportuniste sans aucun scrupules. Et à la place d’un chef-d’œuvre du 7ème art, nous avons là une petite perle kitsch absolument délicieuse, hélas bien trop peu connue du public et qui mériterait d’être davantage mise en avant dans le genre des comédies musicales. A mi-chemin entre l’œuvre De Palma et les univers empruntés à HAIR, ROCKY HORROR PICTURE SHOW et le film de Russ Meyer LA VALLEE DES PLAISIRS (Beyond The Valley Of The Dolls), BIM STARS (The Apple) est à voir pour le croire. Et spécialement à entendre, dont notamment une chanson qui est carrément une ode à l’orgasme tandis que le final ramène quasiment un avatar de Dieu lui-même - Mr. Topps! - qui débarque en Cadillac pour sauver une bande de hippies! Totalement fabuleux! Et pour les petits curieux qui se demandaient où ils auraient vus le visage machiavélique du vilain de l’histoire, il s’agit de l’acteur polonais Vladek Sheybal qui officiait déjà en cruel agent du S.P.E.C.T.R.E dans la deuxième aventure de James Bond, BONS BAISERS DE RUSSIE (From Russia With Love) de Terence Young (1963).

C’est avec le sourire aux lèvres que l’on sort d’une projection pareille. Il n’y a pas à dire, rien de tel qu’une bonne comédie musicale bien pêchue pour nous regonfler à bloc et avoir ainsi l’énergie nécessaire pour assister à l’ultime diffusion du jour, à savoir la toute dernière sélection de la mini-rétrospective consacrée à Jeff Lieberman, présent au NIFFF cette année en tant que président du Jury de la « Compétition Internationale ». Mais ce soir-là, il officie dans son rôle de cinéaste indépendant pour venir nous présenter l’un de ses longs-métrages les plus connus : SURVIVANCE (Just Before Dawn) datant de 1981, il y a déjà plus de 30 ans. L’occasion pour le réalisateur d’évoquer surtout sa collaboration avec le compositeur Brad  Fiedel qui s’est ici occupé d’établir l’identité musicale de son long-métrage. Un travail tout en subtilités, bien loin d’un « score » horrifique traditionnel qui lui permettra d’être repéré par un certain James Cameron qui l’engagera pour écrire l’étonnante partition de son TERMINATOR quelques années plus tard. « Now he’s famous and I am still a smuck! » conclut un Jeff Lieberman à la répartie cinglante pleine de second degré.  Le « Film de Minuit » de cette première heure nocturne du mercredi est projeté dans une superbe copie très propre et au superbe grain d’origine. Le format évoque presque une image 16mm, comme un film de vacances qui tournera mal, très mal…


Cinq jeunes gens, en vacances dans des montagnes isolées sont victimes d'une créature "inhumaine". Voici probablement le film qui est à l’origine de toutes ces petites balades en forêt qui tournent au tragique pour une poignée de jeunes adultes décidés à traîner dans une région où le danger guette derrière chaque arbre ou buisson et autre cabane abandonnée... Le DETOUR MORTEL (Wrong Turn) de Rob Schmidt (2003), présenté au NIFFF il y a déjà presque 10 ans, lui doit absolument tout! Et cette petite production des années 80 garde encore aujourd’hui toute son efficacité et son malaise latent avec son étrange tueur qui n’a pas fini de nous foutre les jetons. Liebermann privilégie une approche complètement naturaliste et n’est fait jamais trop, privilégiant ses ambiances horrifiques aux effets gores qui tâchent. C’est un petit classique dont on aura grandement apprécié de le voir sur grand écran dans des conditions idéales, bénéficiant d’une des plus belles salles de la ville de Neuchâtel.

Il est plus de 2 heures du matin lorsque les salles Apollo éteignent toutes leurs lumières. La journée fut à nouveau très belle pour les spectateur à sNIFFFer des films à un rythme soutenu; suffisamment différents les uns des autres pour éviter une overdose d’histoires similaires dont les codes narratifs ont souvent tendances à se répéter. Mais avec la grande qualité de la sélection, entre les films récents et les rétrospectives qui nous plongent dans des productions d’antan d’excellentes qualités, il y a de quoi trouver un réel bonheur de cinéphile. Et le spectacle est loin d’être terminé puisqu’on vient tout juste de passer le cap de la moitié du festival. Il nous reste encore 4 jours de projections intensives, de quoi bien se faire exploser les rétines. Et c’est clair qu’on en redemande! 

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