lundi 9 juillet 2012

NIFFF 2012 : Jour 4

NIFFF 2012 : Jour 4

Lundi. Retour au boulot. En fait non, même si c'est l'habituel début de semaine et que le weekend était cool à se voir quantité de films au cinéma, c'est encore loin d'être complètement fini. Le festival est encore jeune, il y a encore de nombreuses choses à s'en mettre plein les yeux et les oreilles.

Pour bien débuter la semaine, rien de tel qu'un copieux petit déjeuner pour se mettre en pleine forme. Et alors que j'engloutis croissants, petits pains, jus d'orange et fruits bien mûrs; je me vois offrir le spectacle gracieux d'une présence féminine qui se déhanche devant moi sur la musique très entraînante du groupe All Saints. Elle ressemble à un petit ange blond avec ses belles boucles d'or, son sourire malicieux et ses mouvements corporels prêtent à sourire devant tant d'énergie dépensée. Elle est mignonne cette petite gamine. C'est la petite fille du couple qui me reçoit pour la semaine... Toute excitée à l'idée de se mettre en scène devant un inconnu, la fillette fait son petit show matinal alors que je me remplit la panse. Difficile d'imaginer meilleure façon de commencer ma journée...

Le weekend passé ayant été passablement chargé pour la plupart des festivaliers, les spectateurs ont donc un peu de temps pour se remettre gentiment avant de recommencer une nouvelle semaine sous le signe du 7ème Art. L'après-midi de ce 4ème jour étant relativement calme, les projections ne débutant quasiment qu'en fin de journée dès 17 heures. Cela laisse du temps pour les plus fatigués de se reposer, de flâner, de personnellement essayer de se remettre à jour au niveau de ses chroniques... Bref, de se remettre d'un régime de vie intense que nous propose le NIFFF ces jours-ci.

Dès 16 heures, il est temps de se bouger un peu, d'aller rejoindre les quartiers animés de la ville et de retrouver les potes cinéphiles toujours présents pour voir ce que nous propose la scène du cinéma international. On débute donc avec un autre film concourant pour le "Narcisse" du Meilleur Film du NIFFF. Et cette fois-ci, on découvre un premier film en provenance de l'Inde : AKAM de Shalini Usha Nair (2012). Srinivas est un jeune architecte talentueux. Il partage une idylle avec sa collègue Tara et tout semble aller pour le mieux. Malheureusement, un grave accident de voiture vient mettre un terme brutal à toute perspective. Son visage déformé par une monstrueuse cicatrice, la vie de Srinivas bascule. Sa compagne le quitte et il perd sa confiance et sa bonne humeur, compromettant ainsi sa carrière et s'aliénant ses proches. Un soir, il rencontre l'étrange Ragini, une beauté au regard envoûtant, qui l'accepte malgré son apparence sinistre. Persuadé d'avoir retrouvé son bonheur perdu, Srinivas épouse sa muse. Mais des doutes l'assaillent concernant sa femme... Est-elle réellement humaine?

Bollywod qui s'invite au NIFFF avec un film fantastique bourré de danses et de chansons sur une durée approchant les 4 heures de projection? Eh non, vous n'avez pas bien deviné. Bien qu'il s'agisse d'un long-métrage "curry", celui-ci diffère des productions traditionnelles indiennes. Cette découverte en "Première européenne", est une œuvre indépendante d'à peine un peu plus de 90 minutes et totalement exempt de toute forme de musicalité propre à son pays d'origine. Ici, on baigne dans la psyché humaine via d'inquiétantes interrogations formulées par un homme qui se croit confronté à un démon féminin nommé Yakshi qui séduit les mâles pour boire leur sang. AKAM se présente donc comme une sorte de légende urbaine qui nous plonge dans un doute incessant. Les peurs du protagoniste sont-elles fondées ou est-il simplement paranoïaque?

La réalisatrice réalise un film assez étonnant qui, via un rythme languissant, plonge les spectateurs dans une torpeur qui peut être soit envoûtante ou ennuyeuse au possible. Pour ma part, j'ai été littéralement transporté par ce drame humain à la mise en scène qui sait effectivement prendre son temps pour imposer lentement mais sûrement une esthétique et une ambiance à couper au couteau. Les images sont habilement composées comme autant d'étranges tableaux statiques d'où l'on attend qu'il se passe quelque chose de fantastique, de désarçonnant. Comme un mauvais rêve duquel on ne peut s'échapper, AKAM tarde à révéler ses clés de compréhension et reste toujours dans l'expectative. C'est la grande force du film de rester toujours dans la retenue et d'éviter les effets faciles qui ferait sombrer le long-métrage dans le ridicule. Il sait rester dans la retenue - sans doute un petit peu trop - mais gagne ainsi à entretenir un mystère qui s'accompagne de bon nombre de séquences à la beauté fulgurante, comme ce final moite et en suspension. Comme si nous aussi nous étions sous l'emprise d'un démon Yakshi et ne sachions pas ce qu'il faut en penser... Une œuvre curieuse, pas forcément aisé à apprécier mais qui dévoile un petit trésor d'ambiances réellement fantastiques. Etonnant! Voici d'ores et déjà l'une de mes plus belles découvertes de cette nouvelle édition du NIFFF!


A la sortie de cette chaude projection, d'où on ressort éreinté par la moiteur ambiante qui finalement convenait parfaitement au film que l'on vient de voir, je ne met pas bien longtemps à me rendre compte que je suis l'une des rares personnes à avoir réellement apprécier ce film. Le petit groupe d'amis qu'on était ayant trouvé l'œuvre plutôt pénible, pour ne pas dire carrément nul. Encore une fois, je surprend en disant avoir énormément apprécier ce rendez-vous fantastique avec l'Inde, qui a su me charmer comme j'aurais par exemple aimé l'être avec un VANISHING WAVES dont j'attendais beaucoup... Finalement, c'est avec AKAM que j'aurais eu mon rendez-vous cinématographique sous hypnose. Yakshi m'a eu, et j'ai adoré cela!

Alors que les amis se précipitent rapidement à leur prochaine projection avec le très épique MY WAY en provenance de la Corée, c'est avec un réel plaisir que je réalise que j'ai maintenant plus d'une heure de pause avant le prochain film sur mon programme. L'occasion parfaite de traîner un peu tout en savourant quelques petites morces fast-foodiennes aux différents stands de nourritures du festival. Croque-Monsieur Pesto, Chapati poulet, Pasta bolognaise... Quelques petits noms exotiques que j'ingurgite à la suite pour satisfaire mes envies culinaires. Ce ne sera pas tous les jours que j'aurai autant de chances de pouvoir me restaurer de la sorte sans être stressé par les horaires d'une projection qui me poursuit sans relâche. Et puis c'est l'occasion de traîner en compagnie de Maryke, de savourer ces instants en sa compagnie avec de continuer notre chemin pavé de belles rencontres cinématographiques.

D'ailleurs, c'est à 20 heures et dans la grande salle du Théâtre du Passage que la suite de la soirée va se dérouler. Dans un auditoire bondée, c'est une nouvelle sélection de la "Compétition Internationale" qui nous attend pour se dévoiler devant nous. Après l'Inde contemporaine, cette fois-ci on embarque pour l'Angleterre des années 70 avec WHEN THE LIGHTS WENT OUT de Pat Holden (2011). En 1974, la famille Maynard déménage dans ce qui doit être leur nouveau "Home Sweet Home". Le père Len est heureux de cette acquisition et sa compagne Jenny, femme au foyer exemplaire, est ravie de garder la maison propre et chaleureuse. Par contre, leur fille Sally est bien embêtée d'avoir dû quitter ses amis et le fait comprendre par sa mauvaise humeur. De fait, lorsque des bruits nocturnes émanant de sa chambre viennent perturber leur sommeil, Len et Jenny l'accusent rapidement de vouloir saboter leur nouvelle vie. Mais de plus en plus d'événements étranges surviennent dans la maison. Une présence néfaste habite les lieux et l'attention du poltergeist semble s'attarder dangereusement sur la pauvre Sally...


Un film de maison hanté tout ce qu'il y a de plus classique. Une thématique qui a fait souvent ses preuves au cinéma à travers de nombreuses œuvres qui ont durablement marqué le genre : POLTERGEIST, AMITYVILLE, L'EXORCISTE entre autres... Des longs-métrages auxquels on pense immanquablement en regardant celui-ci. Pourtant, cette première incursion dans l'horreur pour son metteur en scène se révèle particulièrement prenante parce qu'il arrive à y injecter une bonne dose de réalisme très personnel. Cette histoire étant basée sur des faits réels ayant impliqué la propre mère du réalisateur! Du coup, ce drame horrifique réalisé avec beaucoup d'attachement vis-à-vis de ses personnages, est un film qui respire l'affection, qui a beaucoup de cœur et se révèle rapidement émouvant. D'autant plus que l'intrigue est centralisé sur le rôle de la jeune fille qui se révèle très touchante. En plus de son aspect horrifique, WHEN THE LIGHTS WENT OUT possède aussi une bonne dose d'humour qui découle des personnages et de leurs interactions avec les événements surnaturels donne à l'ensemble un équilibre bien dosé. En plus de cela, le film possède une reconstitution d'époque assez remarquable qui lui donne une patine visuelle absolument délectable.

Même si certains détails horrifiques sont un peu trop soulignés par une bande sonore chargée de basses un peu excessives, l'ensemble demeure d'une relative sobriété. Il faudra attendre le dénouement final pour que la batterie d'effets spéciaux s'activent à l'image sous la forme d'une confrontation fantastique très efficace. Cela contraste quelque peu avec le reste du long-métrage plutôt réaliste mais n'en gâche pas pour autant le plaisir du spectateur à savourer et frissonner devant cette histoire qui compte parmi les faits "historiques" les plus marquants ayant traits aux fantômes. Une belle réussite qui semble avoir conquis la majorité du public présent dans la salle.

Toujours sous l'emprise de cette histoire de fantômes, j'erre dans les espaces qui mènent à la grande salle du Théâtre du Passage. Mon programme m'indique que, pour une fois, je vais encore subir à coup de deux séances côte à côte les sièges serrées de cette immense bâtisse pas si pratique pour les gens de très grande talle. Le public traditionnel du soir, lui, a déjà bien pris possession des lieux et les séances commencent à être de plus en plus bondées. Car la nuit les spectateurs partent à la recherche de frissons que peuvent leur procurer la sélection des films que proposent le NIFFF. Particulièrement en ce qui concernent les œuvres de la "Compétition Internationale". Films "modernes", sans doute plus faciles d'accès que leurs aînés "vintage" qui occupent les places réservées aux nombreuses rétrospectives durant des projections largement plus clairsemée...

Le film de 22h15 est attendu avec une certaine impatience. THE BUTTERFLY ROOM de Jonathan Zarantonello (2012) est une production espagnole qui a des arguments de choix grâce à une distribution assez étonnante, regroupant un ensemble de comédiennes qui a fait les beaux jours des production horrifiques du cinéma mondial. On y retrouve pêle-mêle Barbara LE MASQUE DU DEMON Steele, Adrienne VENDREDI 13 King, P.J. Soles de LA NUIT DES MASQUES de John Carpenter, Heather LES GRIFFES DE LA NUIT Langenkamp et aussi Camille DAY OF THE WOMAN Keaton ainsi que le papa de Laura Palmer, le toujours excellent Ray Wise! Si le fantasticophile averti ne fait pas dans son pantalon avec une distribution pareille... Le réalisateur, présent sur la scène du Théâtre pour présenter son film annonce qu'il a voulu faire son film pour trois raisons. L'une pour pouvoir tourner avec toutes ces actrices dont il était tombé amoureux étant plus jeune. L'autre pour pouvoir rendre hommage au giallo, genre qu'il adore et dont son œuvre se réclame d'appartenir. Et pour finir, pouvoir filmer une septentenaire tuer des enfants... De belles perspectives pour un film dont on peut dire que déjà le titre très "giallesque" donne envie de s'y plonger. Et ça va être le moment, alors que les lumières s'atténuent et que l'écran s'illuminent devant l'assemblée...

Julie, une enfant solitaire, rencontre sa vieille voisine Ann pour des cours de soutien. Une connexion immédiate se crée entre les deux femmes, similaire à un lien mère-fille. Bon, il est vrai qu'Ann peut sembler étrange, notamment du fait de sa passion obsessionnelle pour les papillons, qu'elle garde dans une pièce secrète de son appartement. Mais Julie commence à être réellement effrayée par la vieille dame, dont le comportement devient agressif à son égard. Lorsqu'elle découvre qu'Ann a déjà entretenu une relation avec une autre jeune fille, disparue depuis, elle cherche de l'aide. Personne ne la prend au sérieux...


Le sujet est séduisant et aurait très certainement fait un excellent court-métrage. Sur un format plus long, le metteur en scène ne semble pas trop comment traiter son sujet de la manière la plus efficace possible et multiplie les allers-retours dans le temps à l'aide notamment de flashbacks. Un procédé qui n'apporte pas grand-chose à sa construction dramatique et anticipe les séquences à suspense qui perdent ainsi toute leur force. Le montage est assez laborieux et finit par faire perdre l'attention de son potentiel spectateur à trop vouloir lui donner une structure faussement sophistiquée. Formellement assez léché, cela ne suffit pas à THE BUTTERFLY ROOM pour susciter un minimum d‘intérêt. Et cela ne s'arrange pas du côté de l'interprétation relativement mauvaise, en particulier de la part de son interprète principale qui - aujourd'hui beauté fanée - n'a plus grand chose de fascinant à contempler. Pour le reste de la distribution, cela se contente de petites apparitions en forme de clins d'œil pour les fans les plus attentifs. Rigolo mais totalement vain. Au final, voilà tout à fait le style de film "gimmick" qui n'apporte strictement rien et se révèle complètement inutile. L'hommage au giallo, s'il n'est pas vraiment détestable, est tout de même loin d'être une réussite. A éviter!

Il n'est pas loin de minuit lorsque l'on retrouve la réalité nocturne du festival, bien loin des délires d'une pauvre folle qui rêvait d'un beau papillon à taille humaine. Humeur teinté d'amertume face à ce ratage qui aurait pu être un soubresaut salutaire pour un genre italien qui a bien du mal à renaître. Ce n'est pas encore aujourd'hui que l'on reverra un giallo moderne digne de ce nom. A l'heure qu'il est et dans l'état de fatigue actuel, il serait sans doute plus raisonnable d'aller rejoindre sa bonne couette mais le dernier film de la nuit m'appelle et bien que celui-ci ne m'attire pas des masses, c'est l'ultime projection du jour et en tant que cinéphage je me dois d'y être...

LOVELY MOLLY de Eduardo Sanchez (2011) est le dernier-né d'un des créateurs du fameux LE PROJET BLAIR WITCH (The Blair Witch Project) qui a déjà plus de dix ans d'âge. Depuis tout ce temps, il n'a pas été facile de réitérer l'exploit commercial et artistique de ce premier long-métrage. Avec ce nouveau film, ce metteur en scène s'aventure encore une fois dans une variation du P.O.V. (Point Of View)... Quand Molly Reynolds, jeune mariée, retourne dans sa famille, des souvenirs terrifiants de son enfance refont surface. Commence alors pour Molly une longue descente aux enfers où la frontière entre psychose et possession se trouble. A mi-chemin entre le fantastique intimiste et le documentaire shooté au caméscope, l'histoire pourtant terrible de Molly n'est pas un scénario très engageant et qu'il est plutôt pénible à suivre à une heure si tardive. D'autant plus que les effets horrifiques se prêtent davantage au ridicule qu'à l'épouvante. Et sur la longueur, ce long-métrage n'arrive absolument pas à être captivant. On s'ennuie donc très vite devant ce qui semble être une énième tentative de faire du cinéma avec des bouts de ficelles, sans réelle conviction. C'est regrettable car il y a quelques bonnes idées, notamment lors d'un final hallucinogène avec un homme à tête de bouc qui donnait enfin l’envie d'ouvrir tout grands nos yeux de spectateurs fatigués. Trop tard, LOVELY MOLLY vient enfin de mettre un terme à ce quatrième jour de marathon cinématographique.


C'est le moment. Je meurs de fatigue. Le dernier effort de la journée sera de monter encore une nouvelle fois mon petit parcours dans les quartiers résidentiels bien paisibles de la ville de Neuchâtel. Une marche bien pentue d'une vingtaine de minutes avant de pouvoir rejoindre mon lit tant désiré pour quelques heures de sommeil. Malédiction, je dois encore taper mes longues chroniques quotidiennes pour rattraper un retard qui s'accumule de jour en jour à mesure que la semaine avance. Ce n'est donc pas encore maintenant que je vais pouvoir franchement m'écrouler... Et le festival qui reprend dans un peu moins d'une dizaine d'heures. La vie de cinéphile chroniqueur, c'est vraiment du masochisme pur! So Be It! A tout à l'heure, alors...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Au revoir...

Au revoir...
Related Posts with Thumbnails page counter
Web Counter