dimanche 8 juillet 2012

NIFFF 2012 : Jour 3

NIFFF 2012 : Jour 3

Les débuts de festival commencent toujours en douceur. Bien que les après-midis et soirées/nuits soient frénétiques, on a tout de même la possibilité de pouvoir se reposer, dormir et bien se restaurer en première partie de journée; le NIFFF débutant généralement pas longtemps après l'éventuel petit digestif de midi. Bien que les projections ne commencent pas avant 14 heures, voire même 15 heures, il y a toujours la possibilité de s'envoyer 4 ou 5 films durant la même journée. De ce fait, le temps nécessaire pour faire un bon repas du soir est pratiquement nul, sauf si vous êtes tenté de déguster de la bouffe de festival et d'aligner les consommations de bar. Dure, la vie de festivalier...


De mon côté, je ne prends qu'un petit déjeuner vers 12 heures et ensuite m'attèle tant bien que mal - merci la connexion internet - à composer mes chroniques de cinéphage pour mon éventuel lectorat, décortiquant la manifestation comme si vous étiez à mes côtés. L'écriture occupant mon horaire libre avant d'aller rejoindre les cinémas de la ville... Le dimanche, la vie est pratiquement morte. Les amateurs de soirées nocturnes étant sans aucun doute en train de récupérer de leur folle nuit précédente, bien accompagnés ou non. Il n'y aura donc que les plus téméraires pour se décider à se lever pour assister aux premières séances de la journée.

Comme à mon habitude, j'effectue ma petite marche en solo depuis les hauteurs de Neuchâtel pour suivre la route sinueuse que me fait descendre vers les salles obscures que je m'apprête à investir. Petit détour au Théâtre du Passage où je vais retirer mes billets du jour avant de rejoindre le Temple du Bas pour le premier film à découvrir... Aujourd'hui, je débute avec une nouvelle œuvre dans le cadre du "Centenaire de la Nikkatsu". Après l'histoire d'une "Delinquent Girl", c'est à nouveau un long-métrage de Chûsei Sone qui nous est proposé dans cette sélection de films japonais. Ca s'intitule SHINJUKU MIDAREGAI : IKUMADE MATTE, tournée en 1977 dans le "Greenwich Village" de Tokyo. Une œuvre très "Nouvelle Vague" où le réalisateur suit un groupe de personnages issus du monde du cinéma, à la fois devant et derrière la caméra. Ecrivain, réalisateur, technicien, comédiens... Toute une galerie de jeunes gens à la dérive dans les bars du quartier de Shinjuku. Il s'agit d'une autofiction basée sur la vie du scénariste Haruhiko Arai. Un sujet teinté d'une certaine mélancolie, la vie n'étant pas aisée dans ce milieu, tombant facilement dans les travers du sexe et de l'alcool. Cinéma introspectif et érotique, il permet à Sone d'offrir de belles expérimentations visuelles. Intéressant à défaut d'être réellement passionnant, l'œuvre tournant rapidement en rond, il offre néanmoins une vision assez désabusée de la vie dissolue d'une frange de tokyoïtes. Le meilleur de Chûsei Sone étant encore à venir...

Une fois cette projection clairsemée terminée, je regagne le Théâtre du Passage où en ces lieux la foule est nettement plus dense. Il faut dire qu'à 17 heures débutera l'un des grands événements de cette douzième édition du NIFFF. Il s'agit de la projection sur grand écran du célèbre classique METROPOLIS de Fritz Lang (1927). Une occasion unique en Suisse de pouvoir (re)découvrir un chef-d’œuvre du 7ème Art dans sa version la plus intégrale. Le film ayant depuis toujours été mutilé et jamais complété, voici une des rares occasions de le voir dans son montage le plus long, alternant séquences coupées et/ou abîmées réintégrées, textes manquants explicatifs et bien entendu la copie originale du film que l'on a connu jusqu'à présent est ici totalement restaurée au-delà des plus folles espérances... L'hommage que lui rend le festival est d'autant plus attendu que la projection de l'œuvre sera accompagnée par sa partition musicale d'origine et exécutée en direct par le Nouvel Ensemble Contemporain (NEC), un orchestre neuchâtelois qui investira la petite scène au-devant de l'écran du cinéma.

Le public s'est donc déplacé en grand nombre pour assister à cette projection qui se révèle absolument incroyable. Deux heures et quart d'images somptueuses et envoûtantes mises en avant par une musique symphonique époustouflante. Les conditions techniques étant sensationnelles, on redécouvre un film majeur du 7ème Art dans un état extatique. C’était fabuleux!


Il n'est pas loin de 20 heures. La suite du programme m'emmène à nouveau au Temple du Bas pour une nouvelle découverte de la "Compétition Internationale" avec l'un des films que j'attendais le plus du festival; un film lituanien VANISHING WAVES de Kristina Buozyté & Bruno Samper (2012). La bande annonce très alléchante décuple les attentes vis-à-vis de ce long-métrage qui a l'air visuellement très léché et assez érotique...

Avez-vous déjà rêvé d'être à l'intérieur d'un autre corps et de vivre une expérience fusionnelle avec l'âme qui y habite? Lukas décide de participer à un projet scientifique de ce genre. Il se retrouve ainsi projeté dans l'âme d'une certaine Aurora, plongée quant à elle dans le coma. Lukas découvre l'univers intérieur fascinant de la jeune femme, qui mène une vie dans son propre corps sans savoir qu'elle y est enfermée. Loin des restrictions de la réalité, Lukas et Aurora vont donner libre cours à leurs instincts primaires, se complaisant dans ce fantasme virtuel. Le retour à la réalité sera difficile pour le jeune homme...

Le directeur artistique est là durant la présentation de ce nouveau long-métrage. Il annonce au public présent qu'avec la réalisatrice ils ont voulu proposer à leur audience une expérience cinématographique hypnotique. Un concept qui s'annonce donc atypique ne peut être qu'intrigant. Hélas, VANISHING WAVES se révèle très rapidement être une véritable galère à suivre... En voulant explorer la nature du désir humain, la réalisatrice et son équipe n'arrive à nous offrir ici qu'une prétentieuse histoire d'amour à l'esthétique "Ikea" et aux séquences érotiques plutôt ratées. Chaque idée conceptuelles est étirée jusqu'à l'essoufflement et hautement ridicules. Bien appuyée par une musique "new age" ou carrément des œuvres baroques issue de l'Opéra classique, cela n'en renforce qu'encore plus la lourdeur de l'ensemble qui en devient totalement indigeste.

Fantasmatique à deux balles, VANISHING WAVES est en plus aussi totalement dénué de tout charisme via ses deux principaux comédiens certes physiquement avantageux - particulièrement la jeune femme et sa grosse poitrine largement exposée! - mais dont chaque visage est affublé d'un gros grain de beauté dégoûtant qui donne envie de leur arracher la figure! Ajouté à cela que le concept science-fictionnel du sujet est totalement sabordé au profit d'une intrigue érotique sans intérêt, cela rend le long-métrage grotesque et totalement vain. La sophistication apparente de l'ensemble transforme donc cet objet filmique en vulgaire tableau cinématographiquement laid et hautement détestable. Sans aucun doute le pire film du NIFFF jusqu'à présent!


Après avoir bien dégueulé sur la pénible projection que l'on vient de subir, je suis finalement assez content de pouvoir dire que j'ai assisté à ma première "sombre merde" du Festival. Après avoir vu une honnête quantité d'excellents longs-métrages depuis le début de cette douzième édition, le moment du "pire" est enfin arrivé. C'était tellement mauvais qu'un film pareil mériterait presque un prix à lui tout seul pour signaler l'horrible moment de cinéma que cette "expérience" est censée procurer à ses spectateurs. Cinéphiles du monde entier, fuyez devant cette horreur!!!

22 heures. La nuit est jeune et pour ma part ma soirée est déjà faite car les deux projections suivantes sont des longs-métrages que je connais bien pour les avoir déjà vus plusieurs fois. Deux bons petits films dont je vais avoir l'immense plaisir de pouvoir les découvrir sur grand écran. La première séance qui débutera dans un peu moins d'une heure est l'occasion pour les spectateurs de s'offrir une mini-rétrospective de l'œuvre de Jeff Lieberman.

Le bonhomme au chapeau de paille est présent au NIFFF 2012 pour une autre raison... Il est également le président de cette nouvelle édition du festival. Une belle occasion de rendre hommage à ce réalisateur américain aux productions indépendantes assez stupéfiantes. Les spectateurs s'en rendront compte en pouvant aller voir 3 de ces films les plus connus : à savoir LA NUIT DES VERS GEANTS (Squirm), BLUE SUNSHINE et SURVIVANCE (Just Before Dawn). Ce soir, le réalisateur est donc présent au cinéma Rex pour venir nous parler du premier d'entre eux. Etonné de voir le public présent dans la salle qui, à l'époque de la sortie de son premier long-métrage il y a déjà 36 ans, n'était pour la plupart même pas encore né alors que lui-même avait 25 ans lorsqu'il réalisa ce premier film sur lequel il apprit beaucoup de choses sur son métier de réalisateur... Livrant quelques petites anecdotes cocasses comme seuls savent en faire les américains, il finira par sortir de la poche de son veston l'un des seuls rescapés de son long-métrage, un lombric d'une taille considérable! Un humour pince-sans rire que l'on retrouve dans ce cinéma "redneck" assez hallucinant que l'on s'apprête à déguster sur l'écran géant. Lieberman finit son "speech" en annonçant la diffusion de LA NUIT DES VERS GEANTS au format d'origine dans une copie 35mm d'époque, bien abîmée et griffée; aux couleurs ayant virées "magenta". Cela en renforcera malgré tout l'aspect "grindhouse" de cette production bricolée et bien dégueulasse, construite selon les dires de son créateur "avec un minimum de réalisme".

Suite à une tempête aussi violente qu’inattendue, une petite ville du Sud des Etats-Unis commence progressivement à plonger dans le chaos lorsque des vers de terre devenues soudain très dangereux, sortent de terre et grouillent partout... Faisant partie de ces longs-métrages qui virent à l'épouvante dès que la nature se déchaîne, LA NUIT DES VERS GEANTS est un film qui donne envie de se gratter et de prendre rapidement une bonne douche! Production indépendante réalisée avec peu de moyens, elle possède cette atmosphère décrépie des vieilles bourgades perdues au milieu de la campagne où les habitants sont tous des bouseux; des paysans aux jeunes filles, tout en passant par la police... La relative lenteur des événements horrifiques qui se déchaînent progressivement ici nous laisse largement le temps de s'attacher à des personnages pas forcément très engageants. L'atmosphère putride et les effets spéciaux très efficaces assurant un spectacle à la limite du vomitif, particulièrement une dernière partie assez spectaculaire encore aujourd'hui, à faire se dresser tous les poils de notre corps. Yeûûûrk! Ce n'est pas avec ce film qu'on va s'attirer la sympathie de ces satanées bestioles!


Un petit bonheur de cinéma ne venant jamais seul, après les lombrics qui mordent et qui crient, c'est une autre production délirante qui nous attend pour le "Film de Minuit"! Mouhahahahahaaaaa!!! Toujours présenté dans la salle du Rex, on termine cette troisième journée du NIFFF cuvée 2012 par une comédie "cannibale" issue de la programmation "When Musical Rocks!" : CANNIBAL! THE MUSICAL de Trey Parker (1993)!

Alfred Packer est jugé pour l'assassinat et le cannibalisme perpétré sur ses compagnons de voyage lors de leur traversée des montagnes rocheuses. Mais que s'est-il réellement passé? Cette histoire au ton très particulier, d'une naïveté aussi touchante que ses situations sont improbables, est issue de l'esprit dérangé des auteurs de la série animée SOUTH PARK. On comprend donc tout à fait l'atmosphère complètement décalée de l'intrigue, mélangeant une histoire d'amour avec un cheval, des chansons bucoliques qui parlent du ciel bleu et des feuilles qui sont vertes; d'une visite chez des indiens qui ressemblent à des japonais et d'autres péripéties encore bien plus surréalistes...Clairement sous l'influence des Monty Python, ce film de "cannibales" ne ressemblent bien entendu à aucun autre et il faut le voir pour le croire. Acheté par Lloyd Kaufmann pour la firme "Troma", ce célèbre distributeur de films a clairement compris tout le potentiel "autre" de ce petit bijou d'absurdités qui vous met de bonne humeur et donne envie de chanter! "Let's build a snowman..."!


Une parfaite conclusion pour cette journée qui se termine à plus de 2 heures du matin... Cela fait donc depuis un bon moment que le soleil est couché et que l'atmosphère nocturne enveloppe les ruelles de Neuchâtel. Mais pourtant cela ne m'empêche pas d'avoir envie d'entonner ce solaire et sympathique refrain entêtant :

"The sky is blue and all the leaves are green.
The sun's as warm as a baked potato.
I think I know precisely what I mean,
When I say it's a shpadoinkle day."

Une bien belle journée au sein du NIFFF. Vivement le retour du jour pour qu'on puisse à nouveau s'enfermer dans la nuit magique d'une salle de cinéma. La suite! Encore!!!

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