samedi 7 juillet 2012

NIFFF 2012 : Jour 2

NIFFF 2012 : Jour 2

Après une bonne - mais courte - nuit de sommeil, c'est agréable de se réveiller en douceur en se disant que l'on va passer le reste de sa journée au cinéma. Après un copieux petit déjeuner, je m'attèle à la rédaction de mes comptes-rendus de festival. Et c'est là que la galère des problèmes techniques débutent... Être sur un petit portable avec une connexion Wi-Fi défaillante qui risque de planter à tout instant. Voici le lot de complications qui m'attendent ces prochains jours. Difficile donc de travailler dans ces conditions mais l'on va essayer de ne pas - trop - s'énerver face à la technique qui ne fait que compliquer au lieu de faciliter le travail. Mais bon... *soupirs*...


Ne pensons plus à cela et concentrons nous sur le programme de ce samedi 7 juillet qui s'annonce très copieux. Pas moins de 6 longs-métrages à s'en mettre plein les mirettes... La météo du jour semble clémente. C'est un peu nuageux mais on distingue tout de même des taches de ciel bleu et le soleil tape suffisamment fort pour offrir aux festivaliers leurs premières marques de bronzage. Au Théâtre du Passage, et contrairement à hier, le public est largement plus dispersé. C'est d'autant plus agréable que cela facilite l'acquisition des billets du jour. Aujourd'hui, je n'aurai pas eu besoin de me presser pour rejoindre les salles de cinéma. Et la petite cerise du jour sera l'arrivée d'une copine qui débarque à temps pour le NIFFF après un séjour de plus de 6 mois au Canada. Maryke est là et en sa compagnie je vais me régaler en débutant la journée par un film X! Visionner un porno en début d'après-midi? Voilà une bien drôle façon de démarrer une journée cinéphilique, qui plus est de la plus délicieuse des façons.


ALICE IN WONDERLAND : AN X-RATED MUSICAL FANTASY de Bud Townsend (1976) n'est pas un film sexuellement explicite comme la plus standardisée des bobines de cul. Il s'agit déjà du premier long-métrage qui inaugure une rétrospective du festival qui s'intitule "When Musical Rocks!". C'est une célébration de provocations audiovisuelles sur près de 20 ans de cinéma où le NIFFF proposera tout au long de la semaine une quinzaine de films aux bandes sons explosives et à l'imagerie débridée qui vont nous faire danser! Un choix de comédies musicales bien éloignées de Broadway, à la fois décoiffantes, subversives et à l'esprit très rock'n'roll. Et quoi de mieux pour commencer que cette revisitation coquine d'un classique de la littérature?


La petite Alice s'est va ainsi pour le Pays des Merveilles effectuer un voyage initiatique très sexuel. La trame narrative reprend ici les passages obligés du roman pour mieux les détourner au profit de la recherche du plaisir charnel de cette jeune femme. Les personnages surréalistes de cet univers magique l'aidant à se libérer d'un sentiment de culpabilité dès qu'elle se sent "bizarre", prônant mentalement que tout ceci ne lui semble pas très normal. Elle va ainsi découvrir le sexe d'un homme en comblant le Chapelier fou d'une divine fellation et va même jusqu'à aller satisfaire les penchants lesbiens de la Reine de Coeur! Et tout ceci en chantant!



Amusant et doucement délirant, cet ALICE AU PAYS DES MERVEILLES version coquine est un délicieux petit film qui ferait immanquablement rougir le père de Mickey. L'ambiance est kitsch à souhait avec ses personnages hauts en couleurs; bucolique à travers son univers forestier parsemé de gros champignons, de pierres qui parlent et de petites rivières rafraîchissantes. Le sexe y est toujours joyeux, pétrie de bons mots, débridée et sans prise de tête. Tout acquis à la cause féminine dans une atmosphère très détendue. Il n'y a décidément pas de mal à prendre son plaisir! Et quel bonheur d'avoir pu découvrir un film pornographique dans des conditions techniques assez incroyables. Ce n'est pas tous les jours qu'on a la possibilité de voir une œuvre de ce genre au format 35mm! Petite anecdote cocasse, les bobines sont arrivées sans soucis au NIFFF en passant à la douane sous le nom de ALICE AUX PAYS DES MERVEILLES de Tonton Walt!



Pour la suite de la journée, il ne faudra pas attendre bien longtemps avant la prochaine projection du jour. Et comble d'aise, le film suivant est diffusé dans la même salle que précédemment... Il s'agit d'un autre premier film qui ouvre la rétrospective "Centenaire de la Nikkatsu" fameux studio japonais créé en 1912 et qui est particulièrement célèbre pour son label "roman porno", un genre de films érotiques à part qui fut établi suite à l'arrivée de la télévision dans les foyers asiatiques durant les années 60, conséquence presque fatal pour le cinéma qui commençait gentiment à vaciller. Il fallut donc trouver une alternative à la lucarne domestique et montrer sur grand écran des choses que la TV ne diffusait pas... En résultera des films assez uniques, allant des histoires policières à l'ambiance onirique en passant par les bobines coquines et les œuvres politiquement engagées malgré un large quota de fesses à l'image. Une période faste et démente pour le cinéma japonais dont le NIFFF offre un aperçu à travers une dizaine de longs-métrages.

Pour débuter cette sélection particulière, c'est avec DELINQUENT GIRL : ALLEY CAT IN HEAT datant de 1973 qu'on découvre les malheurs d'une jeune provinciale qui débarque à Tokyo et se retrouve sans un sou... Ce film est l'œuvre de l'auteur Chûsei Sone, assistant réalisateur du fameux Seijun Suzuki qui a durablement marqué le cinéma mondial avec ses expérimentations visuelles très "Nouvelle Vague", apportant un sang neuf et terriblement moderne dans le 7ème Art de l'époque!


Si le titre du film diffusé ici peut prêter à confusion avec le cinéma "Pinky Violence" dont les héroïnes sont aussi des "Delinquent Girls", celui-ci ne traite absolument pas de guerre de gangs. Ici, on est plutôt dans la comédie parodique parmi des gangsters qui vont se laisser indirectement manipuler par une femme dont ils pensaient pouvoir abuser sans honte... Humour grivois, séquences sexuelles aux fameux "caches" floutés de la censure, le film fut sans doute une introduction passablement frustrante à un public guère habitué aux codes de ce type de cinéma. Il n'en reste pas moins qu'il s'agit davantage d'un film très critique envers la société japonaise des années 70, bien plus qu'un film érotique finalement assez soft et bâclé. Le réalisateur se révélant bien plus à l'aise en dehors des scènes de nudité, allant même jusqu'à gratifier son long-métrage de beaux plans expérimentaux comme celui offrant un point de vue depuis l'intérieur d'une guitare sèche. Légère déception tout de même, car le cinéaste ayant fait largement mieux dans sa carrière à la Nikkatsu. Le NIFFF nous donnera d'ailleurs l'occasion de s'en rendre compte à travers deux autres longs-métrages diffusés dans le courant de la semaine à venir. Ne pas manquer son fameux ANGEL GUTS, diffusé un peu plus en avant dans le programme, véritable expérience de cinéma sensoriel!


On quitte un petit moment le cinéma asiatique des années 70 pour revenir à quelque chose de bien différent et plus contemporain avec ma première œuvre officiant en tant que nominée dans la sélection de la "Compétition Internationale" du NIFFF 2012. Un film américain au titre sobre : RESOLUTION de Justin Benson & Aaron Moorhead (2012). La diffusion de ce long-métrage se fait dans la grande salle du Théâtre du Passage où les réalisateurs sont ici à la projection pour faire une délirante présentation en français/anglais qui donne tout de suite le ton à ce très bizarre petit film, à la fois comique et effrayant. Une approche déroutante également à l'égard de ce projet où les créateurs ont endossé les casquettes de metteur en scène, acteur, monteur, chef opérateur, créateur de VFX... Plus indépendant, tu meurs!



Mais qu'est-ce que cela raconte? Michael est choqué lorsqu'il découvre dans sa boîte e-mail une étrange vidéo de son meilleur ami Chris, planant sous méthadone dans la forêt. Inquiet, il jure de remettre son pote d'aplomb. Il élabore un plan d'isolement pour le convaincre d'aller en cure de désintox' avant que sa dépendance ne le mène à une mort certaine. Mais ce qui devait être un sauvetage tourne rapidement au vinaigre. Leur passé ressurgit et les deux amis se retrouvent confrontés à leurs démons (des vrais, pas des illusions, la méthadone étant hors cause!). Des forces incontrôlables envahissent la petite maison qui leur sert de refuge et qui, malheureusement pour eux, se trouve bien loin de la civilisation...

Difficile d'en dire plus pour ne pas gâcher l'originalité de cette œuvre aussi drôle que passablement inquiétante. Comédie noire mais aussi véritable film d'ambiances de plus en plus oppressantes, RESOLUTION offre une bouffée d'originalité dans le cinéma fantastique U.S. comme on en avait rarement eu l'occasion d'en voir récemment. Une approche assez brut pour un résultat convaincant qui semble avoir conquis le public présent ce soir-là. On risque sans doute d'en entendre parler très prochainement...


Retour au Temple du Bas pour la suite de la soirée avec un autre film en "Compétition Internationale", toujours en provenance des Etats-Unis mais avec davantage de moyens techniques mais non sans perdre une once de son originalité. Il s'agit du film de Richard Bates Jr. intitulé EXCISION (2012). Autre titre mystérieux qui annonce un projet bien barré. Jugez plutôt : Pauline n'est pas vraiment une ado comme les autres. Non pas parce qu'elle rêve de devenir chirurgienne - ça peut arriver - mais parce qu'elle prend un malsain plaisir à s'imaginer en train d'opérer des inconnus, se complaisant dans ses fantasmes morbides. Ses intérêts particuliers effraient ses parents et ses camarades de classe, qui la marginalisent à la maison et à l'école. Mais Pauline s'en fiche. Personne ne la comprend; et elle refuse d'être jugée, ni par son thérapeute, ni par l'église. Un jour, la jeune femme décide qu'elle est prête à perdre sa virginité... la véritable bizarrerie peut commencer!


Ce long-métrage ressemble à une expérience visuelle cauchemardesque à la Matthew Barney. Son esthétique très soignée, notamment ses rêveries érotiques mélangeant nudité et sang le rapproche d'une œuvre d'art contemporaine. Avec froideur et distanciation, le film de Bates Jr. est difficile à appréhender tant il ressemble à une succession de séquences chocs dont il semble manquer de liant pour être totalement convaincant. L'œuvre possède toutefois de nombreuses qualités, entre le malaise distillé à travers un humour très noir et la qualité d'interprétation de son ensemble de comédiens. Il faut particulièrement retenir la performance de AnnaLynne McCord en jeune femme perturbée dont le regard sur la vie est aussi fascinant que totalement dégoûtant. Il y a aussi la participation d'artistes aussi divers que Traci Lords, John Waters et Ray Wise pour offrir au film un décalage désarçonnant où l'on ne sait plus si le film est une partie de plaisir ou un calvaire total. Dans tous les cas, EXCISION est une expérience cinématographique très troublante, voire même dérangeante. On en ressort un peu circonspect, ne sachant pas vraiment si l'on vient de voir un chef-d’œuvre ou une curiosité proche du n'importe quoi! Ce qui est sûr, ce que ce film ne laissera personne indifférent. Cette sélection issue de la "Compétition Internationale" vient donc de frapper très fort! C'est un film définitivement à découvrir...




Le NIFFF continue d'aligner, en dehors des œuvres concourant pour différents prix prestigieux comme le "Narcisse" ou le "Méliès", à nous offrir quantité de petites catégories de films se regroupant sous des titres plutôt curieux, parfois indéfinissables. Car il faut dire que le mélange des genres offrent souvent d'étonnants résultats. C'est le cas des projections effectuées dans le cadre des "Films Of The Third Kind". Il est maintenant presque 22h30 et c'est le retour à la grande salle du Théâtre du Passage pour découvrir un film du réalisateur Abel Ferrara dont on n'avait pas entendu parler jusque là. Ferrara qui s'est indirectement invité au NIFFF l'an passé avec son premier film, DRILLER KILLER. Fameux trip hallucinant diffusé dans le cadre d'une rétrospective du cinéma gore. Ici, on navigue dans des eaux bien différentes avec une thématique plus actuelle qui est celle de la fin du monde!

4:44 LAST DAY ON EARTH est la vision toute personnelle du cinéaste sur les dernières heures de l'humanité alors que la Terre sera bientôt détruite, emportant tout le monde dans le néant. Sujet catastrophe qui aboutit ici à une œuvre épurée de tout effet spécial. Nous sommes le jour avant la fin du monde, quand il n'y a plus d'espoir. Demain à 4h44 selon tous les médias, la Terre disparaîtra. Un couple de New-York, lui peintre, elle actrice, fait partie de ceux qui acceptent leur destin et s'apprêtent à vivre leur dernière journée ensemble...


Comme ce fut déjà le cas avec son film MARIE où jouait Juliette Binoche, ce nouveau long-métrage est dans une veine mystique où le réalisateur semble s'interroger, déroulant ses impressions sur la vie, la religion, les relations humaines... En quelque sorte, il nous ressort la thématique abordée par Lars Von Trier et son terrassant MELANCHOLIA. Ici, on s'enferme dans un luxueux appartement au plus près de l'intimité des deux être humains qui vont baiser, s'engueuler, dire au revoir à leurs proches via Skype; et aussi écouter les informations télévisuelles où le Dalaï-Lama s'exprime quand on ne nous dit pas que Al Gore avait raison quand à l'avenir de la planète, ce qui nous pend au nez depuis bien quelques années...



Minimaliste sans réellement l'être, Ferrara s'intéresse aux oscillations des amoureux dans un contexte apocalyptique mais n'en dévoile que rarement les plus profondes émotions. Son film est hélas passablement fade pour ne pas dire vide, manquant par là même toute l'essence de son propos. Même avec la présence d'un comédien de la stature de Willem Dafoe, 4:44 LAST DAY ON EARTH reste une petite bobine qui s'affiche comme un rendez-vous manqué où le réalisateur rate le coche avec pourtant un sujet très fort. Dommage.


Le temps passe vite, même lorsqu'un film se révèle finalement assez ennuyeux. Passé la relative déception que fut le Ferrara, ce n'est pas pour autant que l'on va se laisser aller au sommeil le plus profond. Même dans un état proche de la somnolence, il ne faudrait pas manquer la toute dernière projection de cette deuxième journée du NIFFF 2012. Comme le soir précédent, le dernier rendez-vous cinématographique de ce samedi soir est un nouvel "Ultra Movie" à savourer sur le grand écran du cinéma Rex. Le public est présent en nombre, accentuant la chaleureuse ambiance déjà passablement surchauffé de cette salle obscure. MANBORG de Steven Boltanski (2011), c'est un petit projet de science-fiction en provenance du Canada. Comme décrite dans le programme officiel, c'est de la SF "Out Of Control". Du cinéma de fou furieux. Une immense délire qui rappelle les pelloches d'un autre monde avec une esthétique emprunté aux années 80. Ca promet!



C'est l'Enfer sur Terre! Le cruel Comte Draculon et ses vampires nazis sèment la terreur. Mais un groupe intrépide de héros leur fait face, menés par le cyborg destructeur au grand cœur Manborg et ses trois potes aux looks aussi ravageurs que leur noms; Number One Man et Justice en tête!... Le film de "Minuit et demi" absolument parfait! Ca pète à n'en plus finir dans un déluge de mitraillages assourdissants et de furieuses explosions qui démontent tout! Pari réussi pour cet hommage/pastiche très "old school" de bandes SF "hardcore" où les méchants sont très cruels et les héros - torse nu ou bardé d'improbables costumes fait de plaques métalliques - suintent la sueur par tous les pores. Les dialogues ne sont pas en reste, véritable déluge de "punchlines" qui font autant mal qu'une violente décharge électrique! Délirant de la première à la dernière image, MANBORG est aussi jouissif qu'épuisant, n'accordant aucun temps mort dans ses nombreuses péripéties. Le réalisateur fait montre de ses talents de bricoleur génial en établissant un univers futuriste avec des moyens limités. Des effets spéciaux bon marché qui ferait passer des cinématiques de jeux vidéos d'il y a dix ans en arrière pour de véritables chefs-d’œuvre d'esthétisme! Cela donne une identité visuelle assez improbable à ce film, entre un pseudo MAD MAX italien et l'expérience graphique de AVALON de Mamoru Oshii (2001). Cela fait partie du plaisir assez particulier que procure cette séance de cinéma qui fut hilarante de bout en bout! Une belle manière de conclure ce deuxième jour de marathon cinématographique!


A la sortie de la salle, au vu de l'état de fatigue, on se dit qu'il est peut-être temps d'aller se mettre au lit. Car ce n'est pas loin d'être déjà 2 heures du mat'! Il y a encore du chemin à faire pour retrouver mon lit, situé à plus de 20 minutes de marche d'une longue route toute en montées! Le dernier effort physique à accomplir avant de s'écrouler au pays des rêves fantastiques, histoire de récupérer quelques forces pour entamer d'ici quelques heures une nouvelle journée de cinoche. Pour l'instant, déjà 10 films sur grand écran, sur la quarantaine à ingurgiter d'ici la fin de la semaine prochaine. Il y en a encore, des kilomètres de pellicules à déguster. Heureusement, j'ai très faim en ce moment... Bonne nuit!

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