vendredi 6 juillet 2012

NIFFF 2012 : Jour 1

NIFFF 2012 : Jour 1

Et voilà, c'est reparti pour un tour. Du 6 au 14 juillet 2012 le Neuchâtel International Fantastic Film Festival ouvre sa nouvelle édition propre à satisfaire les appétits des plus fantasticophiles d'entre nous. Première nouveauté, en ce qui me concerne, cette année je ne logerai plus sur un banal matelas posé à terre devant une fenêtre qui ne ferme pas et dont le lieu environnant est une petite gare dont les trains font des passages réguliers toutes les heures. Je pense avoir passé l'âge de ces conditions d'aménagements pour étudiants. Cette fois-ci, j'ai la chance d'avoir pu me trouver une jolie chambre d'hôte dans un quartier tranquille sur les hauts de Neuchâtel, à environ une dizaine de minutes à pied du centre ville. Un lieu tout pour moi avec de l'espace, un grand lit et une connexion Wi-Fi. Que pourrais-je demander de mieux? Eh bien un petit déjeuner qui me sera servit tous les matins par ce charmant couple de retraités qui me reçoit dans leur gigantesque appartement.

Me voici donc enfin sur les lieux du festival. Comme premier jour, celui-ci est relativement tranquille. C'est l'occasion rêvée de commencer en douceur, les projections de films ne commençant pas avant 17 heures. Cela me laisse largement le temps d'aller chercher mon "Festival Pass", précieux sésame qui va me donner l'accès à tous les films que je voudrai bien voir... Encore une fois, c'est un peu avec angoisse qu'on espère que l'organisation du NIFFF se déroulera sans accrochage et que chacun pourra avoir ses entrées pour les projections. L'an passé, la distribution des billets se faisant au jour le jour, dès l'ouverture... Je souhaite qu'il en soit toujours ainsi, même si ce n'est pas avec gaieté qu'il faut se lever tôt le matin pour être parmi les premiers à se présenter pour recevoir ses tickets avant que certaines séances soient rapidement à guichets fermées. Être cinéphage, en festival, et ne s'octroyer finalement que très peu de temps entre les films de manière à en dévorer le maximum, n'est décidément pas de tout repos. Il va donc être temps de s'y mettre, c'est l'heure...

Ayant une chambre d'hôte sur les hauteurs de la ville, c'est par une suite de petites routes (Chemin des Pavés, Chemin de la Boine) aux décors naturels enchanteurs que je rejoins les festivaliers qui s'empressent d'investir les rues environnantes où se déroulera la majeure partie de ma semaine. A commencer par le Théâtre du Passage, lieu incontournable où les cinéphiles s'attroupent pour récupérer leurs accréditations personnelles ainsi que les billets de cinéma nécessaires pour assister aux projections.


Il n'est pas loin de 16h00 et une fois arrivé sur place, ce que je craignais un peu est déjà en train de se produire. Des files d'attente! Des files d'attente interminables. Il faut donc prendre son mal en patience et, pour passer le temps, repérer déjà de nombreuses têtes connues parmi les spectateurs. Pour la plupart, je ne les connais pas mais je sais que ce sont des habitués. A mesure que les années passent, la grande famille du NIFFF se retrouve pour cet événement incontournable dans la ville de Neuchâtel.

Il fait très chaud, la lourde ambiance n'aidant pas à calmer mon impatience d'avoir enfin mon "Festival Pass" et de filer en ville pour débuter mon programme. Mais les aléas techniques, les gens pénibles et ceux qui ont oublié de fournir une photo d'identité, rendent l'attente d'autant plus longue... Au moment où j'ai pu récupérer mon précieux petit sésame, ma grille d'horaires et mon gros programme détaillant chaque séance et événements de la manifestation il n'est pas loin d'être 16h30. Cela me laisse juste le temps de m'assoir un instant en compagnie d'amis cinéphiles : Marlyse, Rémy, Lukas, Jean-Marc... Ils sont tous là, fidèles au poste et absolument ravis de pouvoir passer tous ensemble une nouvelle édition cinématographique qui s'annonce assez dantesque. Pas moins d'une quarantaine de longs-métrages à s'avaler en 9 jours. Alors que l'été rayonne enfin, je décide d'aller me cacher dans les salles obscures...


C'est à 17h00 et dans la petite salle du Rex que les spectateurs commencent à se regrouper pour assister à la toute première projection de ce NIFFF 2012. Avec PUNISHMENT PARK de Peter Watkins (1971), on inaugure ainsi l'une des nombreuses rétrospectives qui parsèment la programmation du festival. A savoir ici le P.O.V (Point Of View), un mode narratif tout en caméra subjective, simulacre d'une réalité qui propulse le spectateur au centre de la fiction. De nombreux classiques, allant du chef-d'œuvre de Ruggero Deodato CANNIBAL HOLOCAUST datant de 1980 (également présenté durant cette édition, cette fois-ci en version intégrale!) jusqu'au terrassant LE PROJET BLAIR WITCH (The Blair Witch Project) de Daniel Myrick & Eduardo Sánchez (1999), sont autant de très belles réussites de ce genre cinématographique qui proposent une expérience visuelle très intense à son public. Et aujourd'hui, avec le film de Peter Watkins, on va découvrir une approche particulièrement efficace du P.O.V, à la fois présenté comme un "survival anti-militariste" doublé d'un brûlot politique incroyablement puissant.




Mieux vaut ne pas être contestataire à la guerre dans cette variation sur le conflit au Vietnam qui promet un sale moment aux pacifistes... PUNISHMENT PARK est une épreuve imposée par le gouvernement américain à tous ceux que l'Etat juge comme des criminels. Pour éviter plus de 10 années à passer derrière les barreaux, on leur propose 4 jours au "Punishment Park", une course de plus de 80 km dans le désert aride pour regagner sa liberté.

Réaliste et poussant à la révolte face à une autorité qui veut à tout prix briser les plus récalcitrants à un mode de vie établie, porté par son style visuel brut qui s'apparente à une suite éprouvante d'uppercuts dans la gueule, PUNISHMENT PARK est un film marquant qui garde encore aujourd'hui intacte tout son pouvoir de fascination. Une œuvre engagée, formidable et indispensable. Ca démarre vraiment très très fort!



Une fois la projection terminée, on s'extirpe péniblement de cette épreuve que l'on vient de subir à l'écran pour continuer le programme de la soirée. Une fois débuté, le NIFFF enchaîne les séances à un rythme hautement soutenu. Il n'y a pas moins d'une petite demi-heure avant la prochaine projection. Et quel film puisqu'il s'agit du dernier long-métrage du trop rare Leos Carax. Un choix parfait pour marquer cette 12ème cérémonie d'ouverture du festival! Mais avant cela, il y a toute une série de discours, de remerciements et d'auto-congratulations, parsemés de diffusions de sponsors sans qui la manifestation n'existerait pas. Un mal pour un bien, en somme. Un passage obligé par forcément très agréable à suivre mais dont cette année on s'est tenu à l'essentiel sans trop broder des lectures autosuffisantes sur "Ô combien Neuchâtel est devenue une ville importante sur la scène cinématographique internationale"...


Assurant entre les diverses interventions des autorités compétentes présentes, une pouffe mal fagotée nous gratifie de quelques commentaires pas drôles avant de céder la place à la projection du soir... La scène est enfin libre pour découvrir HOLY MOTORS de Leos Carax (2012). Une "Première Suisse" avec ce film très particulier où, de l'aube au crépuscule, le spectateur va accompagner un personnage mystérieux du nom d'Oscar et le suivre dans son quotidien où il est à tour de rôle assassin, mendiant, monstre ou encore homme de famille.


Voici donc une odyssée déroutante qui emprunte beaucoup au surréalisme et au fantastique. A travers la performance kaléidoscopique de Denis Lavant qui interprète pas moins de 11 rôles différents, ce HOLY MOTORS est surprenant de bout en bout. Très éclectique dans ses diverses ambiances qui rappellent certaines de ses œuvres précédentes, Carax nous amuse et nous émeut. L'atmosphère très étrange qui se dégage de son film est à l'image de sa distribution très étonnante où l'on y trouve pêle-mêle la chanteuse Kylie Minogue, Eva Mendes, la magnifique Edith Scob ou encore Michel Piccoli. Du cinéma frais et différent, un grand hommage aux métamorphoses et à l'imaginaire. Du rêve au cauchemar, de la poésie fragile visuellement somptueuse à travers ses suites de tableaux cinématographiques dont on ressort gavé et transporté. Comme "Film d'Ouverture", cette sélection donne le ton sur une programmation qui n'a pas finit de nous enchanter. Délectable!



Il n'est pas loin de 21h45 lorsque le générique de fin s'affiche sur l'écran de cinéma. L'horaire est conforme à la grille des programmes, nous ne sommes pas en retard. Tout va bien, on va pouvoir gentiment se préparer à la prochaine séance du jour dans à peu près une demi-heure... Pourtant, en sortant de la salle, le public semble avoir beaucoup de mal à s'acheminer en dehors du Théâtre du Passage. Avec raison car on remarque que la météo nous a prévu un intense déluge pour accueillir les spectateurs sortant des salles obscures. C'est quasiment la tempête avec une pluie torrentielle qui ne semble pas vouloir s'arrêter, bien au contraire, les trombes d'eau augmentant en intensité, dispersant les silhouettes nocturnes le long des murs et sous divers abris pour se protéger de la nature qui a bien décidé de se déchaîner ce soir...

De mon côté, heureusement, je suis muni d'un parapluie qui me protège tant bien que mal d'une douche salvatrice après une chaude journée. Et puis c'est le bonheur car je vais également avoir juste le temps de me manger une "Falafel Box" au petit fast food du coin avec l'ami Rémy. Cela fait quand même du bien de pouvoir se mettre quelque chose dans l'estomac. Il faut dire qu'avec des séances de films à la chaîne, ce n'est pas toujours possible de se nourrir correctement. Ou alors il faut faire des choix et sacrifier des films, ce qui pour moi est relativement impossible. Ma frénésie de consommation filmique semblant davantage vitale qu'un bon repas équilibré...


La suite de la soirée continue au cinéma Rex, là où la journée avait commencé avec le terrassant PUNISHMENT PARK. Troisième long-métrage de ce début de NIFFF et on savoure déjà le fait d'avoir une suite de films "fantastiques" qui ne se ressemblent pas. Encore une fois, cela montre toute la diversité du cinéma que le festival est à même de nous offrir... Après ACE ATTORNEY (Gyakuten Saiban) de Takashi Miike (2012) qui a ouvert les festivités "made in Asia" un peu plus tôt, c'est avec HOWLING de Yoo Ha (2012) que je découvre ma première sélection dans la catégorie du "New Cinema From Asia". Une histoire plutôt alléchante, jugez plutôt : Détective frustré, Sang-gil se voit à nouveau assigner un cas d'homicide d'apparence anodine. Il commence à investiguer, mais se rend vite compte qu'il s'agit d'un meurtre prémédité s'inscrivant dans une machination aux proportions effrayantes. Aveuglé par son ambition et épaulé par sa nouvelle partenaire Eun-young, il se lance avec obstination dans cette enquête, qui le mènera vers une bête mystérieuse...




Et dire que je m'imaginais qu'il s'agissait d'un film de monstre(s), voire avec un loup-garou... Je me trompais lourdement. HOWLING faisant sans doute un peu trop référence à HURLEMENTS de Joe Dante, dont le titre international est "The Howling". Au-delà de cette mini-référence, l'approche d'un cri dans la nuit n'est ici absolument pas pareil... Pourtant, l'idée d'être face à un thriller coréen m'enchantais passablement. D'autant plus que la distribution est dominé par l'un des acteurs les plus talentueux du Pays du Matin Calme, Song Kang-ho que l'on a pu voir dans des merveilles comme THE HOST ou encore MEMORIES OF MURDER. Malheureusement, ce nouveau film à la photographie soignée est un mélange bâtard entre un épisodes de la série TV LES EXPERTS et DRESSE POUR TUER (White Dog) de Samuel Fuller (1982). En soi, c'est plutôt intrigant mais le résultat final est plutôt banal et guère passionnant à suivre. A part pour les amoureux du "Meilleur ami de l'homme", cette version "fantastique" d'un chien-loup assassin est aussi chouette à suivre qu'un épisode de LASSIE! Ajouté à cela des confrontations verbales à n'en plus finir entre différents collègues policiers, dont le personnage principal qui est un gros misogyne passe le plus clair de son temps à réprimander sa partenaire féminine dans cette enquête laborieuse qui pourra bien évidemment lui rapporter une promotion longtemps attendue... Bref, voici un énième thriller à la longueur appuyée dont on aura oublié les faibles qualités quelques instants après avoir quitté la projection.


Après ce premier "faux pas" dans ma sélection toute personnelle du NIFFF 2012, je me met déjà à regretter de ne pas être allé voir le remake de MANIAC dont les premiers échos se font plutôt favorables malgré le fait qu'il sera sans doute de bien piètre qualité face au chef-d'œuvre de William Lustig. Mais ce que m'en dira Remy qui vient tout juste de le découvrir, dont l'usage assez incroyable de la caméra subjective pour illustrer la sanglante odyssée d'un tueur perturbé, me donne sacrément envie de le découvrir. Ca sera donc chose faite d'ici à quelques jours...

Il est pas loin de minuit et déjà l'ami Lukas abandonne sa dernière projection du jour au profit de ses compagnons de boissons. Ce qui est compréhensible car une première projection dans le lieu bénie du Temple du Bas ne donne pas forcément envie d‘y mettre les pieds. Souvenirs douloureux de l'an passé avec ses projections à la technique douteuse en plus d'avoir un confort de spectateur assez limite, cette fois-ci la diffusion des films se passe en tout cas merveilleusement bien. Pas de soucis sonores, de dialogues caverneux ou encore d'une résonnance désagréable. Techniquement, c'est le top! Dommage bien évidemment de devoir s'assoir sur une chaise à défaut d'un fauteuil bien moelleux. Les festivals, c'est finalement une forme de guérilla cinéphile où l'on se retrouve souvent confronté à l'absence d'un certain confort. Mais ce petit souci est bien souvent très vite balayé si les découvertes cinématographiques sont d'une belle qualité. Et ce fut le cas cette nuit-là avec un film en provenance d'Espagne pour inaugurer une autre catégorie du NIFFF : les "Ultra Movies".


Avec BLIND ALLEY (El Callejón) de Antonio Trashorras (2011), le cinéaste ibérique nous offre ici son premier long-métrage qui se présente comme un jeu du chat et de la souris qui va finir en sucette! De passage dans la laverie automatique de son quartier, Rosa fait la connaissance d'un étrange inconnu. Elle ne se doute pas qu'il est fou et qu'il n'a qu'une idée en tête : la tuer.

Scénario timbre-poste, décor minimaliste, le réalisateur s'en tient à peu de choses pour établir son univers hérité du film de "psycho killer". Et pourtant, BLIND ALLEY réserve son lot de surprises notamment au niveau de sa palette visuelle qui emprunte beaucoup à l'atmosphère des films de Mario Bava avec l'usage de filtres de couleurs qui donnent à ses images un look à la limite de l'onirisme... Dès son générique d'ouverture démentiel aux images ultra léchées comme un clip vidéo où une bonnasse se déhanche sur les rythmes d'une musique psychédélique, on est immédiatement séduit. La "faute" en revient principalement à son interprète féminine, Leonor Varela. Cette comédienne n'est pas hispanique mais cubaine et c'est le genre de nana qui bouffe l'écran par son physique à vous décrocher la mâchoire. Avec un atout pareil, il est très clair qu'on dévore l'écran des yeux. Malgré l'heure tardive, on ne va pas s'endormir devant cette histoire finalement assez convenue!


Malgré son scénario et le décor très limité de son intrigue, BLIND ALLEY tire son épingle du jeu grâce à une mise en scène qu'il arrive à transformer en exercice de style fiévreux et d'une bonne intensité. Il multiplie de petits effets de montage "split screen" et étale quelques séquences gore très réussies. Probable "Direct To DVD" s'il n'était pas sélectionné dans un festival de ce genre, ce long-métrage est un petit plaisir assez jouissif à savourer sur grand écran car techniquement c'est un vrai délice pour les yeux. Histoire un brin crétine et sans réelle originalité, c'est néanmoins une bonne petite série B sans prise de tête dont on applaudit sans complexe une fois passée sa "dévorante" conclusion.

Ainsi donc s'achève cette première journée du NIFFF 2012 à plus de deux heures du matin. Dans les rues, les spectateurs s'affairent encore dans les derniers endroits ouverts pour boire un dernier verre; traîner au Jardin anglais à discuter sur une musique "lounge" assuré par un DJ. C'est un peu la discothèque en plein air pour les gens du festival. Une manière sympathique de terminer sous l'influence de l'alcool après une bonne cuvée de films plutôt bons et très diversifiés. Je ne peux que me réjouir de la suite à venir...

2 commentaires:

  1. Bien tenté par ce petit "Blind Alley" de par le peu que j'en voit et lis de ta part...
    Ce sera en DVD un de ces jours. Voire un autre média... ;)

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  2. Le genre de "plaisir coupable" délicieusement irrésistible. Le charmant physique de son interprète principale y étant certainement pour beaucoup... Mais j'aurai sans aucun beaucoup de plaisir à le revoir. Me réjouis d'avoir le DVD! :)

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Au revoir...

Au revoir...
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