dimanche 3 juin 2012

LA BÊTE D’AMOUR

LA BÊTE D’AMOUR (Tanya’s Island) de Alfred Sole (1982)

Film canadien assez curieux, celui-ci débute comme un cauchemar fiévreux et éprouvant. Tanya est actrice. Elle habite en ville et semble constamment agressé par son environnement. Son travail n’est pas facile et sa relation avec Lobo, son compagnon, n’est pas au beau fixe. Après qu’elle ait tourné un vidéoclip dans un tram désaffecté remplit de fumigène et d’indigènes, elle se retrouve - dans un somptueux noir/blanc très esthétique - à faire l’amour brutalement sous la douche. La vie est dure… Mais, à l’étage de sa maison, elle semble guidé par des luminaires d’une autre époque qui lui suggère de passer une porte d’où se dégage sous le seuil une étrange fumée blanche. Il est temps pour elle d’intégrer une autre dimension à son existence.


Avec ce préambule à la limite du fantastique, on pénètre définitivement sur « L’Île de Tanya ». Une sorte de paradis terrestre où le couple s’échappe de la réalité pour retrouver une forme de solitude et tranquillité sur cette parcelle tropicale. Hors du temps et des préoccupations modernes, ici on ne succombe qu’aux plaisirs exotiques de la vie et surtout de la chair. Tandis que Lobo l’artiste passe son temps à peindre sur le sable, Tanya profite du soleil et s’allonge nue à travers les vagues quand elle ne chevauche pas son beau destrier blanc en faisant du topless… La vie bucolique pourrait être un bonheur parfait mais hélas le petit copain de notre héroïne ne met pas bien longtemps avant de montrer son caractère agressif et possessif. Du coup, la belle pourrait bien se trouver un compagnon de substitution car l’île est effectivement habité par un mâle d’une toute autre nature…

Variation « rose » de KING KONG? Presque… Ici, pour remplacer le gorille géant, on aura droit à un comédien couvert d’un costumes à poils longs et d’un faciès qui le fait ressembler à Ron Perlman. Un avant-goût de LA BELLE ET LA BÊTE? Peux-être…
L’enjeu, forcément sexuel, portera la silhouette toute à fait charmante de Vanity; une beauté à la peau d’ébène venu du monde de la mode et qui passera ensuite par différentes phases artistiques en devenant la protégée du chanteur Prince en s’essayant à la chanson avec son groupe « Vanity 6 ». Ca, c’est pour la petite histoire. La jeune femme donnant certainement le meilleur d’elle-même dans cette production érotique hors norme.


Un curieux triangle amoureux est au cœur d’un récit assez basique mais suffisamment étrange pour susciter de l’intérêt chez tout amateur de pellicule déviante. Le film offrant un cadre idyllique à l’intrigue avec force de séquences érotiques où la beauté sensuelle de son interprète principale rayonne à chaque instant. Une fois initié la rencontre avec le « monstre » aux traits humains, LA BÊTE D’AMOUR devient une bataille épique pour la conquête du corps féminin. Une lutte entre une créature que l’on pousse à bout et l’homme qui, progressivement, régresse à l’état sauvage lors de son combat pour la possession suprême du sexe faible. Tout débute par de petites taquineries à la fronde avant de prendre des proportions dramatiques. Les chamailleries entre mâles atteignant un point culminant lors de l’assaut d’un camp de bambous à coups de noix de coco!

La lutte est donc au centre de cette bizarrerie fantaisie romantique.  Débutant comme un film érotique standard et plutôt soigné, Alfred Sole le transforme progressivement en histoire d’amour pleine de bestialité. Le rapport physique des corps à corps est toujours effectué avec force; qu’ils soient souvent conflictuels entre la jeune femme et son amoureux ou entre deux créatures masculines qui se métamorphosent au contact de leurs propres désirs. Il y a lutte d’ego entre espèces qui ne débouchera que sur une explosion de violence. Si on peut n’y voir qu’une histoire d’adultère un brin particulière pour ne pas dire zoophile, LA BÊTE D’AMOUR semble discourir de l’évolution des sentiments amoureux entre les êtres. Conditionné par ses pulsions, l’homme n’arrive au final qu’à être une brute consommée par sa propre jalousie galopante face à n’importe quel adversaire et surtout incapable d’aimer correctement. La femme, qui se décide à tourner son regard vers une créature différente; finalement un homme derrière l’animal;  n’atteindra pas pour autant le nirvana. Car la nature profonde de la bête, pas si différente de tout être humain, n’en deviendra pas moins brutal avec l’objet de son affection. Le problème reste encore et toujours le même : la femme.


Le film en devient alors très intéressant dans sa présentation des rapports sentimentaux. Mais ce serait sans doute lui attribuer des vertus beaucoup plus profondes que les intentions initiales d’un réalisateur bien plus apte à filmer les formes suaves de son actrice que les conflits amoureux qui bousculent nos visiteurs sur cette île tropical. En l’état, LA BÊTE D’AMOUR reste un long-métrage bien intriguant devant lequel on ne s’ennuie jamais avec des péripéties davantage sexy que dramatiques. L’action y est toutefois bien soutenue, rappelant certaines productions philippines de bas étage en matière de bagarres homériques, entre les films de jungle guérilleros et du Tarzan Z bien transpirant. Plaisant, curieusement pas aussi ridicule qu’on pourrait le penser, cette production coquine est de prime abord un bel écrin visuel pour Vanity qui y est tout simplement délicieuse. Et si tout ceci, n’était au final qu’un fantasme malsain d’une jeune femme en manque d’amour? La fin très ouverte du film suggère à ses spectateurs plusieurs interprétations. Ce qui rend cette histoire de BÊTE(s) D’AMOUR d’autant plus troublante...

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