jeudi 17 mai 2012

OSEN LA MAUDITE

OSEN LA MAUDITE (Maruhi Joro Semejigoku) de Noboru Tanaka (1973)

Hier grande courtisane de Yoshiwara, Osen n’est plus aujourd’hui qu’une prostituée des bas-fonds surnommée « Osen la maudite ». Car coucher avec elle porterait malheur. A Yoshiwara d’où elle a été chassée, trois de ses clients ne sont-ils pas morts dans des circonstances obscures? Tombée dans l’enfer des prostituées, Osen a su pourtant garder sa fierté de grande geisha. Elle affronte sa destinée avec une vaillance surhumaine.

Sous l’appellation « roman porno », ces petits films japonais censé respecter un cahier des charges bien établis, en montrant de la nudité sans dévoiler explicitement les parties les plus intimes de ses participants, ne sont pas pour autant de simples films érotiques légers et insignifiants. Pour témoin, cette œuvre de Noboru Tanaka, réalisateur de l’estimable LA VERITABLE HISTOIRE D’ABE SADA (Jitsuroku Abe Sada) datant de 1976; long-métrage mettant en scène cette terrible tragédie sexuelle dont l’adaptation la plus connue et de renommée internationale est le pourtant guère enthousiasmant L’EMPIRE DES SENS (Ai No Korîda) de Nagisa Ôshima (1976).

En 1973, Tanaka s’attache déjà à décrire dans la présente histoire le destin guère reluisant d’une femme de joie sur laquelle pèse une malédiction et dont les rapports désastreux avec les hommes la condamne à une vie pas très facile. Même si l’existence de Osen peut sembler glauque, le réalisateur en fait toujours une femme forte et digne malgré les circonstances. Osen est abusée, trompée et même parfois torturée, mais elle essaie toujours de ne pas sombrer dans un désespoir latent.  Un rôle magnifique pour Rie Nakagawa.

En plus d’un personnage fort comme axe central, le réalisateur soigne sa mise en scène en nous présentant pour décor historique les quartiers chauds de Yoshiwara ainsi que sa populace pas très respectable. Si le contexte n’est guère reluisant, cela n’empêche pas Tanaka d’injecter à son récit une bonne dose d’humour typiquement asiatique. Mais ce n’est pas pour autant que l’intrigue en devient amusante, celle-ci se révélant même assez triste à mesure que Osen essaie d’échapper à son souteneur et de croire l’histoire d’un jeune client marionnettiste qui désire s’enfuir avec elle pour en faire sa propre poupée.


Le film regorge d’instants magnifiques… Dès le superbe générique d’ouverture où les crédits rouges sont inscrits sur les pavés sombres d’un chemin qui mène au bordel ou encore cette formidable séquence où l’ancienne geisha pose pour un grand auteur d’estampes tout en donnant ses tétons roses à sucer à un gros poisson vivant… 

Proche d’une esthétique du fantastique, OSEN LA MAUDITE est un drame passionnant bien embellit par une mise en scène inspirée où la caméra s’infiltre avec grande subtilité dans le décor intime de ces demoiselles des rues, prodiguant ainsi une très belle démonstration de sa maîtrise technique qui aboutit non pas à un « roman porno »  de plus mais davantage à un grand film qui le rapproche des classiques du cinéma japonais.

2 commentaires:

  1. Merci pour tous ces avis, je m'y perds pas mal dans la collection Pinky Wild Side avec tous ce qu'ils ont sortis ça permet de faire le tri. Celui là est très tentant et même si tu étais plus mitigé dessus La Chambre Noire m'intrigue pas mal aussi. En France on a eu une grosse rétro Nikkatsu il y avait pas mal de perles à découvrir, pas eu le temps d'en voir assez hélas !

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  2. Je me suis offert tous les titres "roman porno" sortis chez Wild Side. Pour l'instant, il y en a 21 sur les 30 à sortir... Cela permet de se faire une belle palette des différentes productions "roses" Nikkatsu.

    J'ai encore pas mal de films à découvrir, dans des styles souvent assez étonnants : il y a du drame, des récits "historiques", du bondage et des trucs plus déviants ou violents, des comédies aussi; apparemment très balourdes... Je décortique petit à petit la sélection.

    Sur le lot des titres que j'ai déjà vu, ma préférence va pour l'instant à LA FEMME AUX SEINS PERCES... Mais qui pourrait choquer sans doute les spectateurs non avertis du caractère assez spécial de ce genre de productions! ^^^

    LA CHAMBRE NOIRE est peut-être pas mal pour débuter, surtout si l'érotisme et les parties de jambes en l'air ne sont pas ce que tu recherches de prime abord. Toutefois, le film lui-même n'est pas forcément des plus convaincants bien qu'il contienne de très belles choses. Il faut voir, cela reste une curiosité.

    A côté des sorties DVD en France, Mondo Macabro aux Etats-Unis a aussi sorti une petite série de "roman porno". Mais là, il s'agit surtout d'oeuvres parmi les plus "malades" du genre. C'est vraiment très spécial et obligatoirement destiné à un public qui ne s'offense pas facilement. En particulier les femmes. ^^

    J'ai vu le programme de la grosse rétrospective Nikkatsu. Y'avait de sacrées belles choses à voir... Parfois, j'aimerais bien habiter sur Paris... :)

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Au revoir...

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