vendredi 18 mai 2012

JOURNAL EROTIQUE D'UNE INFIRMIERE


JOURNAL EROTIQUE D'UNE INFIRMIERE (Watashi No Sex-Hakusho) de Chûsei Sone (1976)

Akémi est prisonnière d’un tourment inavouable : une attirance quasi incestueuse pour son frère, petit voyou, qui vit chez elle. Un jour, elle apprend qu’il travaille pour un yakuza spécialisé dans le trafic de photos pornographiques. La libido d’Akémi explose et elle voit bientôt dans la prostitution le seul moyen d’oublier son mal de vivre. Akémi décide de travailler comme call-girl pour le yakuza.

Ce « roman porno » exploite le concept hautement érotique de personnage de l’infirmière. Mais l’illustration qu’en tire le réalisateur est bien loin du fétichisme médical auquel on pourrait s’attendre… Ici, il expose la part sombre d’une jeune femme qui cherche dans la débauche de sexe un remède à un amour interdit.


Bien aidé par un usage du Cinémascope dont il ressort des cadrages très inventifs de toute beauté ainsi qu’une musique rock psychédélique de Cosmos Factory, on sent dès le générique d’ouverture qu’on a affaire ici à une histoire « rose » qui sort de l’ordinaire. Ancien assistant de Seijun Suzuki, Chûsei Sone en a hérité le sens du découpage et des expérimentations visuelles - inversion du négatif, usage de photographies, surimpressions - dont il fait usage ici, donnant à son long-métrage une véritable touche de modernité.


Le scénario, écrit par une femme est d’une âpreté psychologique intense dans le ressenti de son héroïne. Il nous dévoile ainsi l’intimité à la fois morne et très perturbée de cette infirmière personnifiée par une actrice rare, Maria Mitsui dont il s’agit de l’unique rôle dans une production « roman porno » du studio Nikkatsu. Elle n’en est pas moins inoubliable et terriblement émouvante. Le film s’autorise également une autre grande performance en la personne de Masutomi Nobutaka dans le rôle du yakuza, un physique et surtout une gueule absolument incroyable.

Les nombreuses séquences érotiques sont toujours magnifiquement bien composées. Troublante comme celle où ne pouvant réprimer son désir pour son frère, la jeune femme se caresse devant lui, observant toute la scène depuis le fond d’un placard où il s’est réfugié… Il y a aussi ce rendez-vous qui tourne mal avec un client qui paie pour coucher avec Akémi et se retrouve ensuite malmenée sur une table avant de s’humilier par le biais d’une « douche dorée »…

Tragique et empreint d’un persistant désespoir sentimental à travers cette âme fêlée, LE JOURNAL EROTIQUE D’UNE INFIRMIERE est une œuvre formellement novatrice et psychologiquement éprouvante. Son auteur utilise le sexe pour mieux servir un drame particulièrement prenant qui n’est pas loin d’être inoubliable. Une très belle réussite et probablement une œuvre majeure considérable!

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