samedi 19 mai 2012

GRAINE DE PROSTITUEE

GRAINE DE PROSTITUEE (Showa Onnamichi: Rashomon) de Chûsei Sone (1972)

Todo est le garde du corps d’un politicien influent dans le Japon de l’avant-guerre. Son maître, despotique et pervers, oblige Shino, la prostituée fiancée à Todo, à devenir sa maîtresse. Elle va lui donner de faux jumeaux. Le maître garde le garçon pour en faire son héritier, et répudie Shino et sa fille. Dix-neuf ans plus tard, devenue prostituée comme sa mère, la fille tombe amoureuse d’un client qui n’est autre que son frère jumeau…

Qui aurait cru qu’un jour je verrais un « roman porno » qui me ferait verser des larmes de tristesse? C’est désormais chose faite... Avec le JOURNAL EROTIQUE D’UNE INFIRMIERE réalisé quelques années plus tard, on peut considérer ces deux œuvres comme un diptyque sur la thématique de l’inceste. Ici, la tragédie se déroule en costumes dans le milieu aristocratique, celui de la prostitution et des samouraïs. Ces trois univers se mélangent dans une intrigue faite d’oppression et de culpabilité.


Plein d’amertume et de mélancolie, GRAINE DE PROSTITUEE n’est pas un « roman porno » facile et joyeux. C’est une histoire d’une tristesse infinie où la plupart des séquences de sexe sentent la douleur et la mort. Comme cette dramatique scène de lit où deux amants s’égorgent mutuellement pendant qu’ils font l’amour, tapissant d’un rouge vif leur couche et les tatamis environnants. C’est dans ce climat sordide que Kyoko, reprenant le nom de sa mère Shino, désire vouloir faire sa vie. En se donnant à des inconnus parce que née d’une fleur de pavé et d’un père inconnu, c’est une jeune fille qui a une profonde haine ancrée en elle. Pourtant c’est bien là qu’elle va développer un amour très fort et inattendu.

Si les séquences érotiques de son film sont passablement gâchées par des caches imposés par la censure de l’époque - énormes durant cette première période des « roman porno » pour ensuite s’avérer beaucoup plus discrets par la suite - le réalisateur développe en contrepartie un étalage de séquences d’actions sanguinolentes à travers de nombreux combats au sabre et d’exécution à l’arme à feu. Car GRAINE DE PROSTITUEE est aussi graphiquement violent qu’il l’est dans ses émotions. Il n’y a qu’une très belle scène de tendresse lorsque les deux amants interdits se donnent l’un à l’autre en faisant l’amour dans une barque pas loin du rivage alors que la mer se déchaîne derrière eux. Un instant de sérénité suprême, calme en apparence et d’une beauté subjuguante, porté par une douce petite musique triste…


Cette histoire très noire aux relents de tragédies shakespeariennes est portée par de très bons comédiens, notamment l’émouvante Hitomi Kozue dans le rôle de la fille rejetée et que l’on cache. Un rôle dur et magnifique à la fois, dont la comédienne fait passer quantité d’émotions à travers un visage marqué par les événements d’une vie difficile. Elle se donne aussi physiquement dans une séquence difficile de bondage où maintenue en lévitation par des cordes elle sera fouettée et abusée.


GRAINE DE PROSTITUEE est une œuvre puissante, émotionnellement dévastatrice. Fort d’un contexte politique où, à l’époque, le Japon subissait une grosse révolution dans sa société, Chûsei Sone en a fait une œuvre engagée. Et même si la conclusion de son histoire est si abrupte qu’elle pourra sans doute surprendre, il n’est reste pas moins qu’il s’agit-là d’une histoire dont on peut ressortir bouleversé.

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