samedi 19 mai 2012

FLEUR EMPOISONNEE

FLEUR EMPOISONNEE (Shôwa Erotica: Bara No Kifujin) de Katsuhiko Fujii (1980)

Au cours de l’hiver 1941, Kumiko, une marquise, fuit son vieil époux pervers et trouve refuge dans les bras d’un artiste. Ce dernier décide d’aller à la rencontre du marquis, reclus dans son manoir, pour lui demander de quitter Kumiko. La requête de l’amant n’étonne pas le vieil homme outre mesure. Il l’invite même à séjourner chez lui quelques jours, le temps de lui narrer l’histoire de Kumiko. Un étrange huis clos s’installe.

Réalisateur de la comédie L'EPOUSE, L'AMANTE ET LA SECRETAIRE sortie deux ans plus tard, Katsuhiko Fujii fut aussi le créateur d’une autre intrigue à multiples personnages qui, cette fois-ci, se révèle absolument délectable. Ayant pour toile de fond le déclenchement de la guerre du Pacifique, l’intrigue mystérieuse auquel nous convie le cinéaste s’apparente à une sorte de Cluedo érotique bien tordu.


En s’invitant dans la demeure du vicomte pour lui offrir une peinture de son épouse ainsi que pour lui demander la main de cette dernière, Akimoto, et par là même occasion le spectateur, pénètre la demeure isolée en plein cœur des montagnes Nagano. C’est ainsi que l’on s’enferme dans une sorte d’estrade théâtrale perverse où vont se croiser quantité de personnalités qui auront chacune un rôle à jouer dans l’histoire de l’infortunée demoiselle en apparence sous l’emprise d’un vieux cochon. Il y a tout d’abord la fille d’un héros japonais accompagné de ses deux gardes du corps; celle-ci étant une fétichiste du régime fasciste, elle porte un costume allemand et orne fièrement ses écussons nazis tandis que sous sa chemise et entre ses seins se dissimule une croix gammée. Plus tard, viendra s’ajouter un docteur et une infirmière; et puis aussi deux soldats japonais à la recherche d’un espion russe débarqueront en soirée pour y demander l’hospitalité à leur hôte. Tout ce beau monde, comme dans un grand échiquier humain, aura un rôle à jouer...

FLEUR EMPOISONNEE est un film visuellement somptueux. Le travail sur les décors et les costumes sont un régal pour les yeux; de même que la photographie du film qui génère des ambiances assez incroyables allant d’une atmosphère gothique à souhait pour parfois avoir des relents de thriller italien. Il faut dire qu’avec un intrus dans la maison, masqué de gants blancs et armé d’un rasoir, on n’est plus très loin d’un giallo. Pour encore plus renforcer l’affiliation de cette œuvre avec le genre en question, le réalisateur y incorpore également une petite comptine et un traumatisme de l’enfance via un petit moulin à vent qui aura bien entendu tout son impact lors des révélations finales. Cela fait partie des multiples surprises que comporte le long-métrage de Fujii qui ne cesse de surprendre par ses nombreuses idées à la fois visuelles et scénaristiques. Car on est loin d’avoir tout découvert…


Les séquences sexuellement explicites qui parsèment judicieusement l’intrigue sont à chaque fois d’un érotisme sadique assez jubilatoire. On y effectue le rasage intégrale du sexe féminin - pratique inhumaine selon notre ami le peintre! - et lorsqu’il s’agit d’enquêter sur la disparition du gros bijou de la jeune épouse, on nous gratifie d’un interrogatoire musclé qui vire dans une représentation du sadomasochisme le plus humiliant. Pauvre infirmière…

Le spectacle gratiné que nous offre le vicomte et ses convives atteint bientôt son point culminant avec la résolution des nombreuses questions accumulées à force d’événements inattendus. Et le dernier acte est encore une fois aussi surprenant que tout le reste. Il ne sombre pas, à quelques détails près, dans la facilité et se révèle même particulièrement jouissif et hautement pervers. On regrettera juste quelques petites faiblesses au niveau de la mise en scène, en particulier un accident de moto passablement raté, mais qui n’entache quasiment pas le plaisir qui procure son twist final bien amené et non dénué d’humour.


FLEUR EMPOISONNEE est donc un long-métrage sacrément réjouissant sur tous les points. Un petit joyau noir très divertissant qui possède à la fois un scénario aux multiples rebondissements tous très surprenants et surtout une beauté formelle chatoyant le regard à tout instant. Il faut aussi y rajouter la plastique sensuelle de ces deux comédiennes, Erina Miyai qui personnifie la malheureuse marquise sans oublier la perverse en uniforme nazie, l’étrange Yuko Asuka. Un « roman porno » formidable comme on aimerait en voir plus souvent. Indispensable!

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