mardi 6 mars 2012

RIVES

RIVES de Armel Hostiou (2012)

Voilà un film particulier qui se présente davantage comme une véritable expérience audiovisuelle, comme on essaierait d'apprécier la découverte d'une oeuvre d'art contemporaine; plutôt que d'une séance de cinéma traditionnel avec un scénario classique qui possède un début, un milieu et une fin. C'est pourquoi il faut avant tout se laisser porter par la beauté des images, les silences de ses personnages et aussi écouter l'importance de la musique qui parle ici autant à nos sens que les expressions qui se lisent sur le visage des comédiens.

RIVES c'est trois voyages différents à travers la ville de Paris. La caméra de Armel Hostiou va suivre durant 24 heures trois êtres à contre-courant, voire même pas mal à la dérive... Un jeune collégien qui fait l'école buissonnière, un pakistanais ne parlant pas français et officiant comme livreur pour un restaurant et une étudiante Erasmus tchèque presque mutique qui suit tant bien que mal ses cours tout en essayant de joindre les deux bouts avec un job de téléassistance... Trois tranches de vie dont on pourrait croire qu'elles se croiseront à un moment ou à un autre et pourtant non, cela n'arrivera pas... Du moins, pas dans la réalité d'un quotidien pas très joyeux.

Ce long-métrage au fort ancrage socioculturel qui ne se prononce jamais franchement, permettant ainsi de se laisser totalement aller à diverses interprétations; possède avant tout une véritable force à travers ses compositions savamment étudiés, autant au niveau des cadrages que du son. Ainsi, il se regarde dans un état de flottement fantasmagorique à la limite d'un rêve éveillé, parfois coupé du monde où la musique et les chansons d'un baladeur bien ancré dans les oreilles de son seul personnage féminin nous fait découvrir la réalité d'une autre manière. Tout en étant très souvent coupé dans nos sens auditifs élémentaires, RIVES semble nous montrer un autre univers et plus particulièrement une vision de Paris assez originale. Ici le contexte urbain est transformé en une symphonie de couleurs et de textures qui lui donnent des allures de superbes peintures contemporaines; lui offrant ainsi une force poétique vraiment superbe, voire même totalement hypnotisante!

Film-sortilège quasiment muet, RIVES n'est vraiment pas un film très bavard. A défaut de faire parler ses acteurs - tous amateurs mais assez proche de leur personnage à l'écran - RIVES raconte énormément de choses à travers ses diverses ambiances. Au spectateur de se laisser aller au décryptage, qu'on appréciera qu'il soit ici davantage émotionnel qu'intellectuel. Le sens des situations est peut-être parfois sacrifié au profit du sensitif. C'est une manière étonnante de nous faire pénétrer au coeur de la ville de Paris, pour en explorer certains détails, certains angles et recoins qui nous mène au porte de l'onirisme. Un peu à la manière de Joan Bennett dans LE SECRET DERRIERE LA PORTE de Fritz Lang dont Hostiou rend hommage à travers une superbe séquence en salle obscure, détournant par là même l'ouverture d'une porte qui débouchera sur une nuit contemporaine prête à nous plonger dans une nouvelle rêverie décidément très envoûtante.

Avec RIVES, on ressort transformé par cette séance de cinéma... Avec l'envie d'observer le monde, de regarder les gens, de capter un regard, de ressentir des sensations nouvelles, d'explorer plus encore les quartiers d'une ville. Que ce soit Paris comme ici ou alors sur une autre rive. La dérive des atmosphères urbaines si souvent déshumanisées n'a sans doute jamais été aussi rarement émouvante que dans ce petit film... Et c'est beau comme tout!


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