lundi 12 mars 2012

LA BOUCHE DE JEAN-PIERRE et autres courts-métrages


Samedi soir 3 mars à Paris, un événement a lieu au Nouveau Latina… Panic! Cinema en collaboration avec le formidable site web 1Kult nous propose de découvrir les premiers travaux cinématographiques de Lucile Hadzihalilovic sur la grande toile. A l’occasion de la sortie prochaine d’un DVD inédit qui lui sera entièrement consacré, 1Kult consacre toute son attention sur la réalisatrice dont l’univers sombre est peuplé de jeunes filles tourmentées…

Pour cette soirée spéciale, les organisateurs ont regroupé une partie de l’équipe de ce magistral premier essai derrière la caméra. Ils sont donc là pour présenter quinze ans après sa sortie officielle LA BOUCHE DE JEAN-PIERRE à un tout nouveau public... Mais avant cela, on aura droit à quelques petites sucreries en guise de préambule : 3 autres courts-métrages tout aussi curieux.

Tout d’abord ACIDE ANIME de Guillaume Bréaud (1999). Etrange petite histoire où une jeune fille prénommée Anna se trouve bien vite désemparée lorsqu’elle rate le dernier train de nuit au départ de Paris pour rentrer chez elle. Seule à la gare, elle sollicite l’attention d’un curieux bonhomme qui passait par là en promenant son petit chien pour qu’il accepte de l’aider. Finalement, après maintes hésitations, le promeneur se décide à l’amener chez lui… Que va-t’il se passer? L’ombre d’un drame semble planer sur cette mini-intrigue et pourtant rien ne se passera comme on pourrait l’imaginer… Voici un étonnant court-métrage de 18 minutes plein d’humour décalé et avec une poésie de l’image qui rappelle parfois le monde d‘un Jean-Pierre Jeunet. En prime, un chouette premier rôle pour Ludivine Sagnier qui paraît toujours aussi gamine malgré ses 20 ans de l‘époque.

La suite du programme se poursuit avec, dans un tout autre genre, STAR SUBURB de Stéphane Drouat (1983). Cette fois-ci, on est aux côtés de Mireille, petite insomniaque inquiétée par d’étrange bruits et lumières dans une H.L.M. galactique... Véritable œuvre visuelle qui rend hommage à l’univers BD de Moebius et également bourré de références à ALIEN de Ridley Scott ou encore LA GUERRE DES ETOILES, ce court-métrage de 28 minutes est un véritable petite perle de science-fiction. Avec peu de moyens et filmé dans un appartement, ce film-ambiance restitue pleinement le sentiment d’arpenter les couloirs sombres d’un vaisseau spatial. Les images très léchées et les excellents effets sonores développent une superbe atmosphère qui se passe presque entièrement de dialogue. Un très bel exercice de style!

Et, pour finir, un court métrage pornographique de Lucile Hadzihalilovic intitulé GOOD BOYS USE CONDOMS réalisé à titre préventif pour la chaîne Canal +! Une séquence de triolisme où un homme est aux prises avec deux sœurs jumelles... Explicite, avec gros plans suggestifs et poses de capotes. Un beau travail esthétique bien aidé par la force des cadrages et des mouvements de caméras. Dix minutes d’extase cinématographique!

Le clou du spectacle, après la découverte de ces pépites, est bien entendu la diffusion de LA BOUCHE DE JEAN-PIERRE. Avant la projection, la réalisatrice et ses talentueux collaborateurs - dont Gaspar Noé - viennent s’afficher devant l’écran géant pour nous parler un petit peu du film. Un moyen métrage qui a déjà 15 ans d’âge. Les comédiens ont bien vieillit, notamment Sandra Sammartino qui avait une dizaine d’années à l’époque du tournage. Troublant de la retrouver ici en « vraie» jeune femme aujourd’hui alors qu’elle n’était auparavant qu’une petite fillette dans le film. On sent qu’il y a beaucoup d’émotion dans l’air et les retrouvailles sont plutôt touchantes à voir… Et c’est un privilège que d’avoir devant nous Lucile Hadzihalilovic qui se retrouve au milieu de ce beau monde plus d’une décennie plus tard pour une redécouverte de son œuvre qui est toujours aussi curieusement puissante.


Mimi est une petite fille dont la mère tente de se suicider. Sa tante l'héberge alors, mais Mimi est marquée par l'arrivée de Jean-Pierre, le fiancé de sa tante, jusqu'à en perdre le sommeil… Traiter de la pédophilie à travers un film n’est pas très facile. Mais la réalisatrice s’en sort admirablement en transformant visuellement son sujet par des images puissantes et très troublantes dans un Cinémascope de toute beauté. Le travail remarquable sur la bande son renforce également une persistante sensation de claustrophobie qui accentue encore plus le malaise qui se dégage de LA BOUCHE DE JEAN-PIERRE. Présenté à Cannes en 1996, le film repartira avec « Le Prix Très Spécial »; une récompense qui honore déjà l’éclosion d’un talent très particulier qui se confirmera en 2004 avec INNOCENCE, son premier, unique et superbe long-métrage!

Il ne reste maintenant plus qu’à attendre la sortie DVD de LA BOUCHE DE JEAN-PIERRE; première tentative de réalisation d’une belle édition de la part de l’équipe d’1Kult pour un film toujours inédit sur le précieux support vidéo. Merci à eux de ressortir de l’oubli un film bien particulier par une réalisatrice trop rare et qu’on espère revoir bientôt derrière une caméra…

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