mercredi 7 mars 2012

Double programme "Bruceploitation"


A la Cinémathèque française, les soirées "bis" sont de véritables moments de bonheur pour les adeptes de curiosités filmiques. Ceci est d'autant plus vrai avec un double programme "Bruceploitation"; autrement dit des films de "Bruce Lee sans Bruce Lee", exploitation pure de l'imagerie de la légendaire icône que fut la véritable star du cinéma de kung-fu!

Le 2 mars 2012, les spectateurs présents ont donc eu la chance de pouvoir déguster sur grand écran deux longs-métrages bien particuliers. Tout d'abord ceux-ci sont assez difficiles à identifier car ils se dénichent sous différents titres, que ce soit dans leur version en anglais ou en français. La Cinémathèque a eu la chance de posséder de véritables bobines 35 mm de ces films dans leur version française d'origine. On débute donc par BRUCE LEE, HEROS LEGENDAIRE (Yong Chun Jie Quan) de Singlay Wang (1977) en provenance de Hong Kong. Et ensuite IL ETAIT UNE FOIS BRUCE LEE (Shadow Of The Dragon) de Jun Gallardo (1973) qui est un film en provenance des Philippines. L'un et l'autre sont très différents dans leurs approches du mythique « Petit Dragon».



Le premier s'apparente à une sorte de "biopic" qui, à l'instar du piteux DRAGON, L'HISTOIRE DE BRUCE LEE (Dragon, The Bruce Lee Story) de Rob Cohen (1993) essaie de nous raconter la "véritable" histoire de cette star inoubliable disparue bien trop tôt. Ses déboires, son ascension, son art, ses amours, ses films... Suite à la mort du véritable personnage, fauché dans sa 33ème année, le public de l'époque devenu inconsolable face à ce brutal décès se réfugiait en masse devant ces productions opportunistes et très bon marché qui faisaient une sorte de commerce morbide en développant tant bien que mal l'image même de cette célébrité locale devenue mondialement connue.

Les grandes lignes de sa vie sont donc évoquées dans ce long-métrage très hasardeux qui se permet de nombreuses libertés avec la réalité historique. En même temps, les variations sur cette même personnalité étant si nombreuses, il est permis de douter du bien fondé de la retranscription de certains événements. Mais ce n'est certainement pas dans BRUCE LEE, HEROS LEGENDAIRE que l'on trouvera une once de crédibilité à travers ce scénario qui se donne des allures de grosse farce qu'il est impossible de prendre au sérieux. Ce qui est assez fascinant, c'est à quel point on ose en quelque sorte bafouer la mémoire de Bruce Lee en faisant souvent n'importe quoi pour faire revivre la légende; mélangeant ainsi des images du "véritable" artiste à celles de ses différents sosies. De ce fait pour incarner Bruce Lee, on se retrouve-là face à Bruce Li; tout de même étonnant de ressemblance et de mimétisme. L'illusion serait presque parfaite si au moins le cinéaste tentait de soigner un tant soi peu son produit et de ne pas virer trop rapidement dans tous les excès.





Le film de Singlay Wang peut-être pris pour une comédie involontaire et plutôt ratée par tous ceux qui ne connaissent pas l'histoire de son héros. Par contre, pour tous fans de Bruce Lee, il est intéressant de noter toutes les incohérences et autres invraisemblances qui parsèment le scénario. Autant au niveau de la vie privée du personnage que de son parcours martial jusqu'à sa découverte par des producteurs venus d'Hollywood qui ont une vision passablement étriquée de la représentation de la Chine et des chinois. Heureusement, pour tous amateurs de cinéma bis, BRUCE LEE HEROS LEGENDAIRE se suit plutôt agréablement, parfois avec consternation mais toujours avec un décalage parfois heureux bien que souvent assez pathétique. La copie 35mm d'origine pour la France propose parfois un montage aux ellipses qu'on jugera souvent étonnantes; sans doutes causées par un distributeur armé d'une paire de gros ciseau, davantage préoccupé par le nombre de séances qu'il peut planifier en une journée que de vouloir spécialement préserver l'intégralité peut-être plus logique du long-métrage. Néanmoins la rareté de l’œuvre, diffusé sur grand écran et dans son format respecté n’a pas de prix. Ce fut un vrai plaisir de cinéma.



C’est sur les rythmes d’une bande son très funky - très inspirée par celle que Lalo Schifrin composa pour OPERATION DRAGON - que débute la seconde séance de ce soir… IL ETAIT UNE FOIS BRUCE LEE, réalisé très peu de temps après le décès de la star, navigue cette fois-ci davantage dans l’exploitation pure plutôt que dans une forme de voyeurisme primaire. Car même si le héros de l’intrigue s’appelle Lee et qu’il adopte parfois des mimiques et une gestuelle qui a fait le tour du monde, ce SHADOW OF THE DRAGON est avant tout un incroyable spectacle de cinéma philippin dans toute sa splendeur!

Le générique d’ouverture annonce une histoire « En hommage à Bruce Lee »… Le film se prend le plus sérieusement du monde au premier degré, il n’en est pas moins à hurler de rire. Spectacle très bon marché mais toujours très généreux en divers rebondissements, c’est une œuvre absolument délectable! Il y a de l’action surréaliste dans cette intrigue policière teintée de kung-fu. Avec des bagarres à foison mais aussi des coups de feu, des explosions et un peu de sexe; le film est parcouru par de superbes dialogues et des situations tellement grotesques qu’elles en deviennent hilarantes. La version française en rajoute d’ailleurs une couche et les spectateurs n’en reviendront pas lorsqu’ils apprendront en découvrant le film qu’un des hommes de main du méchant de l’histoire s’appelle tout bonnement « Sarko »! Et quand celui-ci se présente à l’écran dans de pimpants costumes de maquereau, on se dit que le cinéma philippin, à défaut de gros moyens et d’équipes techniques compétentes, regorge d’idées farfelues et n’a décidément jamais peur du ridicule! Ce fut un grand moment!

Cet « hommage » au cinéma du « Petit Dragon » est finalement assez extraordinaire à suivre… Hallucinée et hallucinante, cette soirée « Bruce Lee sans Bruce Lee » a reproduit une mythique séance de cinéma quartier à l’ambiance totalement « grindhouse »! Ce fut une véritable joie de découvrir ces pellicules abîmées et bien griffées sur la grande toile… Invitant les amateurs de cinéma bis à déguster ces œuvres clones assez ahurissante. Ou comment faire le deuil d’une célébrité en exploitant son image sans complexe dans des dérives cinématographiques comme il en existe rarement. Unique!

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