jeudi 28 avril 2011

Concert : JOSH T. PEARSON (USA)

Cela faisait bien longtemps que je n'avais vu cette salle si comble. Heureusement, j'avais pris mes précautions en me procurant très vite un billet transformé rapidement en petite tête de chat tigré, emblème du tampon encreur pour ce fameux soir. Tout le monde n'aura pas eu cette chance. Programme pour la soirée du 27 avril : Josh T. Pearson, un texan fatigué par le voyage et portant une épaisse longue barbe est l'hôte en solo du Bourg à Lausanne.

Une sacré dégaine. Un charisme magnétisant. Une attitude au ralenti, qui prend son temps et surtout qui aime bavarder avec nonchalance. Pearson, visiblement éméché et sous le charme des "pretty ladies" qu'il regarde à ses pieds sur le devant de la scène, aligne quelques baragouinages de déglingué, jamais vraiment fixé à son micro, décalé et souvent hors de son propre univers. Il aime à raconter quelques blagues cochonnes incluant des strip-teaseuses ou encore Mickey, Minnie et Goofy; s'intéresse indirectement sur sa condition de chanteur de country et arrive même à se prendre un petit fou rire personnel au dépend de son public. Mais ce soir on n'est pas venu voir un "one-man show" de comique bien que celui-ci emballe assez rapidement son public. Il faut tout de même dire que cela contraste passablement avec le mélange de son concert qui n'a rien d'une partie de rigolade...



Peu de morceaux de musique, mais de longues tirades lyriques qui sont même étirées comme des vieilles balades abandonnées aux abords de routes poussiéreuses et soufflées par une voix qui s'égare, en fin de vie. Débarrassée de tout artifices, les chansons de Josh T. Pearson capture l'essence même de rêves brisées, de timides refrains passablement tranquilles, sentant presque la mort, qui nous plongent dans de véritables abysses émotionnelles. Si le personnage ressemble presque à un clochard, il y a cette voix qui procurent des moments denses et intenses. Adjoint à la fascination de longues tirades musicales percutantes comme une bonne grosse dépression qui vous cloue à votre siège, "Last Of The Country Gentleman" arrive avec son ambiance intimiste et presque religieuse où le public écoute attentivement l'artiste sans un bruit. Comme un superbe requiem, émouvant et lyrique qui vous caresse les oreilles et vous scotche le coeur.



Le concert prend fin, la foule se disperse... Mais l'étonnante atmosphère semble toujours flotter dans l'air. Autour du chanteur, désormais mal à l'aise à l'idée de vendre ses disques, un florilège de "pretty ladies" s'approprie l'univers de Pearson au détour d'une séance de dédicaces personnalisées. L'homme prend son temps, discute et fait des bises. Il est charmant malgré son look impressionnant. Et moi j'ai mon album signé et repars dans la nuit prendre un peu l'air frais accompagné par les restes d'une voix cassée d'un grand artiste nommé Josh T. Pearson...

vendredi 22 avril 2011

ALBUM PHOTOS : LE CARNAVAL DES ÂMES


LE CARNAVAL DES ÂMES (Carnival Of Souls) de Herk Harvey (1962)

jeudi 21 avril 2011

Concert : DUSTIN WONG (USA)

J'arrive un peu à la dernière minute et là c'est la surprise... Personne. Il est pourtant 21h15 et le concert de ce soir est censé commencer dans à peine un quart d'heure. Les employés du Bourg à Lausanne s'affairent entre les tables, allument des petites bougies... Dustin Wong, un jeune asiatique en provenance d'Hawaï est déjà là. C'est son soir. Timide, ne voulant déranger personne, il s'affaire sur la scène épurée en réglant les derniers accords de sa guitare électrique. Au milieu d'un décor vide, juste une chaise pour l'artiste et par terre en demi-cercle une série d'énigmatiques pédales. C'est tout. Le minimalisme de la scène va donc de pair avec une foule éparse qui aura bien de la peine à remplir une salle déjà pas bien grande. Si le public n'est pas plus présent pour la soirée du 21 avril, ce n'est pas bien grave car le show est dégraissé de tout superflu.


Assis sur sa chaise, un peu renfermé sur lui-même et bien concentré sur sa guitare, il commence à jouer ce qui sera une suite d'accords qui constituera le corps d'une oeuvre unique qui durera pas loin d'une bonne heure. Ne s'arrêtant jamais, quittant temporairement les cordes de son instrument pour se plier vers ses étranges pédales qui lui servent à enregistrer les sons qu'il prodigue sur scène comme autant de boucles qui s'acheminent vers son propre monde musical. Etonnant. Les couches sonores se succèdent en partant d'une simple mélodie de départ pour successivement aligner diverses distorsions qui composent une véritable symphonie électro-acoustique, entre l'extase de l'harmonie et les échos d'un étrange avant-gardisme. "Infinite Love" est unique car chaque concert transforme son oeuvre en un parcours polymorphe subjuguant. Même ouverture et sans doute même conclusion mais par des chemins différents. La musique est surprenante, transformant le concert en expérience très particulière.


De voir Dustin Wong assis sur une chaise au milieu de la scène, concentré sur son instrument et dansant de ses pieds et de ses bras entre les diverses pièces d'un puzzle musical surprenant est un véritable spectacle en soi. Et quand, pour son acte final, il se trouve comme pris de convulsions frénétiques, sans doute à force de maîtrise intense de sa guitare; le voilà se projeter de toute sa longueur face à son micro; montant en apothéose et se libérant d'accords éphémères pour aboutir à toute l'électricité musical de son spectacle, sortant quelques vocalises libératrices où confinent l'étrange hystérie poétique d'une musique qui ne semble avoir aucun équivalent. D'un coup, ça s'arrête. Le choc. Applaudissements. Les mains jointes, Dustin salue le public. Laisse sa guitare traîner par terre. L'artiste suggère tout de suite qu'on aille boire des bières dans un phrasé mélangeant gêne et satisfaction. Quel concert, je reste sur le cul. Sans voix. Wow!

mercredi 20 avril 2011

Concerts "Live" @ Couleur 3 !!!

Soirée "privée" dans les studios d'enregistrements de la RSR pour un set "live" mis en place par Couleur 3. Au programme : Arnaud Rebotini et Beardyman pour une rencontre/concert électro improvisé dans une atmosphère de boîte de nuit. Public hétéroclite mixant bombasses aux tétons qui pointent, une bonne poignée de gros beaufs qui ne retirent même pas leurs lunettes de soleil à l'intérieur et quelques petites têtes blondes perdues sur le devant de la scène. Les décibels seront pour leurs frais! L'animation, présidée par une cruche présentatrice, alterne discussions avec les "stars" et longs moments de musique.


Le premier, un Rebotini au look ringard bien appuyé - épaisse chevelure noire bien gominée (le peigne en poche!) et petite moustache comme il faut! - s'entoure de divers claviers vintages pour du bidouillage à un doigt avec de la rythmique techno bien soutenue, un brin rétro mais surtout très saoûlante sur la longueur si vous n'êtes pas dans l'ambiance... Aux alentours, on se trémousse doucement en buvant sa bière et/ou son coca. Mini-transe pour un public de pseudo discothèque qui s'enthousiame aux moindres changements de gammes électroniques. C'est l'effet "night club" sans les monstres basses qui vous retournent l'estomac. C'est déjà ça...


Après presque 40 minutes d'une longue démonstration de musique primaire, c'est au tour du showman prénommé Beardyman qui vient faire son petit trip de beatboxer, mâchouillant ses effets de bouche à de l'informatique. De prime abord, l'effet gadget est rigolo mais ne mène à rien d'autres de plus qu'un gimmick répétitif et sans autre intérêt que d'être cool. Comme c'est tellement "Woooouuuuuh"!!!! Tu sors ton IPhone et "flash" l'artiste à tout-va.... Et puis, quand l'humour se mêle au hip hop, cela fait mal (surtout aux oreilles)... On attendra pas la fin du set pour juger si cela évolue durant presque 40 minutes. On vivra sans problème avec ce doute car on quitte déjà la salle. Merci Vincent (et, accessoirement les petits malins de Couleur 3), je n'aurai pas aimé payé pour écouter/voir ça! Une soirée curieuse mais pas déplaisante, un juste retour en arrière qui m'a rappellé pourquoi je n'aime pas aller en boîte de nuit!

mardi 19 avril 2011

Concert : WILLIAM TYLER (USA)



Retour au Bourg. Un de mes endroits préférés de Lausanne. Parfait coin tranquille pour découvrir et savourer des concerts à un prix modique. Petit et grand à la fois. Comme ce fameux soir du 19 avril où je m'apprête à rentrer dans le profond rectangle rougeâtre que constitue ce beau Café-Théâtre. Ce soir, un artiste solo du nom de William Tyler, en provenance de Nashville dans le Tennessee. Un bonhomme pas bien grand, à l'attitude tranquille et très à l'aise sur scène avec sa guitare sèche pour un concert acoustique. Dès le début, on ressent le contact chaleureux de l'homme qui, bien que très jeune, a déjà vécu son lot d'aventures humaines. D'ailleurs il s'en sert pour raconter ses anecdotes de voyages à travers le monde qui lui permettent de rencontrer une poignée d'énergumènes et de parcourir des paysages qui remplissent désormais les sons et ambiances de ses morceaux de musiques. Car Tyler n'est pas un chanteur, mieux encore car il s'agit d'un musicien autodidacte aux doigts de fées. Avec son instrument, il fait tout simplement des miracles...


Sur scène, il mélange ses histoires de vie qui servent son écriture musicale. Du coup, ces interprétations acoustiques dégagent un lyrisme d'une pureté et d'une sincérité qui ne peut que toucher l'auditeur. Son blues, sa country, sa "folk music", tout ceci interrogent les étoiles, parcours les rivières et des décors désertiques qui se complètent peu à peu pour nous emmener loin; là où il est allé et ce qu'il en a retiré... William Tyler est un poète ivre d'émotions qu'il retranscrit avec une puissance assez incroyable. Entre chaque nouveau morceau, il replace le contexte de son sujet via diverses anecdotes, parfois cocasses; parlant de sa passion pour le film de Michael Cimino LA PORTE DU PARADIS qui lui a servit d'inspiration pour son oeuvre à lui; pour ensuite nous offrir sa partition magique. Humble, proche des gens, un petit génie de musicien qu'il est autant agréable d'écouter parler que d'écouter jouer...


Il aime le Bourg, se sent comme chez lui. En fait, ce n'est même pas un concert dans le plus pur sens du terme mais un peu comme si un pote entrait chez nous en voulant absolument nous raconter quelque chose de beau, qui vous ensorcelle et vous bouleverse. Le temps de quelques morceaux, il est discrètement accompagné par Volker Zander à la basse; pose sa guitare pour en prendre une autre plus électrique... L'hôte du soir, ce sera lui et quoiqu'il se passe, Tyler uniquement capture notre attention. Le charme et la simplicité, l'humour et cette ambiance si agréable font que la rencontre avec cet artiste restera un grand moment ponctuée d'une musique qui côtoie les anges et touche le coeur. Investissant la pénombre du décor pour en ressortir des sensations magnifiques! On en pleurerait tellement c'est beau. Thank you, William...

vendredi 15 avril 2011

EROTISCHE GRAPHIK : Franz Von Bayros


Dans mon exploration de ce que j'aime appeler la "littérature charnelle", c'est toujours précieux de découvrir un illustrateur de galipettes érotiques. Le Marquis Franz Von Bayros, peintre autrichien controversé, s'est particulièrement spécialisé dans le dessin mettant en scène des demoiselles en fleurs, voire même de jeunes gamines dans des situations troublantes de grivoiserie. Pourtant loin de toute obscénité, ces belles oeuvres tutoie des thématiques à risque incluant des relents de pédophilie voire même allant jusqu'à la zoophilie. Toujours dans un esprit qui filtre avec un naturalisme lyrique proche de ce qu'en fera bien des dizaines d'années plus tard le photographe David Hamilton avec ses jeunes modèles...


Ici, les tableaux érotiques sont représentés comme de délicats instantanés remplit d'une certaine fraîcheur malgré les interdits qu'ils représentent. Cela est d'autant plus fort qu'il n'y a là pas matière à être choqué mais plutôt à essayer de savourer la finesse du trait et la très grande recherche dans la perfection du détail. Fascinant à regarder, même au-delà de toutes considérations érotiques.

Pour les plus coquins, je ne saurais trop recommander de chercher à se procurer le livre allemand "Erotische Graphik" qui regroupe une belle collection de reproductions du travail sulfureux de Bayros. Textes en allemand mais abondantes illustrations. Un régal pour tous les amateurs d'art, qu'il soit érotique ou non.


mercredi 13 avril 2011

Concert : HIDDEN ORCHESTRA (SCO)



Ce qui est bien avec le Café-Théâtre "Le Bourg" à Lausanne, c'est qu'on y fait de très belles rencontres. Non pas des plans dragues quelconques autour d'une bière mais plutôt de se retrouver entre ami(e)s pour pouvoir déguster une surprise musicale lors d'une belle soirée à l'occasion d'un concert. Ce fut le cas ce 13 avril avec un groupe particulier venu tout droit d'Ecosse et qui se prénomme Hidden Orchestra. Ici, pas de voix, ce sont les instruments qui parlent. La formation, constituée de quatre musiciens et d'un peu plus d'instrumentations, voit s'afficher un grand barbu planqué derrière ses machines électroniques tandis qu'une jeune femme pose ses doigts en alternance entre un piano et un petit violon. Mais, sur la scène du Bourg, la grosse attraction sont les deux jeunes hommes qui se font face l'un l'autre avec chacun une grosse batterie devant eux.

La musique d'Hidden Orchestra est bourrée d'influences diverses, à la fois classique, électronique et percussive. L'ensemble se mixe agréablement pour donner de superbes compositions qui semblent parfois improvisées et ne vouloir jamais se terminer, comme prises dans une spirale sans fin... Il faut dire que les deux batteurs s'en donnent à coeur joie pour jouer avec entrain, variant les rythmes et les intonations prodigués par leurs instruments, se confrontant dans une bataille de sonorités énergisantes et ô combien hypnotisantes. Devant son public, le groupe contamine l'audience avec un plaisir manifeste de jouer qui se ressent immédiatement. Les compositions, qui jonglent allégrement entre le hip-hop et l'électro-jazz, créent une riche atmosphère où parfois le violon est noyé sous les percussions mais l'ensemble n'en reste pas moins plaisant à écouter et procure de belles sensations qui nous font voyager. Le public ne s'y trompera pas et congratulera les artistes sous des applaudissements enthousiasmants.




Ce concert en tout point brillant se conclue au bout d'une heure bien trop courte en regard des incroyables et envoûtantes couleurs musicales que ses musiciens ont prodigués dans la belle salle intimiste du Bourg. Mais si le groupe venant d'Edinburgh s'arrête de jouer, il n'en reste pas moins présent. Discussions avec le public, échanges, ventes d'albums en CD ou vinyles, dédicaces, petits mots, sourires, rigolades... Les écossais sont très ouverts et charmants comme tout avec les gens venus les écouter. Durant la soirée, il se dégage un sentiment d'une formidable proximité que l'on est pas sûr de vivre à chaque nouveau concert. Du coup, celui d'Hidden Orchestra restera comme une très belle expérience où l'on plonge avec délices dans les méandres d'un monde musical excitant que l'on voudrait que jamais il ne s'arrête. Très fort!

lundi 11 avril 2011

Soundtrack of My Life : LADY MAGNOLIA

Une petite vidéo hommage aux actrices que j'aime... Celles des années 70. De Laura Gemser, Soledad Miranda, Erika Blanc,Barbara Bouchet, Edwige Fenech et plein d'autres ... *Soupirs* ... Des yeux, des cheveux, une bouche, une silhouette, une attitude... De l'érotisme et la musique de Piero Umiliani... Une idée du bonheur!

dimanche 10 avril 2011

JX WILLIAMS' THE VIRGIN SACRIFICE

Datant de 1970, THE VIRGIN SACRIFICE est une brillante démonstration du talent assez incroyable de son géniteur. J.X. Williams est une personnalité hors-norme du 7ème art, une figure à la fois passionnante et déconcertante car la plupart de ses films sont aujourd'hui invisibles, disparus ou détruit. Comme ce long-métrage qui devait durer à la base près de 3 heures, un long sabbat satanique où le metteur en scène faisait preuve d'avant-gardisme et promettait des expérimentations visuelles très étonnantes. THE VIRGIN SACRIFICE, il n'en reste que quelques séquences éparses, le reste étant perdu à jamais. Un tournage chaotique, plusieurs décès et finalement le laboratoire de développement qui a pratiquement tout grillé de ce qui fut filmé... Une oeuvre maudite!

Mais, grâce à ses quelques minutes qui survivent encore aujourd'hui, on a le plaisir d'y découvrir un auteur surprenant qui arrive à créer des images d'une telle force évocatrice qu'elles sont littéralement hypnotisantes. C'est d'autant plus frustrant que l'on ne puisse plus découvrir THE VIRGIN SACRIFICE dans son intégralité car il y avait là matière à dévoiler un puissant chef-d'oeuvre du 7ème art. Le style de J.X. Williams éclabousse l'écran à chaque plan, chaque seconde. Un génial travail de mise en scène où le visuel psychédélique en renforce sa terreur latente. Enjoy!

samedi 9 avril 2011

UN ARCHITECTE DANS LE PAYSAGE

UN ARCHITECTE DANS LE PAYSAGE de Carlos Lopez (2010)

Entre paysage et art contemporain, le travail de l'architecte genevois Georges Descombes reste assez secret. Très estimé dans les milieux du paysage, notamment aux Etats Unis et aux Pays-Bas, il demeure pourtant à l'écart de la scène actuelle de l'architecture.

Le film part à la découverte de réalisations de Georges Descombes en Suisse et en Europe, en compagnie de l’architecte lui-même, ou à la rencontre de quelques-uns de ses compagnons de route, notamment l’architecte néerlandais Herman Hertzberger et le paysagiste français Michel Corajoud.

En explorant les lieux, les paysages urbains ou ruraux de ses interventions, de nouvelles questions se posent, au sujet des rapports qu’entretiennent les habitants avec les projets réalisés, ou du statut de l’architecture aujourd’hui - des prestigieuses réalisations internationales aux constructions quotidiennes de nos villes -. En chemin, c’est le parcours singulier et la pensée aussi originale qu'exigeante de Georges Descombes qui nous interrogent par leur grande actualité.

«On peut vivre sans philosophie, sans musique, sans amour...mais pas si bien. On peut vivre avec une architecture qui n'a aucune dimension artistique, mais pas si bien.»

UN ARCHITECTE DANS LE PAYSAGE est une belle oeuvre qui va au-delà de la sensibilisation pour la "belle" architecture qui est davantage axée sur des oeuvres souvent monumentales, comme autant d'artistes "ratés" qui se consacre plus à la réalisation de bâtiments que de sculptures. Descombes, par son travail subtil, fait corps de l'urbanisme et de la nature, transforme par petites touches des endroits envahit par la populace pour nous les offrir métamorphosés. Ce qui est impressionnant, ce n'est pas les dimensions où le style, mais simplement un juste retour dans l'harmonie du "béton et des fleurs", une épure qui n'est jamais envahissante et qui subjugue lorsqu'on s'aperçoit de la richesse de ses créations à travers l'oeil-caméra de Carlos Lopez.

Le documentaire parle de son travail, de l'homme, de ses collaborateurs... mais également donne la parole à diverses associations qui ont dû se battre pour la transformation d'un parc dans les quartiers défavorisés de Paris où les gens voyaient d'un mauvais oeil le projet et ne pensaient qu'à la hausse des loyers. Une plantation d'arbres contre un chez soi qui peut devenir hors de prix... Pas facile à digérer! Et puis, il y a aussi ce site d'habitations qui fut à l'époque détruit par l'atterrissage catastrophe d'un avion de ligne. Comment reconstruire un grand lieu qui fut un temps couvert de tours d'immeubles tout en rendant hommage aux disparus de la tragédie? L'approche tout en émotions contenues nous donne une nouvelle vision de l'architecture par l'un de ses plus grands créateurs. Un film très intéressant. A voir!

Diplômé de l'Université de Genève et de l'Architectural Association de Londres, Georges Descombes a enseigné en Europe et aux Etats-Unis, notamment à Harvard et Berkeley, ainsi qu'à l'Université de Genève. Reconnu pour ses interventions dans le paysage, il associe très souvent à son travail des artistes contemporains. Il collabore ainsi régulièrement avec Carmen Perrin et a réalisé des projets avec le britannique Richard Long et le new-yorkais Max Neuhaus. Ses travaux en cours incluent le projet "Lyon Confluence" et à la renaturation du Canal de l'Aire, à Genève.

vendredi 8 avril 2011

Concert : AUSTRA (CAN)

Vendredi soir. Après une séance cinéma/concert dans la plus vieille et plus belle salle de Lausanne, la nuit a déjà étendu son long manteau. Il est un peu plus de 22 heures et c’est le moment d’aller rejoindre les créatures nocturnes qui ne vivent que pour des petits concerts alternatifs dans les lieux les plus branchés de la ville. Au Romandie, petite salle de spectacles qui ressemble à une grotte bétonnée, il est bientôt l’heure pour AUSTRA de prendre possession de la scène musicale. Le lieu peine à se remplir complètement, et il faudra presque attendre trois quart d'heure pour que les artistes se décident enfin à faire leur show...

Ce groupe « queer » constitué d’une coquette chanteuse à la blondeur immaculée, est accompagné par ses acolytes tout droit sortis d’une discothèque à la mode des années quatre-vingt. Les accoutrements et coupes de cheveux sont le reflet d’une époque où le kitsch était un art de vivre. Les cheveux longs et bouclés, le marcel pas trop tendu et le mascara excessif, voici un impressionnant musicien au synthétiseur… Tandis que l’autre se tient au bout de l’estrade, le bassiste qui fait un peu plus dans la discrétion avec une coupe de cheveux au carré est plus affairé à son instrument qu’à son look. Plus au fond, un peu perdue au milieu des câblages et autres instruments, une jolie fille cachée derrière une paire de lunettes forcément empruntée à Annette de PREMIERS BAISERS se met à battre le tempo sur sa grosse batterie. Au micro, Katie Stelmanis est l’artiste en chemise évanescente, mini-jupe et porte-jarretelles, les bras levés et la voix fiévreuse… Elle est l’hôtesse de ce rite musical aux saveurs sombres, obsédantes et incantatoires.



La musique est dynamique et envoûtante. Très ancré dans un style qui le rapproche du meilleur des années 80, AUSTRA se distingue d’abord par un jeu de scène minimaliste. Comme une prêtresse qui invite son public à une messe musicalo-sexuelle quasiment orgasmique, communiant sa transe pour une vague de gestes répétitifs à l’intention de ses fans qui déhanchent frénétiquement leurs petits culs quelques mètres plus bas. Car le groupe rassemble la crème d’un public majoritairement homosexuel qui, ce soir, semblent avoir des envies de décadence. Pourtant, s’il n’en sera rien dans la fosse aux gays, le groupe distille avec insistance son propre parfum qui s’ancre durablement dans notre esprit. Les mélodies sont accrocheuses. Les refrains sans fin aux paroles incompréhensibles sont attirants, hypnotisants… La fièvre nous gagne. Au début, on rigole doucement devant ce petit bonbon musical délicieusement sucré. Katie nous enchante, nous rallie à sa cause. AUSTRA c’est l’envie, l’émotion, le plaisir… Un voyage planant aux rythmes haletants qui nous laisse pantois d’ivresse…

Le concert est sans fioritures, l’éclairage classique ; alternance entre les stries bleues et rouges/roses avec quelques clignotements stroboscopiques, comme une belle peinture ultra-colorée où la princesse de la nuit nous convie à une condition extatique… C’est sexy comme Katie, kitsch comme l’improbable pianiste aux longues boucles brunes, empreint de mystère comme une batteuse à lunettes fondue dans les ombres de la scène… AUSTRA c’est le plaisir d’une heure d'un concert finalement si insistant qu’il pénètre une couche de notre cerveau pour ne plus s’en défaire… Fort ! Excitant ! Etonnant ! AUSTRA, ça vient du Canada. Toujours pas de disque mais on en veut ! Encore !

jeudi 7 avril 2011

MOVIE MOMENTS : TWIN PEAKS, FIRE WALK WITH ME

David Lynch est un maître pour créer des ambiances très spéciales qui n'appartiennent qu'à lui. Et son TWIN PEAKS - autant la série TV que le long-métrage qui nous offre les 7 derniers jours de la vie de son héroïne déchue - est un pur chef-d'oeuvre. Parfois, il n'a besoin d'aucun artifice visuel ou sonore pour dégager des sensations d'un autre monde. Comme ce superbe échange entre Laura Palmer (Sheryl Lee) et son amie Donna (Moira Kelly). Allongées sur le divan au salon, pas très loin de la cheminée, elles parlent d'amour sur deux modes différents avant de virer dans une digression fantasmatique assez extraordinaire. Un très beau moment de cinéma! Enjoy!

Peintures : CLOVIS TROUILLE

Amateur de surréalisme, je ne pouvais que tomber sous le charme de l'oeuvre du peintre français Clovis Trouille. Ses toiles sont très particulières et affichent un style assez unique, comme une sorte de grande bande dessinée étrange et érotique. Artiste anarchiste, il n'hésite jamais à intégrer dans ses toiles des thématiques "dangereuses" comme la religion, où Trouille donne une image sulfureuse à des personnages aux moeurs bien établis, comme les bonnes soeurs... Il en ressort forcément un esprit délicieusement subversif, adjoint à un sens de la composition et de l'usage des couleurs, qui rendent ses tableaux absolument magiques et plein de poésie, parfois avec une douce naïveté rafraichissante, ou encore avec une touche de macabre... Toujours étonnante et lyrique, la peinture de Clovis Trouille est tout simplement fascinante. Quelles recherches et quelle beauté! Enjoy!



mercredi 6 avril 2011

PORTE DEVERGONDEE


PORTE DEVERGONDEE de André Pieyre de Mandiargues

« Point de programme arrêté, mais des aventures, qui sont plutôt des mésaventures, des histoires sorties des vacances du coeur, prennent forme plus ou moins précisément, sans que l'on sache bien si elles sont projetées, parfois comme à rebours, sur un écran tendu dans la fumée, ou si elles sont récitées, par des acteurs moins professionnels que dilettantes, sur une scène improvisée entre deux lampes à pied dressées devant un rideau vague, ou si elles sont racontées par des personnes que l'on écoute avec un peu d'irritation et que l'on se refuse à croire. Le propre de ces aventures ou de ces histoires est de choquer le spectateur ou l'auditeur. »


Par ce bouquin, je rentre enfin dans le monde littéraire de l'écrivain surréaliste André Pieyre de Mandiargues. En fait, il ne s'agit pas vraiment d'un roman, mais plutôt d'une série de courts récits auxquels le lecteur assiste, presque en tant que voyeur, à un mélange de gêne et d'indécence face à certaines situations décrites avec grand soin... D'où sans doute découle le titre de "porte dévergondée" qui détourne un peu l'expression "porte dérobée".

Ces petites mésaventures sont écrites dans un style assez fantastique qui plongera celui qui les lit dans une ambiance assez étrange, presque onirique. André Pieyre de Mandiargues a la plume évocatrice et très atmosphérique. Et même si ces histoires se révèlent au final comme anecdotiques, il les élèvent à un rang d'art d'écriture assez époustouflant. En particulier le dernière intitulé "Le Fils du Rat", aussi horrible que fascinante. Entre érotisme et fantastique, André Pieyre de Mandiargues les conjuguent merveilleusement par son style soigné et ô combien agréable à lire pour qui tente de s'échapper de la réalité pour y lire comme dans un autre monde!

Au revoir...

Au revoir...
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