mardi 18 octobre 2011

LUFF 2011 : Soirée "Cordes Vocales"

Le LUFF 2011 commence sournoisement à envahir Lausanne. Pas encore de manière « officielle », au point de drainer quantité de curieux dans les salles de la Cinémathèque Suisse mais en nous faisant discrètement découvrir des bizarreries à l’occasion de soirées alternatives organisées dans divers lieux de la ville. Le rendez-vous était donc pris pour ce lundi soir dans la petite salle de cinéma Oblò, Avenue de France 9.


C’est au détour d’une ruelle sombre que l’on tombe dessus. Comme un haut lieu pour tout ce qui se déroule le soir alors que la pénombre prend son emprise sur le bâtiment, il faut descendre une longue série de petits escaliers pour se retrouver dans un grand local en sous-sol. Ici est aménagé une salle de cinéma sur une estrade bricolée où les sièges rouges semblent avoir vécu une autre vie et dont les socles sont parfois arrachés. Autour de l’écran qui ne sera pas utilisé repose un joyeux foutoir d’objets divers; comme cette échelle apposée contre le mur... Au fond, le bar (libre) ravira les amateurs de boissons non tarifées car ici on paie ce que l’on veut bien donner; pour une bière ou encore un verre tirée d’une jerricane de jus de pomme.


La salle est encore bien vide à 20h30. Il faudra attendre encore une bonne heure, dont une bonne demie-heure de retard, pour que le lieu fasse salle comble et même plus encore… Les gens s’asseyant un peu partout sur le parterre de l’estrade; ou restant encore debout appuyés contre une barrière d’échafaudage. Sur le devant de la scène improvisée avec une table, quelques micros et des machines électroniques diverses, le public va tour à tour accueillir trois personnalités pour des performances sonores en rapport avec la voix. La soirée « Cordes Vocales » va débuter…

C’est dans une organisation non existante que Francisco Meirino se met devant son ordinateur alors que l’obscurité dans le lieu se fait totale autour de nous. Pour le concert de ce soir, il va utiliser les voix des 50 personnes qui ont participé à son dernier projet « My Voice Is Unique ». Le résultat, déconcertant et bien angoissant aurait très bien pu servir de bande son à un film de David Lynch. Entre expérimentations tordues et dérives électro-défectueuses, cette « musique » propose un amalgame intense de sensations. Un set d’une vingtaine de minutes qui ne pourra que fasciner les adeptes de bidouillages sonores.


Alors que Meirino s’épanchait dans le noir sur sa machine, l'italien Alessandro Bosetti se montre dans la lumière… Egalement muni d’une machine informatique, il a quand même devant lui un étrange petit clavier qu’il va utiliser comme base d’instrumentation; ainsi que d’un micro porté à sa bouche qui lui servira de matière première pour son propre set musical... Pianotant ses notes répétitifs, il complète la mélodie minimaliste de sa voix alors qu’il lit un long et étrange texte incluant Marco Ferreri effectuant un tournage de film dans la ville de Rome. Les variations dans sa diction offre une surprenante musicalité de la voix, rentrant pleinement dans la thématique d’une soirée basée sur les altérations des cordes vocales. Une curiosité alternative qui aurait certainement séduit les adeptes de performances de musiques contemporaines.

Durant la dernière partie de la soirée, vient enfin le « morceau de bravoure » de cette soirée… Venu d’Oakland en Californie, Gerritt Wittmer va proposer quelque chose d’entièrement différent. Tournant le dos à son public, et le micro collé à sa bouche pour en dégager les sons les plus profonds, il fait ainsi ressortir les bruits prodigués par son propre corps; transformant ainsi sa performance en expérience physique. Et c’est impressionnant à entendre, comme une gigantesque complainte corporelle, ses entrailles s’ouvrant à l’air libre pour sortir un son suffoquant et douloureux mis en avant avec un tel brio que cela en est presque effrayant. Une expérience auditive captivante qui se poursuivra pour un ultime set où Wittmer entame directement un duo avec Meirino pour une collaboration où l’électronique et les bruits de microphones abimés rejoignent ceux plus physique d’un corps de chair qui distille un malaise sonore assez éprouvant. Et, tout d’un coup, ça s’arrête. C’est fini. « Merci d’être venu…». En partant, les sons persistent dans la tête. Comme une chaîne de télévision brouillée qui poursuivrait ses auditeurs.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Au revoir...

Au revoir...
Related Posts with Thumbnails page counter
Web Counter