jeudi 20 octobre 2011

LUFF 2011 : Séances du mercredi

Les ravages de l’automne. Un jour, le soleil brille de mille feux avec sa température si agréable que l’on s’imagine à dîner sur la terrasse de la Cinémathèque comme si on était en plein mois de juillet… Et puis le lendemain il pleuvra comme vache qui pisse; à vous donner envie de vous pendre par les pieds avec le cordon de douche… Heureusement, pas de jours moroses durant le LUFF. Journée bleue ou journée noire; durant le festival, l’amateur éclairé s’en fiche un peu des aléas météorologiques. Et ce n’est pas des trombes d’eau qui vous inondent les godasses qui nous empêcheront de poursuivre une semaine placée sous le signe de l’Underground.

Pour ce deuxième jour remplit à ras-bord de projections diverses, le spectacle continue au Zinéma dès 14h30. Mis à part une silhouette difficilement identifiable au fond à gauche cachée dans la pénombre, je suis en première lice pour poser mes fesses au hasard parmi les sièges libres devant moi. Dans le hall, quelques visages connus. Les petites mignonnes sont toujours là - des flyers plein les poches - et puis aussi les indétrônables de la salle toujours prêt pour découvrir les nouvelles pelloches bien barrées du jour.

On débute par DUFFER, premier film d’une sélection proposé par Stephen Thrower - un bon gars, forcément, puisqu’il a notamment écrit un bouquin de référence sur Lucio Fulci - à qui le LUFF a offert une « Carte Blanche ». Malheureusement, et cela semble être la malédiction du Zinéma, l’auteur n’est pas là pour introduire le long-métrage. Après la cruelle absence de Maria Beatty hier, voici encore une autre personnalité qui manque à l’appel… Du coup, pas de tentative d’un courageux bénévole pour présenter la séance du moment, l’œuvre étant si underground qu’il ne semble que personne aux alentours ne l’ait encore vue... On va donc découvrir les deux bobines 16 mm en même temps qu’un projectionniste décidément pas très à son affaire…

Dix minutes pour passer d’une image floue au format d’une TV des années 60; noir/blanc forcément mais pas encore sonorisée; avant de découvrir les possibilités du zoom pour pouvoir agrandir l’image aux dimensions de l’écran de la salle tout en nous torturant par une bande son bruitiste involontaire… Dix minutes gâchées pour un soi-disant projectionniste incapable de faire correctement son boulot. Le Zinéma se taille ici une belle réputation en matière de techniciens bien rompus à l’exercice du passage de bobines de films qui, à l’instar de diffusion DVD, demande aussi un minimum de préparation. Image et son, ça se règle en amont pour éviter les éventuels problèmes! Bref…

Long-métrage anglais de 1971 réalisé par Joseph Despins & William Dumaresq, DUFFER est un étrange petit film. Sans couleurs et avec la voix off incessante du protagoniste principal qui nous accompagne tout au long de son psychodrame personnel… Entre les visites chez une prostituée aux attentions maternelles et sa relation malsaine avec un sadique psychotique du nom de Louis Jack. On y découvrir des jeux sexuels bizarres à base de verre de terre et d’étouffements avant de virer encore plus dans l’improbable où l’homme mûr se décide à vouloir mettre enceint le jeune garçon toujours aussi stoïque et malléable. Contre toute attente, le ventre de ce dernier grossi…

Cette odyssée sexuelle adolescente rappelle par son ambiance les premiers essais cinématographiques de David Lynch. Comique par son côté excentrique mais finalement bien tragique dans son fond, DUFFER est une production underground très particulière. Dérangeante et déstabilisante, elle dresse le portrait aussi agaçant que touchant d’un jeune britannique déchiré entre deux personnalités hors-normes qui guident et manipulent sa vie, le tout résidant dans une profonde dépendance émotionnelle vis-à-vis de son entourage. Le portrait est déstabilisant et hors-norme. Un récit atroce et émouvant dont on aurait aimé pouvoir le voir dans des conditions techniques supérieures à sa bien lamentable projection.

C’est la pause cigarette. Dehors, les fumeurs affrontent toujours le mauvais temps qui n’a pas fini de pleurer toutes ses larmes de pluie, tandis qu’on se prépare tranquillement à voir un nouveau double programme de courts-métrages réalisés par Maria Beatty. J’ai ramené à nouveau ma jaquette DVD à faire dédicacer par l’artiste, celle-ci devant être présente aujourd’hui pour les projections. Hélas, on nous annonce qu’elle ne pourra finalement pas être là pour la thématique « Bondage In Nature & Season »; probablement à cause d’une météo qui ne l’encourage pas vraiment à sortir de sa chambre d’hôtel. La malédiction du Zinéma. Toujours. Cela ne nous empêchera pas de savourer le programme qui, pour une fois, fera se déplacer un plus large public féminin. L’érotisme de Maria Beatty se dégustant sans doute beaucoup plus agréablement en étant pris en sandwich entre deux belles jeunes femmes face à l’écran…

BELLE DE NATURE (2009) est sans aucun doute le petit chef-d’œuvre de son auteur. Contrairement à la plupart de ses autres travaux, celui-ci est concis et d’une durée de tout juste 11 minutes; situant son action en pleine forêt. La rouquine se laisse faire l’amour par la nature; l’herbe lui chatouille les pieds, une ronce l’égratigne, les arbres la fouettent passionnément et quelques insectes la caresse doucement. Un escargot bavant sur les poils de son minou, des scarabées s’accouplant sur son ventre - j’adore le petit rire de la spectatrice à mes côtés à ce moment-là! - avant que la pluie n’éjacule dans sa bouche et sur son visage alors que la femme caresse la mousse de sa maîtresse. Un vrai petit plaisir poétique.

Le deuxième programme se réclame de l’érotisme issu des pratiques du bondage. SILKEN SLEEVES (2006) nous présente Midori dominant Mayan dans son jardin japonais à travers les saisons. Capturée et ligotée, elle subira son plaisir sous les cordes; soulevée, couverte d’un cocon de cire avec de se faire pénétrer par une impressionnante boule de métal argentée qui lui remplira ses fondements avant de la libérer de son extase… Que ces 50 minutes sont bien longues et finalement guère sensuelles à vouloir transformer ses deux figures féminines en petits papillons batifolant à l’air libre. L’ensemble étant plus ridicule qu’érotique. Et ces gros plans anatomiques ne diffèrent pas cette œuvre de la plus banale séquence pornographique actuelle.


Bien content de quitter pour un temps le Zinéma et ses projections souvent catastrophiques; et de rejoindre l’ami Lukas qui a dû subir THE TAINT dans la salle d’à côté. Il est maintenant pas loin de 18 heures et c’est le moment d’aller rejoindre une foule plus conséquente pour une suite de programme qui me plaira bien davantage. Mais avant cela, une petite surprise… Arrivant à Montbenon, c’est avec plaisir que j’ai la chance de rencontrer Maria Beatty en personne devant la Cinémathèque. ENFIN! L’occasion d’échanger quelques mots avec la représentante du cinéma « Erotic Noir », de lui confesser ma joie d’avoir découvert sur grand écran quelques-uns de ces petits chefs-d’œuvre (et d’omettre ceux qui ne me plaisent pas!). Photos et petite griffe « With Pleasure » sur la jaquette de mon DVD, je suis un homme heureux.




Ecran et salle géante pour la seconde « Carte Blanche » accordée à Stephen Thrower cette fois-ci bien présent. Il faut dire que le film que est présenté maintenant est une pointure dans son genre. LE VENIN DE LA PEUR (Una Lucertola Con La Pelle Di Donna) de Lucio Fulci (1971), également connu en France sous le titre LES SALOPES VONT EN ENFER! Tout un programme! Le réalisateur, largement plus connu pour ses films d’horreur excessifs et nébuleux comme L’AU-DELA (E Tu Vivrai Nel Terrore - L’Aldilà) ou encore LA MAISON PRES DU CIMETIERE (Quella Villa Accanto Al Cimitero) a réalisé ce thriller noir à l’italienne au début des années 70, naviguant dans un genre codifié par le maître d’alors Dario Argento. Ce LIZARD IN A WOMAN’S SKIN - de son titre international - même si moins connu du public n’en demeure pas moins une œuvre de référence dans la filmographie de son auteur. Et d’avoir la chance de le (re)découvrir sur grand écran, et qui plus est dans une superbe copie 35mm en italien sous-titrée français, ne peut être qu’un pur régal pour cinéphile pointus. Thrower racontant quelques anecdotes sur le long-métrage, sa collaboration houleuse avec Florinda Bolkan ou encore cette histoire qui aurait pu lui coûter la prison à cause d’effets spéciaux réalistes; devant convaincre une cour judiciaire qu’il ne torturait pas des animaux sur son tournage.




LE VENIN DE LA PEUR possède plusieurs montages différents. Ce soir-là, on aura droit à la version « intégrale », à savoir une copie italienne du film, plus longue que la version internationale doublée en anglais. Double plaisir donc, que de pouvoir revoir ce chef-d’œuvre sur la grande toile en 35 mm! Une belle opportunité pour savourer les délires visuels de Lucio Fulci qui nous convie à travers cette tortueuse histoire à s’affranchir de la réalité et à pénétrer dans les rêveries érotiques, violentes et hallucinatoires d’une jeune bourgeoise frustrée. Florinda Bolkan assassinant (vraiment?) Anita Strinberg; Jean Sorel couchant avec Sylvia Monti; des hippies sous acide et Stanley Baker qui enquête… Le tout, sur une musique démentielle d’Ennio Morricone. Monumental!

Situant son intrigue dans le Londres des années 70, swinguant et décadent, Fulci réussi une mise en abîme stylisée sur la perception et la culpabilité. Se servant de sa caméra à la main pour une approche nerveuse qui nous plonge dans une ambiance horrifique à la limite du psychédélisme. Les errements de son héroïne dans des décors souvent somptueux en font une suite de séquences subjuguantes à lourde charge érotique. Comme ce train remplit de gens nus, cette poursuite bien stressante dans l’Alexandra Palace déserté, cette séquence d’orgie qui tourne mal… Etrange et troublante imagerie, intrigue à la psychologie bien construite en font un des films les plus soignés de son auteur. Une pure merveille envoûtante de la première à la dernière image. D’avoir pu enfin le découvrir sur grand écran confirme qui s’agit-là d’un de mes films préférés. Merci au LUFF d’avoir exhumé ce joyau des années 70, période cinématographique riche et délirante, se permettant toutes les excentricités qu’on aurait bien peine à retrouver dans le 7ème art d’aujourd’hui…




Oh Nooo! Il faut retourner au Zinéma!… La suite du programme nous fait replonger en ces lieux pour mon premier long-métrage à découvrir dans la sélection « Gore Factor », un programme de « Midnight Movies » déjantés où tout n’est qu’étalage de mauvais goût et de blagues douteuses. Ce soir c’est découpage de membres humains avec un titre très approprié : CHOP de Trent Haaga. Superbe affiche, quand même!

Lance Reed est un mec normal qui menait une vie normale, avant qu’elle ne vire au cauchemar le jour où débarque un type terriblement rancunier qui ira très loin pour obtenir ce qu’il est venu chercher… Plus proche de la comédie noire que d’un véritable film d’horreur, ce premier long-métrage du scénariste de TOXIC AVENGER IV est une horrible descente aux enfers pour un ex-drogué qui voit se erreurs passées ressurgir pour venir lui découper petit à petit des bouts de son corps. Avec un humour décalé et quelques séquences gores bien efficaces, il transforme son odyssée tragique en petit jeu bien sadique. Avec peu de moyens mais des dialogues aux petits oignons, le réalisateur et sa distribution de seconds rôles bien gratinés réalisent une bande vidéo bien méchante et rigolote. Du cinéma de sale gosse qui donne un peu à réfléchir lorsqu’on traiterait un connu de « Cocksucker! » en le bousculant au détour d’un coin de rue. Oui? Nooooo….



Après ce petit moment récréatif, retour aux choses sérieuses. Heu… Retour aux choses bien déviantes devrais-je plutôt dire! Pour la dernière projection de la journée, on retourne très vite se réfugier au chaud à la Cinémathèque. A 22h30 aura lieu la première « Carte Blanche » autorisé à une autre personnalité du LUFF : Peaches Christ! Non plus la drag queen mais cette fois-ci son alter ego masculin Joshua Grannell.

Pour la présentation du film, elle/il se présente sur scène dénué de tout strass et vêtements extravagants. On se retrouve presque devant une personne « normale ». En apparence tout du moins, car Peaches/Joshua est ici ce soir pour nous offrir l’un de ses films préférés : LES SEINS QUI TUENT (Deadly Weapons) de Doris Wishman (1974). Une production « grindhouse » bien fauchée qui a au moins deux particularités ; celle d’avoir été réalisée par une femme et surtout d’avoir pour star la bien bustée Chesty Morgan et son monstrueux tour de poitrine de 182 cm! Du pur cinéma d’exploitation, bizarre et dégoûtant!

C’est complètement hallucinant de voir que le staff du LUFF a réussi à mettre la main sur une copie 35 mm de ce film totalement underground. En plus, il s’agit d’une version française et non une piste son originale en anglais. Les puristes - où sont-ils ? - pourraient tiquer mais il y a des doublages qui font « honneur » à leur version sonore d’origine… et même plus! Car, en français, les dialogues mornes et d’une banalité affligeante se retrouve revigorés par le surréalisme de certaines traductions; redonnant d’ailleurs au titre anglais un équivalent largement plus jubilatoire : LES SEINS QUI TUENT! Si ça ce n’est pas du grand spectacle! De plus, la copie présentée porte d’ailleurs un autre titre tout aussi équivoque : MAMMELL’ STORY! Oui, je sais…



Avec SUPER NICHONS CONTRE MAFIA (Double Agent 73) tourné en 1973 par la même Doris Wishman, Chesty Morgan fait à nouveau des ravages avec ces énormes seins. Ici, elle n’a malheureusement pas d’appareil photo implanté dans l’une de ses mamelles ni une bombe cachée dans l’autre; non, ici elle utilise simplement ses armes 100% naturelles pour étouffer les méchants qui ont cruellement fait assassiner l’amour de sa vie : un bel homme fatigué et bedonnant à la pilosité délirante. Qu’à cela ne tienne, c’est parti pour une vendetta à nulle autre pareille. LES SEINS QUI TUENT défie tout spectateur d’assister jusqu’à la fin à ses aventures inintéressantes au possible : un bain moussant dans sa baignoire, un strip show à Las Vegas ou encore lire tranquillement les nouvelles sur son canapé.

Techniquement, il s’agit d’un cinéma d’une pauvreté affligeante, à la cinématographie d’une fadeur exceptionnelle; avec des péripéties d’une mollesse incroyable et un sex-appeal à faire peur de la part de son interprète principale. Chesty Morgan est absolument effrayante; les nichons à l’air ou bien habillée de tenues improbables qui n’essaient même pas de la mettre en valeur au-delà d’une grosse masse de chair flasque et triste. Totalement « freaky »!! Les plus déviants reconnaîtront également à la distribution l’imposante moustache de l’acteur de cinéma porno Harry Reems, notoirement reconnu pour avoir fait participé son large sexe à la première « gorge profonde » de Linda Lovelace… Ici, il démontre clairement que tout son talent se trouve uniquement caché dans son pantalon. Au-delà d‘une curiosité déroutante, MAMMELL‘ STORY n‘est pas vraiment un film ni une réelle partie de plaisir. A subir, pour les plus téméraires des cinéphiles baignés dans l‘underground…


C’est assez violent de clôturer sa soirée avec une production « grindhouse » féministe. On pourra dire que Doris Wishman et Chesty Morgan auront contribué à fournir du « cinéma » d’une autre dimension avec cette pellicule improbable. A ce niveau-là, le LUFF est vraiment dans les tréfonds de l’underground pour en faire ressortir des choses vraiment incroyables. On craint autant que l’on se réjouit de la suite qui promet d’être toujours bien gratinée… Bonne nuit et à demain pour de nouvelles folles aventures « underground»!

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