samedi 22 octobre 2011

LUFF 2011 : Séance du vendredi

Pour un vendredi, ce fut une journée plutôt calme comparé au reste de la semaine. Non pas qu’il y ait moins de curiosités cinématographiques à découvrir… Le LUFF proposant un éventail d’événements divers assez conséquent pour ne pas avoir envie dormir durant plusieurs jours. Aujourd’hui, pour tout les absents de la Cérémonie d’Ouverture, il y avait une deuxième chance de pouvoir savourer le premier long-métrage de Joshua Grannell alias Peaches Christ - grand moment de cinéma bien délirant - qui fut à nouveau diffusé en salles; cette fois-ci, au Cinématographe… Ou alors, pour les plus coquins d’entre nous, voir et revoir la thématique « Vintage Fetish » de Maria Beatty; qui méritait quand même mieux que des diffusions à la chaîne dans les caves du Zinéma.

Pour ma part, j’ai pris l’après-midi « off » pour pouvoir mettre à jour les chroniques sur le blog… Car c’est quand même du boulot de vouloir soigner ses comptes-rendus afin de donner un aperçu le plus complet possibles de mes nombreuses pérégrinations à travers le festival. A 18h00, c’est à nouveau parti pour une soirée à enchaîner les projections de films à la Cinémathèque suisse. C’est tout de même largement plus agréable d’avoir à disposition l’écran géant de la salle Paderewski qu’un maigre petit bout de mur blanc dans une autre salle alternative.

Ce soir, le public retrouve donc la drag queen dans ses apparats masculins pour la présentation de sa prochaine « Carte Blanche ». Un choix qui rejoint tout à fait le style de films préférés de l’artiste; toujours dans la mouvance d’œuvres bien excentriques.

MAMAN TRES CHERE (Mommie Dearest) de Frank Perry (1981) est un film qui bénéficie d’un large « Cult Following» aux Etats Unis et est, curieusement, pratiquement inconnu en Suisse. Cela raconte la vie au quotidien de la célèbre actrice Joan Crawford, ici personnifié par la grande Faye Dunaway. Enième biopic d’une star de cinéma? Non, il s’agit plutôt d’un film revanchard basé sur un bouquin écrit par Christina Crawford, la fille adoptive de cette célèbre personnalité du 7ème art. Elle démontre, dans ses écrits relatés à travers le film, à quelle point sa « Maman Très Chère » était une femme épouvantable; agressant sans cesse sa progéniture, aussi bien verbalement que physiquement…

Réputé pour être un de ces « mauvais » films que l’on aime, MAMAN TRES CHERE mérite tout de même largement plus que ce statut dénigrant. C’est un gros mélodrame porté par une actrice de grand talent qui vire dans l’hystérie la plus complète. Cette mère maniaque et abusive est représentée de manière tellement excessive qu’elle peut autant déclencher une certaine hilarité qu’être totalement effrayant. A mi-chemin entre le film d’horreur et la comédie, MAMAN TRES CHERE est aussi un drame puissant qui se savoure également comme un véritable régal visuel en regard de l’incroyable garde robe de Joan Crawford… Ses coupes de cheveux délirantes et ses effets de maquillages outrageux... Pas étonnant qu’entre le kitsch et le classieux, l’élégance présumé de la star fasse les yeux doux aux amateurs de mode extravagantes.




Ambitieux mais trahi pour son « mauvais goût » et des performances que beaucoup jugeront très exagérées, MAMAN TRES CHERE est au-delà d’un sommet « trash » et de tous ses excès apparents. C’est avant tout un film incompris qui dresse un portrait pas très glorieux d’une ancienne gloire du cinéma américain; alcoolique, colérique, manipulatrice… Autant la star impressionnait au cinéma (fabuleuse MILDRED PIERCE), elle est ici représentée à travers sa propre fille comme un monstre inhumain aux fêlures apparentes qui cherchait à mener une vie de famille parfaite mais qui se révèlera être au final passablement désastreuse. Curieuse production que ce film, qui donne bien envie de se plonger dans la lecture du livre écrit par Christina…


Toujours dans la même salle, mais avec un public largement plus nombreux, la prochaine projection propose une exclusivité particulière entre image et son avec un « Ciné Concert » plutôt intriguant. La projection du film muet suédo-danois HÄXAN, LA SORCELLERIE A TRAVERS LES ÂGES (Häxan) de Benjamin Christensen (1922) mis en musique par Ghédalia Tazartès. Un musicien poète qui délivre un chaudron sonore entre musique traditionnelle et expérimentale où ses ritournelles hallucinées - gros travail de déformation de voix - sont très souvent bien envoûtantes et renforce l’expérience visuelle proposé par le film.

HÄXAN se présente comme une sorte de documentaire alignant en plusieurs tableaux des représentations de la sorcellerie à diverses époques. Du Moyen-âge à la psychiatrie moderne en passant par les dérives de l’Inquisition. Aujourd’hui encore, après presque 90 d’âge, HÄXAN est toujours aussi impressionnant, puissant à voir dans ces démonstrations souvent extrêmes des séquences de tortures, sabbath, nonnes hystériques, dépravations sexuelles, apparitions de démons et même de Satan en personne! Les images sont somptueuses et les effets spéciaux d’époque restent encore étonnant face aux standards actuels. Une production démente, parmi les plus incroyables que nous offrira le cinéma! Et de le (re)découvrir sur grand écran amplifie le choc ressenti à sa vision. L’alternative « Ciné Concert » lui offrant un bel écrin pour cette projection malheureusement quelque peu gâchée par le musicien qui loupa sa sortie musicale avec une interprétation un brin trop moderne sur la fin… Tranchant radicalement dans ses toutes dernières minutes avec la réussite de l’ensemble de sa réussite musicale. Un bémol mineur qui ne gâcha que très partiellement le plaisir de cette revisitation.




Pour terminer la soirée, rien de mieux qu’une nouvelle et réjouissante « Carte Blanche » proposé par Stephen Thrower. Pour terminer sa sélection de longs-métrages bien particuliers, il propose ce soir, après UNE VIERGE CHEZ LES MORTS-VIVANTS, un autre film de Jess Franco : SHINING SEX ou LA FILLE AU SEXE BRILLANT!

Une production bien spéciale qui, contrairement au précédent Franco, s’adresse davantage aux fanatiques « hardcore » du cinéaste. Car SHINING SEX est un film vraiment étrange, stylistiquement on s’approche du forme de « free jazz » du 7ème art. Jess Franco laissant vagabonder sa caméra sur le corps de la comédienne Lina Romay - compagne du cinéaste - explorant sans détour tous les recoins de son anatomie; en particulier son sexe complètement rasé.

SHINING SEX est un film érotique qui dilate le temps, présente des séquences langoureuses à n’en plus finir… Devenant au choix d’un ennuyeux réellement mortel voire, au mieux, un véritable voyage visuellement très hypnotique, comme sous l’emprise de narcotique… Cette histoire aux relents de science fiction - mais oui! - propose une aventure sexuelle très étrange, alignant des séquences déroutantes via des dialogues d’un autre monde; entre stupeur et hilarité. Lina Romay y est sans aucun doute au sommet de beauté, toujours aussi indécente face à la caméra de son compagnon. On y trouve aussi Monica Swinn dans le rôle surréaliste d’un médium lesbienne et puis également Jess Franco lui-même à l’écran jouant un psychiatre capable de ressentir à distance les relations sexuelles des créatures humaines d’une autre dimension!

Cinéma halluciné hallucinant, SHINING SEX est une production minimaliste tourné dans des chambres d’hôtel au délirant design seventies et où les beaux paysages désertiques d’Espagne donnent une touche quasi-fantastique à un long-métrage curieux mais non dénué d’intérêt pour les plus francophiles d’entre nous!

Une fois la projection terminée, qui a dû sans doute dérouter pas mal de monde, ainsi s’achève la soirée sur une note sexualo-futuriste de loin pas désagréable. Comme drogué au sortir de la séance…


La soirée au LUFF se poursuit bien entendu par une ribambelle de concerts à la salle des Fêtes où il y a foule pour se prendre des sonorités bien underground plein les oreilles. Après quelques verres et des discussions entre connaissances ayant été voir le « torture porn » choc THE BUNNY GAME, désormais interdit sur le sol anglais; je prend congé du LUFF au milieu de la nuit, faisant face au froid en tenant bien contre moi un livre sur Lucio Fulci que j’ai pris plaisir à faire dédicacer au spécialiste Stephen Thrower en personne. Pour la suite du programme LUFF, ça sera pour demain. Bonne nuit!

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