dimanche 16 octobre 2011

LUFF 2011 / Concert d'Ouverture : DIAMANDA GALAS


Ca y est, le Lausanne Underground Film & Music Festival complète sa première décennie avec cette nouvelle session d’une manifestation culturelle à nulle autre pareille. Et pour bien fêter sa dixième année, les organisateurs nous ont concocté un programme merveilleusement alléchant avec de nombreuses pellicules bien particulières et des concerts qui s’annoncent sacrément gratinés. Alors que le LUFF s’est ouvert discrètement hier soir par un concert de la chanteuse-poète Diamanda Galas, les festivités cinématographiques ne débuteront réellement que mardi prochain en tout début d’après-midi où les plus gourmands des spectateurs pourront se taper une tranche de VIERGE CHEZ LES MORTS-VIVANTS dans la petite salle du Zinéma, avant même l‘officielle Cérémonie d‘Ouverture et la promesse d‘un drag show qu‘on se réjouit de découvrir en « live »! Ai-je bien lu le programme… Jess Franco au LUFF? J’en rêvait et bien ça arrive enfin… Etrange quand même la vie, non?


15 octobre 2011. Samedi soir. Après une bonne gorgée d’air frais et d’un ciel bleu d’automne, la nuit revêt inexorablement son manteau du soir... Dès 20 heures, les portes des Docks s’ouvrent devant une foule clairsemée venue assister au rituel musical d’une artiste sombre et émouvante à la voix de cristal : Diamanda Galas. Alors qu’elle avait annulé ses 3 précédents concerts, Diamanda est bien arrivée vendredi à Lausanne et sera en pleine forme dès 21 heures sur la scène. En attendant, le public pénètre les lieux enfumés du bâtiment; l’occasion de croiser des visages familiers que l’on ne semble apercevoir qu’au détour du LUFF : des superbes, des grotesques, des « normaux », des extravagants qui s’affichent dans leurs plus belles tenues savamment étudiées… Une blonde aux longs ongles écarlates; des converses blanches aux pieds et une chatoyante paire de leggins couleurs léopard qui attire tous les regards. A côté de moi, une naine - comprendre « petite personne » - avec une bête morte en guise d’écharpe pour se protéger de la morsure du froid. « Un renard argenté de Sibérie » clame son assaillant aux tatouages romanesques qui l’accoste avec un sourire carnassier avant de lui lécher la main d’une douce caresse amicale. Le LUFF a bien définitivement commencé, le « dress code » et les attitudes sortant de l’ordinaire vont enfin envahir notre quotidien durant ces prochains jours… Et alors que les lumières s’estompent et que l’obscurité reprend ses droit sur la lumière de la scène, Diamanda Galas fait son entrée pour se mettre directement assise devant son instrument pour la soirée : un beau piano jusque là baigné dans un halo bleu.




L’artiste, à la longue chevelure de sorcière; entre la star glamour et une créature reptilienne dont les bras aux longs doigts percutent les touches blanches de son instrument, nous fait immédiatement pénétrer dans son univers aux multiples facettes comme autant d’émotions contrastées qui nous assaillent pendant plus d’une heure que durera ce voyage aux mélodies torturées mais ô combien subtiles et diablement puissantes. Diamanda Galas a une voix d’un autre monde. Démarrant comme une pièce musicale qu’on jugerait tirée d’un opéra baroque, la dame en noir nous transperce instantanément de vocalises subjuguantes. Au sein d’un même morceau, les altérations de sa voix brute ne s’embarrassent pas d’essayer de se frotter aux sons mélodieux; tout ceci au nom d’une émotion aux frissons 100% authentiques. Chaque nouvelle œuvre qui ponctue ce concert - intimiste malgré l’affluence massive d’un public hypnotisé dès la première seconde - est un tour de force remarquable qui se savoure comme une performance intense où Diamanda repousse les limites de sonorités jusqu’à la torture; comme si la musique s’acheminait en nous jusqu’à violer notre cerveau. Ce n’est pas toujours plaisant, voire facile d’accès, mais reste sans aucun doute inoubliable. Pour le meilleur ou pour le pire.


A chaque clôture brutale d’un morceau de musique qui se termine sous les applaudissement vrombissants d’une foule apparemment sous envoûtements, Diamanda vide des décilitres d’eau sans doute pour bien soulager ses cordes vocales mises à rudes épreuves. Posée sous le petit banc où reposent ses fesses, une bouteille d’eau percute le talon d’une de ses bottines noires et à la renverse se déverse avec passion son litre de flotte sur le plancher de la scène; inondant quelque peu le terrain d’expérimentations de l’artiste où elle bat le rythme de ses pieds en faisant de légères éclaboussures. Malgré l’accident malencontreux, rien ne perturbera l’artiste dans son jeu et toute la passion qu’elle injecte à chacune de ses interventions sur son beau piano.


Le minimalisme du concert est porté par le brillant travail d’un jeu de lumières qui change à chaque nouvelles chansons, inspirant diverses ambiances sophistiquées qui nous plongent dans une atmosphère délectable et à la lisière du fantastique. Adjoint à un son puissant qui fait honneur à l’instrument humain qu’est Diamanda Galas, le résultat est percutant et éprouvant. Les différents rappels du public alors que le concert se termine par deux fois, nous en font demander davantage comme des drogués de musiques plus que jamais étrangement lyriques. Et ce n’est pas un connard du public, décidé à se mettre à parler plus fort que de coutume, qui mettra un terme à l’envoûtement. Même Diamanda ira d’un sarcastique « Shut up! » inséré dans son morceau final à l’adresse de l’inopportun. Une manière comme une autre qui rappelle que Diamanda Galas est une artiste « underground » qui ne plaira jamais à tout le monde; sa musique spécifique troublante et souvent dérangeante demandant un effort d‘attention bien particulier de la part de son public pour en révéler toute sa richesse bien au-delà d'une simple écoute passive. Et de voir, à la fin de la performance de la chanteuse-poète, les spectateurs sous le charme se précipiter pour acquérir un disque, un poster ou encore un de ses T-Shirts « pièce unique » spécialement peint par l’artiste elle-même; on se dit qu’elle n’a laissé personne indifférent ce soir-là!

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