vendredi 8 juillet 2011

NIFFF 2011 / Day 8

NIFFF 2011 / Day 8 : 8 juillet 2011

Etrange paradoxe... Alors que le NIFFF 11ème édition touche gentiment à sa fin, les séances de cinéma débutent bien plus tôt comparativement aux autres jours de la semaine. Ce vendredi matin, plus le temps de traîner trop longtemps au lit ou encore de flâner à boire des coups sur une terrasse au soleil (à l'ombre, pour ce qui me concerne)... Il faut carrément décaler sa pause déjeuner car les projections débuteront jusque un petit quart d'heure après les douze coups de midi. Aujourd'hui le programme est toujours bien diversifié avec 6 films à voir sur grand écran, des productions diverses allant des dernières nouveautés aux séances uniques de précieux films cultes. Dans le lot, je vais néanmoins sacrifier ma séance de 17h30 pour faire une large pause avec des amis que je retrouverai autour d'une bonne table pour un repas chaud; tradition établie chaque année par Lukas qui est un aussi fin adepte des plaisirs culinaires que de ceux issus de la grande toile. Du coup, je n'irai finalement pas voir le polar coréen intitulé THE UNJUST; une belle réussite d'après ce que j'ai pu en savoir de la part de connaissances qui l'ont vu. Mais bon, tant pis (Bontampi... Aaargh, le gag trop nul!) il faut parfois savoir faire quelques concessions et soigner son estomac. Une occasion pour se reposer un peu les yeux tout en se remplissant la panse...

Là, il est déjà midi et c'est déjà l'heure de mang... Heu, de se faire le premier long-métrage du jour. Et l'on commence fort cette journée marathon car il nous est donné la chance de découvrir le dernier film du réalisateur de THE SUICIDE CLUB sur la toile géante du Temple du bas. Ca s'appelle GUILTY OF ROMANCE (Koi No Tsumi) et la thématique que nous propose le réalisateur est la prostitution. Tout un programme!

Si son long-métrage est sexuellement explicite et particulièrement violent, c’est avant tout une ode à la femme japonaise à travers 3 différents personnages féminins. Une femme flic, une enseignante et une femme au foyer. A travers chacune d’elle le réalisateur décrit leurs envies, désirs et frustrations. Véritable travail d’orfèvre de la part de Sion Sono qui met ici en scène une œuvre particulièrement prenante, forcément désarçonnante lorsqu’on connaît le style visuel de son metteur en scène.

Très graphique, GUILTY OF ROMANCE n’est pas une œuvre de grand timide et se montre très frontal dans sa description des obsessions liées au sexe. Son film n’est de loin pas racoleur et toutes les séquences à caractère sexuel s’affichent comme une démonstration de la mécanique psychologique à travers ces trois jeunes femmes particulièrement perturbées. GUILTY OF ROMANCE n’est donc pas qu’un banal film érotique déviant. Il comporte une vrai richesse scénaristique, assez foisonnante et pour le moins surprenante. Il va jusqu’au bout de son sujet, sachant se montrer souvent audacieux et drôle, contournant les figures établies des actes sexuels et autres soumissions révoltantes pour mieux en révéler les perversions à travers desquelles les femmes s’accomplissent…

Tour à tour cocasse et incroyablement sérieux, ce long-métrage vraiment particulier n’est donc pas loin d’être une œuvre servant la cause des femmes japonaises avec un vrai discours et une vision perturbante de leur propre condition, à travers le corps et l’esprit. Adjoint à un scénario brillant, Sono offre à nouveau un travail visuellement somptueux où, formellement, il expérimente sans cesse; à la recherche d’ambiances incroyablement contrastées. A la fois glauques ou colorées voire même surréalistes, les images de GUILTY OF ROMANCE sont très puissantes. Tout comme la fabuleuse performance de Megumi Kagurazaka qui incarne la femme d’un écrivain sans arrêt absent et que va entièrement se révéler en fréquentant les milieux du sexe. Comme ce fut le cas avec les précédents travaux de cet auteur, le nouveau long-métrage de Sion Sono est une véritable bombe qui ne devrait laisser personne indifférent! Incontournable!




Wow! Quel plaisir de débuter la journée avec un film pareil! Il faut dire que, pour ma part, il y avait peu de chance que je soit déçu par GUILTY OF ROMANCE; étant un fan de la première heure des longs-métrages - à la fois audacieux et complètement cinglés - de cet artiste qui ne cesse de me surprendre. Après une projection pareille, on aurait presque envie de s’isoler pour le garder en soi encore un bon moment, y repenser et réfléchir, à le savourer le plus longuement possible… Mais voilà, ce genre de perspective en festival est quasiment impossible lorsqu’on ne fait qu’enchaîner les diffusions de films à un rythme soutenu. Il n’est pas loin de 14h30 et le prochain spectacle est déjà dans une petite demi-heure. Heureusement, je n’aurai pas à courir dans les petites ruelles de Neuchâtel pour être à l’heure à la prochaine séance; celle-ci se déroulant également au Temple du Bas.

L'Amérique n'est plus qu'un chaos politique et économique depuis qu’une terrible épidémie s’y est propagée. Et pas des moindre, puisqu'il s'agit de vampirisme. C'est dans cet enfer sur terre que Martin, un adolescent, rencontre un chasseur de ces monstres aux dents pointues. Aidé de celui-ci et des rencontres qui jalonnent son périple, il se dirige vers le Canada, encore épargnée par l'épidémie. Encore faudra-t-il pouvoir échapper aux buveurs de sang et aux fanatiques religieux...

LA ROUTE avec des vampires filmé par Terrence Malick... Voici comment on a réussi à me vendre STAKE LAND, cette énième histoire sur un des mythes fantastiques les plus éculés du cinéma. Présenté comme ceci, il est vrai que c’est plutôt alléchant. Hélas, le résultat reste très classique et ne se fatigue pas trop à essayer d‘innover dans son domaine. Même en y injectant les éléments d’un « survival movie » avec sa description d‘un monde apocalyptique, cela ne reste guère ambitieux et palpitant. Lent et ennuyeux à défaut d’être fascinant et contemplatif, il présente toutefois une intrigante thématique avec son approche de la religion et de ses fanatiques. Mais tout ceci n’en rend pas pour autant le sujet passionnant, se contentant d’une critique décrivant sommairement différentes dérives aux conséquences désastreuses. Il m’en faudrait davantage pour que je n‘aie pas à lutter contre mes propres paupières bien lourdes, essayant tant bien que mal de ne pas sombrer dans un sommeil profond. Pénible séance de cinéma… Au final, le spectacle fut relativement longuet et plutôt conventionnel; dont il ne me restera finalement pas grand-chose à la sortie de la salle.



Du coup, j’en regrette presque d’avoir modifié mon programme du NIFFF à ce moment-là, moi qui avait prévu d’aller déguster LE SANG DES TEMPLIERS (Ironclad) de Jonathan English, furieuse épopée en costumes où l’intégralité d’une distribution faite de guerriers s’en va croiser le fer dans l’Angleterre du XIIIe siècle. Aux dires d’amis spectateurs, si le divertissement ne fut pas mémorable, il restait furieusement efficace. Sans doute que j’aurai davantage apprécié ce dernier que j’aurais finalement bien échangeé contre mes vampires globe-trotter…

Milieu d’après-midi. C’est l’heure d’une (longue) pause. Comme prévu, j’abandonne l’idée d’aller découvrir THE UNJUST (Bu-Dang-Geo-Rae) de Seung-Wan Ryoo pour enfin savourer la tranquillité et les bonnes odeurs de la terrasse couverte du restaurant La Taverne, située juste à côté du complexe des salles de cinéma Apollo. Comme quoi, à Neuchâtel rien n’est jamais trop loin du NIFFF. Cela permet aussi de ne pas rester trop à distance de l’ambiance d’un festival dont on perçoit, en tendant quelque peu l’oreille, la musicalité des stands de bières à proximité.

Entre ami(e)s, c’est toujours un plaisir de savourer une bonne fondue en pleine air… « La Sybérienne » ne faisant pas long feu face à notre dextérité dans le maniement des baguettes en alignant sans interruption une sacrée belle quantité de morceaux de pain trempés dans cette mixture des dieux…Un pur régal! Et il faut dire que cela fait le plus grand bien de se poser durant presque 3 heures afin de mieux digérer la suite d’un programme nocturne qui s’annonce monumental, ne serait-ce que pour le film qui va suivre!!!

C’est avec joie que notre joyeuse bande de cinéphiles se retrouvent au détour d’une séance de cinéma avec HOUSE (Hausu) de Nobuhiko Obayashi (1977). Premièrement, c’est un véritable plaisir de découvrir à nouveau sur grand écran cette petite pellicule déjantée - après une projection à Genève dans le cadre d’un festival alternatif - et cette fois-ci dans des conditions idéales. Et deuxièmement, de le revoir en compagnie d’ami(e)s qui ne l’ont jamais vu jusqu’à présent… Quel choc cinématographique à se prendre en pleine tronche! Car ce long-métrage de maison hantée est un véritable tour de force visuel, alignant des tonnes d’idées à travers une mise en scène constante faite de formes et de découpages audacieux, de couleurs et de sons incroyables; dans un esprit totalement psychédélique à vous faire exploser les rétines. Obayashi est un conteur d’une créativité bouillonnante qui ne s’arrête jamais.

Voir HOUSE aujourd’hui ne lui enlève rien de sa délirante folie formelle et demeure l’un des films les plus dingues de l’histoire du cinéma. La séance de ce soir se déroula dans un esprit bon enfant, les spectateurs découvrant avec surprises les multiples qualités d’un film qui surprend à tout moment au détour de séquences horrifiques pimentées d’un humour délicieusement décalée. Sur un rythme sans temps mort, Nobuhiko Obayashi nous fait littéralement halluciner sur près de 90 minutes qui ne faiblissent jamais, renouvelant sans cesse l’excellence d’un style qui ne ressemble à aucun autre. Une œuvre sans précédent, un pur moment de cinéma à sensations. Grandiose et inoubliable!





Quel enthousiasme en sortant de la salle du Rex! HOUSE a apparemment fait son petit effet et nous redonne la pêche malgré l’heure déjà bien avancée de la soirée. En bonne forme pour la suite du programme qui nous emmène cette fois-ci à poser nos fesses sur les ô combien agréables chaises en plastique de la salle du Théâtre du Passage 2. Sans doute la salle de torture cinématographique par excellence où, ironie dans la programmation du festival, a lieu la dernière projection de la sélection de longs-métrages adaptés des romans de Jack Ketchum. Un endroit parfait pour endurer des histoires qui nous révèle la cruauté et la sauvagerie de l’être humain. L’écrivain est présent dans la salle, introduit par Anaïs Emery - grande prêtresse du NIFFF - pour nous présenter cette fois-ci un film co-réalisé par Trygve Allister Diesen & Lucky McKee qui date déjà de 3 ans.


RED raconte l’histoire d’un homme solitaire qui recherche justice et rédemption lorsque trois adolescents tuent son chien sans raison… L’écrivain a écrit son roman en se basant sur une histoire vraie. En découle un projet de film qui semble être davantage destiné pour le petit écran que pour les grandes salles de cinéma.

Avec ces allures de téléfilms à la distribution prestigieuse - on y croise tout de même l’excellent Brian Cox ainsi que Tom Sizemore et Amanda Plummer, de même que Robert Englund! - RED veut nous plonger dans les ténèbres de la nature humaine au détour d’un drame animalier qui ne pourra sans doute toucher que les spectateurs émus par la brutale et très triste disparition d’un banal cabot. Ce qui devait découler d’une vengeance bien tendue et brutale sur un groupe de petits cons est en fait une narration pépère où les discussions cordiales prennent le pas sur l’action. Au lieu d’en faire trop et de partir dans l’excès, RED essaie vainement de nous émouvoir au détour de l’interprétation sans fausse note de son interprète principal. Hélas, tout ceci est bien mou du genoux, sage et bien trop propre. Rien de bien déshonorant à voir, mais qui se suit en bâillant poliment tout en attendant patiemment de voir arriver le générique de fin.

Cette deuxième découverte au cinéma de l’univers de Jack Ketchum est donc bien loin de la grande réussite de THE GIRL NEXT DOOR qui était autrement plus percutant. Dommage. En même temps que cette projection, j’aurais peut être dû rester au Rex pour voir Rutger Hauer faire son HOBO WITH A SHOTGUN. Je me serais sans doute davantage amusé que de voir ce vieux monsieur qui n’arrive pas à pleurer la mort de son toutou…

Minuit. Encore soixante minutes à patienter avant l’ultime pellicule bien barrée de la soirée. Et quel film! Voir la production « troma » tisante THE TOXIC AVENGER de Michael Herz & Lloyd Kaufman (1984) avec son super-héros venu du New Jersey! Peut-on faire plus foufou pour clôturer cette 8ème journée marathon de festival? Du classique cinéma trash! Un chef-d’œuvre de cinoche poubelle, porte-étendard de l’arme ultime pour buter du méchant : la serpillière !



La salle est en plein hystérie collective alors qu’on nous amorce un petit jeune venu gueuler sa présentation dans son micro grésillant. Hurlements et sifflets, balancez-nous le film! THE TOXIC AVENGER commence par le meilleur, à savoir la diffusion de sa propre bande annonce. De quoi déjà s’envoyer un best-of de ce qu’on va voir par la suite… Ringard mais presque salvateur tellement la fatigue m’absorbe durant cette séance de cinéma où je somnole plus que je ne rigole. Mais bon, le personnage du « Vengeur Toxique » je le connais par cœur pour avoir vu et revu son histoire à maintes reprises… De ce fait, je ne culpabilise pas trop d’avoir bien roupillé à ces exploits projetés sur la grande toile. Il y a un moment où le trop plein d’émotions vous renferme vers le pays des rêves et des cauchemars. Il faut savoir aussi s’y plonger lorsqu’on en a besoin…


A deux heures du matin, je rentre en traînant les pieds, les yeux à demi-fermés vers ce qui restera le réceptacle de ma dernière nuit avant la fin des festivités de cette onzième édition du festival du film fantastique de Neuchâtel. Encore quelques heures à dormir avant les dernières projections et la clôture du NIFFF. Sur le chemin qui me mène au lit, je croise un visiteur en balade le long d’un mur; perdu ou paniqué, qui sait peut-être même saoul : un hérisson. Salut l’ami! Toi aussi, tu sors de ta tanière dès que la nuit jaune s’étend dans les ruelles nocturnes? Je n’attendrai pas sa réponse, mon lit m’appelle et je ne veux pas trop le faire attendre… Bonne nuit! Ou bonne (courte) sieste devrais-je plutôt dire…

2 commentaires:

Au revoir...

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