mardi 5 juillet 2011

NIFFF 2011 / Day 5

NIFFF 2011 Day 5 : 5 juillet 2011

Contrairement à la journée précédente, les diffusions de films vont désormais débuter largement plus tôt dès à présent. Non pas qu'on se retrouve assis dans une salle dès 9 heures du matin comme les plus téméraires des journalistes qui assistent aux séances réservées à la presse, mais cela ne nous laisse pas non plus trop le temps de traîner et surtout pas d'avancer tranquillement dans la rédaction des chroniques de festivals... J'utilise donc les quelques heures qui me sépare d'une journée de festival à une autre pour pouvoir me reposer un minimum et essayer surtout de faire un repas plus ou moins équilibré. Car, pour cette dernière chose, ce n'est pas forcément évident. Surtout que le fait de voir s'étaler des litres et des litres de sang bien rouge sur grand écran, cela ne donne pas vraiment envie de se taper un gros steak. Le NIFFF nous transformerait-il progressivement en végétarien? Rien n'est moins sûr... Dans tous les cas, en ce mardi de festival, on commence quand même en douceur avec la diffusion d'un long documentaire sur l'invité majeur de cette onzième édition du NIFFF : Herschell Gordon Lewis.

Intitulé THE GODFATHER OF GORE, voilà un précieux long-métrage qui revient complètement sur l'entière carrière de son auteur à grands renforts d'extraits de films et d'entretiens avec ses plus proches collaborateurs, notamment son producteur et ami de toujours David Friedman. On a aussi droit à quelques sympathiques participations de fans de la première heure, dont l'inusable John Waters; toujours là où il y a du bon goût; ou encore la photographe de "Playboy Magazine" Bunny Yeager. Mais ce qui est surtout très intéressant, c'est de comprendre comment le bonhomme en est venu au cinéma gore en passant par la case des "nudies". Il débuta donc par ces petites bandes érotiques absurdes où l'on trouvait n'importe quel prétexte pour pouvoir dénuder de jolies demoiselles devant une caméra. C'est ainsi qu'il réalisa ces premières oeuvres coquines comme THE PRIME TIME, LIVING VENUS ou encore THE ADVENTURES OF LUCKY PIERRE. Le documentaire nous autorise même à découvrir des images de ces films qui, selon les connaissances de son auteur, sont absolument introuvables. Et il ne le regrette pas tellement il juge son propre travail d'alors comme ayant produit des films misérables... mais qui ne coûtaient pas grand chose et rapportaient beaucoup d'argent. Un pionnier en son genre, lucide quand à la qualité de son travail qui est davantage un business financier qu'un plan d'oeuvres artistiques.



Le cheminement professionnel d'Herschell Gordon Lewis est remplit d'anecdotes cocasses, jusqu'à son entrée dans le monde du cinéma d'horreur graphique avec le succès qu'on lui connaît. THE GODFATHER OF GORE retrace l'histoire de la création de chacun des ses longs-métrages, effectue même un voyage nostalgique vers la ville qui servit de décor pour 2000 MANIACS et propose même un petit montage alternatif d'un film que le réalisateur n'a jamais terminé : AN EYE FOR AN EYE. Le documentaire co-réalisé par Frank Henenlotter est un pur délice pour les cinéphiles les plus curieux car il débouche sur une mine d'informations considérables sur cet auteur essentiel du cinéma gore. Et puis aussi le nombre hallucinant d'extraits d'archives présentant des amorces de bobines ainsi que des instants de tournage et autres prises alternatives sur ces petites perles qui ont fait l'histoire du film d'horreur. Il va sans dire que c'est d'ores et déjà un monument indispensable à tous les amateurs du genre.

A la suite de cette diffusion en DVD un peu trop pixellisé sur grand écran, on continue le programme de la journée qui nous amène à une rencontre avec le gentleman au détour d'une conférence public menée par Julien Sévéon, journaliste chez Mad Movies. Ce même gaillard qui place ce réalisateur comme l'un des pionniers du cinéma au détriment d'un Sergei Einsenstein ou d'un Jean-Luc Godard. Où quand le cinéma s'avère davantage un spectacle proche d'un "Freak Show", au-delà de tous messages et intellectualisation du médium. En complément du documentaire que l'on vient de voir, l'entretien avec le monsieur s'avère quelque peu répétitif en regard des tonnes d'informations révélées par le film. Mais Herschell Gordon Lewis est tout de même passionnant à écouter... Ce vieil homme charmant et distingué garde toujours un enthousiasme de jeune gamin lorsqu'il parle de son travail. Un discours qui est parfaitement calibré avec humour et fortes anecdotes; on sent bien toute la fibre d'un businessman qui sait ce qu'il fait et ce qu'il veut offrir à ses spectateurs. On apprend également que l'on retrouvera Lewis au cinéma très prochainement avec un nouveau long-métrage qui s'intitule THE UH-OH! SHOW. Une possible nouvelle date dans l'histoire du gore? A découvrir, peut-être, durant le NIFFF 2012...




La discussion touche gentiment à sa fin et c'est le moment pour les fanatiques les plus accros d'approcher le réalisateur pour une séance de dédicace qui ne durera pas moins d'une demie-heure. Herschell Gordon Lewis prend son temps, découvre les différentes jaquettes VHS/DVD/Laserdisc de ses films dans diverses éditions; qu'elles soient américaines, anglaises, françaises, japonaises, allemandes... Et puis il y a aussi cet admirateur qui déroule deux immenses posters de BLOOD FEAST et 2000 MANIACS. "It's my personnal favorite!"... Le réalisateur cherche toujours le bon angle pour apposer sa très belle signature toujours écrite avec une certaine classe. Lewis est décidément un homme qui s'émerveille encore totalement au milieu de son public qui lui démontre une véritable tendresse en s'affichant à ses côtés. La rencontre fut agréable. Un bon moment en compagnie d'un grand hommes d'affaires du cinéma d'horreur...

Et cela n'est pas encore fini vu que la prochaine diffusion d'un de ses films va suivre très prochainement en salle 3 du cinéma Apollo. Il est temps pour moi d'aller rejoindre la file d'attente pour pouvoir pénétrer dans la petite salle de projection, m'asseyant quasiment au premier rang pour découvrir sa dernière oeuvre des 70's avant une pré-retraite cinématographique : THE GORE GORE GIRLS!!

C'est avec cette histoire qui date aujourd'hui de presque 40 ans d'âge, qu'Herschell Gordon Lewis faisait ses adieux au cinéma gore. Paramount Pictures et certains autres grands studios hollywoodiens commençant gentiment à investir le genre avec de gros moyens financiers, c'est l'occasion pour le cinéaste d'offrir une dernière escapade dans l'horreur bon marché et ô combien festive! Il nous invite ici à suivre une enquête policière menée par un détective privé assez cynique qui fait de l'humour alors qu'un nombre de plus en plus inquiétant de prostituées sont décimées par un mystérieux tueur...



Voici un véritable festin gore toujours plus impressionnant à suivre. Le réalisateur y injecte une bonne dose de séquences comiques qui sont, pour une fois, absolument volontaires... Son film est amusant à suivre et il assure un spectacle sanglant qui vaut à lui seul le prix d'une entrée de cinéma. Il faut dire qu'en alternant les séquences d'effeuillages de ses comédiennes et des meurtres toujours très créatifs, il a trouvé la formule adéquate pour un public adepte de plaisirs sauvages. Et même si le schéma de ce film, de même que tous les autres qui l'ont précédés, est toujours similaire, les situations répétitives n'empêchent aucunement le charme rétro de THE GORE GORE GIRLS de fonctionner à plein régime. Il s'agit là de pur cinéma d'exploitation, réalisé sans moyens mais avec un coeur gros comme ça. Et c'est sur cette note positive que se termine la rétrospective dédié à Herschell Gordon Lewis, un visionnaire parmi ses produits cinématographiques puissamment suggestifs. Un rencontre avec un monstre sacré qui reviendra sur le devant de la scène pour partager quelques anecdotes avec son public sur ce dernier film avant de revenir nous appâter avec une possible diffusion de son ultime long-métrage à venir en 2012. Le rendez-vous est pris, on en trépigne déjà d'impatience!

Avec tout cet élan nostalgique, on en oublierait presque qu'au festival de Neuchâtel il y a aussi d'autres choses à voir qui sont bien plus récentes; comme la sélection de longs-métrages concourant dans la "Compétition Internationale". Il s'agit-là de films qui m'intéressent largement moins qu'une rétrospective permettant de voir et de (re)découvrir de grands classiques, mais la projection de 19h30 s'annonce tout de même comme un grand moment de fantastique puisqu'il s'agit de la diffusion du fameux TROLLHUNTER de André Øvredal que j'impatientais déjà de voir à peine que le festival ait débuté. Je vais enfin pouvoir apprécier ce long-métrage qui m'a l'air tout simplement jouissif!

Contrairement aux autres projections auxquelles j’ai assisté jusque là, celle de ce film venu tout droit de Scandinavie fait rapidement salle comble. Il faut dire que suite à la séance de vendredi passée, TROLLHUNTER s’est déjà créé un petit « buzz » et reste le film à découvrir absolument durant ce NIFFF cuvée 2011. Et le public aura raison car il lui offre un véritable triomphe durant une séance de cinoche bien survoltée...

Cette histoire se déroulant dans les grands décors naturels de Norvège où, en pleine nuit, grouillent de vilaines bestioles : des trolls. En compagnie d’une jeune équipe d’étudiants qui essaient tant bien que mal d’effectuer un reportage sur un chasseur aux talents inhabituels venus mettre de l’ordre dans tout ce bordel. Original, à la fois horrifique et drôle, ce film parvient à établir un bon équilibre où le rire n’empiète jamais sur la peur… et vice-versa!

Beau mélange qui abouti à une sacrée réussite technique, aussi affolante qu’impressionnante, avec des créatures moches, démentes, qui foutent les boules... Prises sur le vif dans leur environnement nocturne, les trolls sont de véritables monstres de cinéma, si fascinants et terrifiants qu’une batterie d’effets spéciaux ultra-convaincants nous persuadent de leur possible existence. Le réalisateur utilise judicieusement l’environnement de son film pour en faire un terrain d’expérimentations pour « parc à trolls », proposant ainsi une perspective innovante pour illustrer le monde de ces créatures de contes et légendes. Ne virant jamais dans des excès qui l’aurait condamné à la parodie, Øvredal trouve le juste ton pour raconter son histoire avec une ambiance décalée qui fait souvent mouche. On en ressort complètement emballé par le concept, la réalisation, le ton d’ensemble et son humour qui marche à 100 à l’heure. Un excellent spectacle qui fit le bonheur des festivaliers, assurément le "Prix du Public" de cette édition, à n’en point douter!



C’est tout juste 21 heures lorsque je pointe mon nez dehors de la salle. Les rues sont remplit de monde, chacun savourant selon son envie une bonne bière ou alors une saucisse fraîche de la région. L’ambiance conviviale du NIFFF inviterait presque à prendre une petite pause… Si seulement on en avait le temps. Alors que des amis s’en vont découvrir la toute dernière production « Hammer » avait WAKE WOOD, j’ai finalement décidé de laissé tomber ma découverte d’OFFSPRING basé sur un roman de Jack Ketchum. Ayant eu la chance d’avoir pu entendre l’avis guère motivant d’Annick sur ce film en particulier, je décide finalement d’aller redécouvrir L’AU-DELA (E Tu Vivrai Nel Terrore - L'Aldilà) de Lucio Fulci (1981) sur grand écran. Une belle opportunité de revoir ce chef-d’œuvre d’ambiances nauséabondes en « grand large » et puis aussi d’assister à la présentation qu’en fera son interprète principale, la charmante Catriona MacColl. Car oui, la comédienne est bien présente au NIFFF et nous gratifie de pas loin d’une bonne vingtaine de minutes de souvenirs d’une époque passée aux côtés Lucio et de ses films d’horreur incroyablement graphiques dont la comédienne pensait qu’ils ne seraient qu’une passade dans sa carrière et que personne (ou presque) ne les verraient jamais. Le reste est entré dans l’Histoire. L’AU-DELA étant considéré comme l’un des sommets de son auteur, il garde encore aujourd’hui son parfum et les couleurs de mort pour une odyssée au cœur des ténèbres et du macabre. Ravie d’être présente et de pouvoir découvrir une nouvelle génération de spectateurs venus admirer cette œuvre d’une morbidité époustouflante sur la grande toile. Belle introduction pour un chef-d’œuvre du 7ème Art.

En visionnant le film assis dans les premières rangées du Temple du Bas, la copie projetée est d’une netteté et d’une beauté colorimétrique incroyables. Il ne me semble n’avoir jamais vu L’AU-DELA resplendir davantage que sur cet écran. Et quel plaisir d’assister à cette séance unique aux côtés d’amis qui n’avaient jamais vu ce long-métrage jusqu’à ce soir… Le cinéma « grand large » redonne toute sa puissance maléfique au long-métrage, distillant son malaise toujours aussi étouffant lors de ces séquences où les puissances du Mal se déchaînent... Il est aussi intéressant de noter que le rôle d’Emily la jeune aveugle est assuré par la délicieuse Cinzia Monreale que l’on a pu rencontrer « in the flesh » lors de la séance de BLUE HOLOCAUST de Joe D’Amato qui a eu lieu samedi dernier. La grande fête cinématographique qu’est le NIFFF fait se croiser les plus grandes interprètes d’un genre qu’on ne chérira jamais assez... Une projection jouissive d’un film que je ne regarderai jamais assez. Grand moment de cinéma qui se termine sur cette terrassante séquence finale où les deux interprètes principaux se retrouvent prisonnier du monde des morts. Une peinture d’une poésie noire incontestable qui clôture de belle manière cette enième vision de L’AU-DELA. Bonheur!





Comme c’est souvent le cas en fin de soirée, notre petit groupe de fantasticophiles cinéphiles se retrouvent autour d'une dernière projection... Une autre découverte à faire parmi les « Ultra Movies », cette bande de longs-métrages horrifiques qui proposent ce qu’il y a actuellement de plus extrême en terme de cinéma de genre. Pour le « Film de Minuit » (Mouahahaha!!!), ce sera KIDNAPPES (Secuestrados) de Miguel Angel Vivas . Une histoire simple comme un pur cauchemar d’une nuit.

Pour fêter l’emménagement dans leur nouvelle maison, une sympathique famille madrilène pensait passer une soirée bien tranquille avec champagne et petits tapas. C’était sans compter sur l’irruption de trois brigands cagoulés et pas franchement relax… Les cambrioleurs sont de méchants albanais qui vont faire de bien grosses misères à ce couple et sa jeune adolescente qui pensaient être peinards dans leur somptueuse nouvelle demeure. Présenté comme un exercice de style qui se forme avec brio en de très longs plans séquences, KIDNAPPES est à vif et sans concessions. En plus d’être techniquement d’une maîtrise époustouflante, le réalisateur ne ménage pas ses comédiens ainsi que ses spectateurs qui doivent endurer plus de 90 minutes d’actes répréhensibles d’une brutalité sèche qui fait très mal. Le destin horrifiant de ces habitants est une longue plongée cauchemardesque le temps d’une nuit qui ne peut qu’aboutir qu’à un désastre humain. Eprouvant pour les nerfs, le film de Miguel Angel Vivas n’épargne personne, son long-métrage nous mettant progressivement à genoux devant cette terrible histoire qui ressemble à un « fait divers » qui ne peut que faire froid dans le dos. Extrême et bien tendu d’un bout à l’autre, KIDNAPPES est la première vraie merveille que je découvre au NIFFF après les douze coups de minuit. Comme quoi, après 3 tentatives douteuses de virer dans « l’Ultra » de pacotille, voici enfin une petite perle détonante qui tient sans problème ses spectateurs éveillés jusqu’à l’ultime tragédie finale. Très fort!




2 heures du matin. C’est à nouveau l’heure de la réunion-bilan où tout un chacun fait ses petits commentaires sur les films vus durant la journée. Tout le monde, ou presque, s’accorde à dire que ce fut un bon crû pour un mardi. On continue d’aligner les belles découvertes et les vraies réussites cinématographiques. Il n’y a que WAKE WOOD qui n’a pas trop convaincu son monde et l’ami Lukas qui n’est définitivement pas emballé par l’horreur clinique à la David Cronenberg lors de la diffusion de FRISSONS, l’un de ces premiers longs-métrages. Bien dommage car cela reste pour ma part l’une de ses plus belles réussites. Mais voilà, il fallait choisir... C’était revoir ce dernier ou assister à la découverte de TROLL HUNTER. Je crois avoir fait un bon choix, à côté d’une énième diffusion de DAWN OF THE DEAD qui fut cette fois-ci présenté par Eli Roth lors de sa deuxième « carte blanche » offerte par l’organisation du festival. La grande variété du NIFFF est tout un paradoxe tortueux pour le fanatique de fantastique. Cela nous oblige à faire des choix bien douloureux. Parfois, on aimerait bien pouvoir se diviser en quatre pour pouvoir tout (re)voir. Cinéphage, c’est une condition éprouvante, mais on adore ça! Demain est déjà là, il est temps d’aller se reposer les yeux. Bonne nuit et bons cauchemars!

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