lundi 4 juillet 2011

NIFFF 2011 / Day 4

NIFFF 2011 / Day 4 : 4 juillet 2011

Lundi. Début de semaine. C'est l'été, le soleil brille au zénith et il fait très chaud. Beaucoup de monde sont déjà en vacances et profitent pour prendre du bon temps tandis que d'autres souffrent sur leur lieu de travail, dans un bureau sans doute non climatisé en rêvant à un peu de fraîcheur. Et à Neuchâtel une bande de veinards s'alignent des films à la chaîne en changeant assez souvent de salles de cinéma. Mais pas aujourd'hui. Du moins, pas tout de suite...

Le cinéphile enragé adepte de bandes horrifiques et étranges devra montrer un peu de patience car les festivités ne débuteront qu'en fin de journée. En regardant le programme prévu pour ce 4 juillet, les projections ne commencent qu'à partir de 17 heures. Pourquoi? Mauvaise question. Alors qu'en temps normal on arrive difficilement à passer des nuits correctes et à bien se reposer ainsi qu'à bien se restaurer; pourquoi se plaindre alors que pour une fois durant une après-midi entière on peut enfin se dire que l'on a le temps?...

Le temps de traîner au lit, de flâner aux abords du lac de Neuchâtel, profiter de bronzer un petit coup sur un banc en bois tout en matant les minettes aux shorts de plus en plus raccourcis, la sueur érotique et les bretelles de soutien-gorge apparentes... Cela en est presque irréel et donne à la ville du NIFFF une saveur définitivement fantasque où il fait bon de vagabonder, l‘esprit libre...

Tranquillement assis juste à côté d'un gigantesque banc qui nous ferait presque passer pour des petites créatures réduites à l'état de fourmis, je savoure la tranquillité d'un copieux repas en compagnie de mes amis Sibylle et Lukas. Des pâtes, du poulet, du steak, des légumes, des mignardises sucrées; on se fait plaisir... On ira même jusqu'au vice d'aller s'installer confortablement sur la terrasse du Palace à déguster des cocktails en tenant un peu à distance le soleil qui tape durement; regardant les pigeons glisser sur les tables en verre pour essayer de picorer quelques cacahuètes sur des plateaux repas… La joyeuse décadence des cinéphiles en vacances de la grande toile le temps d'une après-midi plutôt paisible, forcément agréable.

Mais l'heure approche à grands pas, il est temps de rejoindre la foule qui se regroupe aux alentours du complexe des cinémas Apollo, le lieu de villégiature des spectateurs avides de découvertes d'un autre monde. Et, pour aujourd'hui, on commence plutôt fort avec la diffusion à l'Apollo 2 du fameux documentaire MONDO CANE de Paolo Cavara, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi. Connaissant déjà ce « shockumentaire » pour l’avoir découvert il y a déjà quelques années grâce à un somptueux coffret « Mondo » sorti chez l’éditeur Blue Underground, c’est surtout un plaisir de le revoir au cinéma en compagnie d’une foule de spectateurs qui prenne connaissance du genre alors qu’un spécialiste présent devant la scène nous en explique les tenants et aboutissants.

La projection est assortie de sa version française d’origine, une anthologie à elle seule à travers des commentaires incroyables qui détaillent différentes pratiques culturelles et diverses mœurs à travers le monde. Le but est de choquer et de surprendre, parfois au détriment de la réalité; plus proche de bandes d’exploitation que d’une quelconque réalité. Mais la fascination règne face à MONDO CANE qui reste une curiosité tout de même assez incroyable, à voir pour le croire.




La suite de la soirée de ce lundi continuera en compagnie de M. Herschell Gordon Lewis qui continue à présenter sa propre sélection de longs-métrages gore, parmi les plus représentatifs de sa carrière. Aujourd’hui, le fameux gentleman de 82 ans nous propose THE WIZARD OF GORE. Une leçon de prestidigitateur qui n’a rien de magique mais qui n’en est pas moins sanguinolente et réalisée sans trucage.

En compagnie de Montag « Le Magnifique », on assiste à plusieurs représentations d’un illusionniste qui s’échine à faire subir à ses spectatrices des sévices « réels » qui passionneront une hôtesse de talk-show qui cherche à découvrir de quelle manière il procède vraiment... Ce qui est d’autant plus inquiétant, c’est que les jeunes femmes ne tardent pas longtemps à mourir quelques temps après avoir assisté au show du magicien de la même manière que sur scène…

Y a-t’il introspection dans THE WIZARD OF GORE? Après tout, n’est-ce pas un peu l’histoire d’Herschell Gordon Lewis, véritable magicien du gore qui offre en spectacle du sang et de la tripaille à un public voyeuriste? Le long-métrage n’est évidemment pas aussi complexe mais se savoure surtout comme une gigantesque blague d’humour noir où le réalisateur atteint à nouveau des sommets dans la violence graphique. De même qu’il le disait lui-même au préalable durant sa présentation, son film proposait une fin radicalement différente de celle qui fut utilisée, tournée après qu’un accident désastreux mis à mal ses intentions initiales. Du coup, on se retrouve avec une conclusion très étrange qui, entre rêve et cauchemar, ne donnera pas plus de sens à une histoire qui ne semblait déjà en avoir aucune. Encore une fois, « So What? ».Le travail de ce réalisateur ne cesse de déconcerter par la simplicité crasse de son talent. Et c’est aussi pour cela que ses films se dégustent avec délectation. Un vrai plaisir de spectateur déviant!



C’est le moment tragique du choix. Celui à faire entre les deux pointures du moment : à savoir la projection de 22 heures. Soit THE WICKER MAN de Robin Hardy (1973), ultra-méga-chef-d’œuvre païen avec un Christopher Lee hallucinant en Lord d’une petite communauté aux rituels plutôt singuliers; et puis aussi avec la participation toujours très appréciée de beautés tels que Ingrid Pitt et Britt Ekland qui, pour cette dernière, se démène complètement lors d’une séquence de danse en étant totalement nue dans sa chambre à coucher. Une merveille qui, bonus suprême, sera présenté par le réalisateur/acteur/producteur Eli Roth venu spécialement au NIFFF à l’occasion d’une « Carte Blanche » pour nous offrir 3 films parmi ses incontournables. Et pourtant, malgré cette promesse alléchante d’une soirée fantastique je pars de mon côté; montant directement en salle 2 pour découvrir un long-métrage dont je n'avais jamais entendu parler : THE BOXER’S OMEN.

Cette production hongkongaise du célèbre studio Shaw Brothers est ce qu’on appelle un « film de malade ». Un ovni de cinéma, une pellicule de fou furieux, comme on en a rarement vu… Et d’avoir la chance de découvrir cette perle sans égale connu est encore une fois un privilège exquis que nous offre le NIFFF.

Pour présenter ce long-métrage datant de 1983, un archiviste américain - dont j’ai totalement oublié le nom - venant de la ville d’Austin au Texas est prêt à investir la scène pour nous parler de cette réalisation pour le moins particulière. Et c’est rien de moins qu’un hôte plutôt surexcité auquel le public de la salle de cinéma à affaire... Le bonhomme, apparemment sous l’influence de la Fée Verte neuchâteloise, est complètement enragé dans sa présentation, mélangeant délire hystérique et profusion de paroles distribuées à la mitraillette. « Where’s my milk?», sonne-til à tire-larigot alors qu’il cherche frénétiquement son verre d’alcool planqué derrière les tentures noires à côté de l’écran géant. Alors qu’il déblatère une quantité astronomique d’informations sur THE BOXER’S OMEN, à quel point il s’agit d’une œuvre unique et exceptionnelle, un spectateur s’insurge gentiment sur le discoureur en lui tonnant un « long story short?» … Et là, à genoux, il se prosterne face au public de la salle, implore son pardon pour avoir retardé une projection… Il y a de la folie douce dans le discours, une ironie grinçante et un plaisir de cinéphile follement contagieux chez cet homme qui donne sacrément envie de se taper ce sacré long-métrage de cinglé que l’on nous promet avec la bave aux lèvres! Ce discours de dingue, ce pétage de tronche de « movie maniac» !



En guise d’amuse-bouche, le texan nous gratifie de bonus bien allumés avec la diffusion en préambule de deux bandes annonces de films asiatiques, deux démentes démonstrations de la folie ambiante qui règnait à l'époque dans le cinéma de bridés: MAD MONKEY KUNG FU (Feng Hou) de Chia-Liang Liu (1982) ainsi que A LIFE OF NINJA (Wang Ming Ren Zhe) de Tso Nam Lee (1987); production taïwanaise qui dévoile en quelques minutes toute la folie contagieuse de cette « vie de ninja »! Mais voici l’heure de se voir ce fameux THE BOXER’S OMEN de Kuei Chih Hung, enfin…

Voyons. Comment dire? C’est du cinoche de cocaïnomane, sous hautes influences de stupéfiants! Un mélange sous acide de différents genres, alliant action, comédie, horreur, érotisme pour un spectacle totalement barré et riche en couleurs éclatées qui rendrait fou n’importe quel adepte du Technicolor pétaradant.

L’histoire nous fait suivre les pérégrinations d’un boxer parti en Thaïlande venger son frère suite à un combat d’art martial qui a mal tourné. Sur place, il est très vite confronté à diverses manifestations de magie noire qui viennent contrecarrer ses plans… A partir de là, THE BOXER’S OMEN est un véritable festin d’idées déviantes, d’orgies sanglantes, de soupe au cerveau, de maltraitances envers les crocodiles, d’hystérie collective et de jolies pépées asiatiques dont on frotte les nichons contre une baie vitrée un soir d‘orage… Ceci dans une ambiance de malade mental, autant issue des films de cannibales que des gialli en provenance d’Italie. C’est bizarre. C’est fou. C’est incroyable! C’est démentiel!! C’est à s’en faire péter le crâne!!! C’est surtout difficilement racontable tant les folies esthétiques ou scénaristiques regorgent dans ce long-métrage de dingue. Un long-métrage que l’on ne regrette aucunement d’avoir fait passer devant THE WICKER MAN que je connaissais déjà bien par cœur et dont la copie présentée n’était - finalement - pas son fameux « Director’s Cut ». Aucun regret et surtout un immense plaisir d’avoir découvert un film aussi unique que déjanté. Le bonheur!



Il est bientôt l’heure du « Film de Minuit ». Mouahahahaha! L’occasion de regrouper à nouveau notre bande de joyeux cinéphiles pour se diriger avec suspicion vers le Temple du Bas pour la dernière projection de la nuit. Car oui, même s’il porte sur lui l’étiquette de « Ultra Movies » dans la sélection établie par ses programmateurs, on est guère emballé par le cinéma de genre français. Ce soir, assis au sommet de son gigantesque balcons qui semble avoir des places assises à l’infini, on a donc droit à un pseudo slasher francophone retitré LA TRAQUE après avoir porté le nom de PROIE qui s’affiche encore sur la copie projetée. Une famille d’agriculteurs s’enfonce au cœur d’une forêt pour chasser une sorte de sanglier mutant qui ravage une exploitation agricole. Attention, faites bouger les fougères!

Production sans le sou malgré la présence de la douce Bérénice Bejo, LA TRAQUE n’est qu’un énième ratage du cinoche fantastique français. A la rigueur, on pourrait apprécier le long-métrage pour ses nombreux défauts et le ridicule achevé de ses situations ainsi que ses misérables effets spéciaux mais cela ne lui enlève en rien son puissant pouvoir soporifique. On pense parfois au violent RAZORBACK de Russell Mulcahy, mais ce film-là est quand même bien loin de la maestria technique qui scotcha les spectateurs de l’époque. Ici, le scénario est digne d’une anecdote d’un journal racoleur à deux sous. Ce n’est jamais évocateur et encore moins effrayant.

On y suit des personnages inintéressants dont on voudrait qu’il disparaissent au plus vite afin de mettre fin à ce calvaire cinématographique rendu d’autant plus pénible par la faute d’une vraie projection en salles de cinéma au lieu d’un Temple uniquement pourvu de chaises qui vous cassent le dos et vous plient les jambes en mille morceaux. Une situation guère plaisante, adjointe à la fatigue du jour et qui rend la diffusion de cette TRAQUE encore plus éprouvante, dans le mauvais sens du terme. On en ressort épuisé, énervé devant un spectacle bon marché qui peut déjà se targuer de porter l’étiquette du plus mauvais film, jusqu’à présent, de cette onzième édition du NIFFF.



A 2 heures du matin, c’est tranquillement dans les rues désertes et jaunies au néon que je remonte à grands pas vers mon matelas de salon, seul lieu auquel je pense à l’heure actuelle. Repos des yeux et aussi de tout le reste, reprendre des forces et se remettre des films du jour; LA TRAQUE est largement à oublier très vite!; pour pouvoir à nouveau pour la cinquième fois ce mois-ci, se remettre en mode « cinéphage » et prêt à dévorer de nouvelles pellicules avec un appétit de découverte toujours aussi vorace! Quelques heures de sommeil et une douche fraîche plus tard, je serai encore une fois en route pour une nouvelle journée de cinéma. C’est beau la vie… En bonus, une petite chanson qui trotte dans la tête, issue de l'incroyable bande originale du film THE WICKER MAN. Enjoy!!

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