dimanche 3 juillet 2011

NIFFF 2011 / Day 3


NIFFF 2011 / Day 3 : 3 juillet 2011

Afin d’éviter que mon amie Marlyse ne doive faire jour après jours les allers-retours incessants entre Neuchâtel et Lausanne par faute de n’avoir un gîte où crécher entre les films du NIFFF, je l’accueille exceptionnellement – mais avec plaisir - dans le grand salon que j’occupe durants ces nuits de festival. Car cela fait toujours plaisir de partager ses jours et, cette fois-ci, une nuit avec une cinéphile avertie. Mais ce n’est pas pour autant que l’on dorme beaucoup plus. Bien au contraire. Les discussion nocturnes se poursuivant jusque tard / tôt le matin, empêchant agréablement à son propre corps de bien se reposer. Mais cela fait aussi partie des festivités d’une semaine de cinéma. On est pas là non plus pour roupiller toute la journée... Comme la voisine sexy d'en face qui semble passer ses journées à rôtir sous les rayons ardents tout en se versant de temps en temps un seau d'eau fraîche sur le ventre... Bref... Et puis, il faut dire que les programmateurs des diverses sélections de longs-métrages nous ménagent un peu, ne diffusant que la première découverte de la journée au beau milieu de l’après-midi. Ce qui fait qu’entretemps on arrive plus ou moins à faire des repas équilibrés et même à profiter d’un soleil particulièrement violent lorsqu’il tape sur un t-shirt noir comme l’ébène…




Une violence qui se poursuit dès l’entrée en matière de ce troisième jour de festival avec la séance de 14h45 qui projette le premier long-métrage d’Abel Ferra THE DRILLER KILLER (1979). Une œuvre qui fut, en son temps, interdite d’exploitation sur le territoire anglais et qui rejoignit la sélection de ces fameux films bannis, les « Video Nasties ». Le découvrir aujourd’hui, et qui plus est intact et sur grand écran, on se demande réellement ce qui aurait pu gêner les spectateurs potentiels d’autrefois. Ce n’est pas forcément la violence graphique de son sujet qui est, au détour de quelques meurtres graphiques, aussi rapide que sauvage; mais plutôt une satire sociale avec un fond bien grinçant. C’est ce qui permet à cet essai filmique d’Abel Ferrara de sortir du carcan de la bande vidéo d’exploitation pure et bien racoleuse.

Un film intéressant à bien des égards, grâce à un scénario qui détaille avec précision la lente descente aux enfers d’un personnage incarné par le réalisateur lui-même. Du cinoche à l’arrache qui préfigure tout à fait la carrière à venir de son auteur. La chaleur ambiante et un trop bon repas de midi auront toutefois raison de moi durant la diffusion où j’aurais quand même passablement somnolé en découvrant le film. Mais cela n’en reste pas moins une fascinante et incontournable exploration des bas-fonds artistiques situés dans un New York déprimant, dangereux et pratiquement tiers-mondiste.



On reste toujours dans le haut-de gamme cinématographique avec une autre pointure, largement plus sanglante cette fois-ci. Il est plus de 17 heures et c’est enfin le moment de débuter l’hommage rendu à M. Herschell Gordon Lewis. Inventeur d’un genre qui bouleversa les codes du cinéma d’horreur en dévoilant frontalement son côté graphique, la carrière de ce désormais vieux monsieur toujours plus d’enthousiasme est historique. Et de l’avoir parmi nous durant le festival est une belle manière d’introduire le public d’aujourd’hui aux œuvres du cinéaste devenues mythiques. A cette séance de BLOOD FEAST, la salle fait face à son auteur qui vient présenter ce premier film gore de l’histoire !



Travaillant désormais dans le marketing, M. Lewis est un gaillard au discours riche et bourré d’anecdotes. Revenant aux sources, présentant la création d’un long-métrage bricolé, opportuniste et terriblement mauvais. Complètement lucide par rapport à son œuvre, Herschell Gordon Lewis est avant tout un businessman qui sait répondre aux attentes des spectateurs avec une grande dose d’humour. Cherchant un prétexte pour montrer de la violence rouge sang, le réalisateur, scénariste et musicien à ses heures, nous raconte la création de BLOOD FEAST qui est aussi cocasse que le résultat final. Car même si on pourrait qualifier celui-ci de cinématographiquement misérable, aujourd’hui encore il s’en dégage une saveur d’un autre monde qui le rapproche des incontournables du 7ème art.

BLOOD FEAST c'est des comédiens approximatifs, une mise en scène surréaliste, un humour involontaire et une approche visuelle révolutionnaire à travers sa violence où l’on n’hésite pas à montrer de sadiques tueries contre la gente féminine, découpant les corps avec un appétit vorace et presque orgasmique… Tout ceci au nom d’une déesse égyptienne dont Fuad Ramses est le dernier et plus fervent disciple. Une figure monstrueuse de cinéma avec un regard perçant et aux sourcils grotesques. Un vrai personnage charismatique et inoubliable.

BLOOD FEAST c’est aussi la fête au niveau d’un érotisme délicieusement kitsch avec son florilège de jeunes demoiselles issues de la revue « Playboy » qui viennent parader en bikini et petite tenue devant la caméra. On ne remerciera jamais assez à Herschell Gordon Lewis de nous avoir fait découvrir la blondinette nommée Connie Mason qui, au-delà de sa jolie frimousse et de son élégante garde-robe, est probablement l’une des pires comédiennes jamais vues sur un écran de cinéma. Son "non talent" naturel est effarant! Cela permet à BLOOD FEAST d’être d’autant plus précieux à chérir tant ce film possède des qualités bien évidemment formidables, bien à part des standards évidents qui font d’un long-métrage classique un excellent divertissement. Ici, on découvre une bobine démente et colorée; un "classick" comme rarement le cinéma ne nous en aura offert jusque là. Une date.

Après s’être bien gavé d’un spectacle grand guignolesque avec les délires sanguinolents d’Herschell Gordon Lewis, je décide de faire quelques petits changements dans mon programme cinématographique. Le NIFFF étant tellement riche et vaste, c’est à chaque fois un crève-cœur de devoir faire des choix entre les différentes projections de films. Finalement, je me décide à abandonner les découvertes plus récentes pour replonger dans les prémices du cinéma gore avec un autre classique incontournable. Et ce n’est pas moins qu’un chef-d’œuvre que l’on a la chance de pouvoir (re)voir sur la grande toile.

La salle de l’Apollo 2 se remplit tranquillement. Le public qui vient investir les sièges n’est pas des plus jeunes et ici on voit beaucoup de spectateurs d’un âge certain prendre place et remplir la séance venir. C’est pratiquement 20 heures lorsqu’on débute la projection de LES YEUX SANS VISAGE de Georges Franju. Déjà plus de 50 ans que cette merveille est sortie sur les écrans et c’est toujours un plaisir sans cesse renouvelé que de le revoir. L’étrange poésie de ses images envoûtantes est toujours aussi enivrante. Tel la meurtrie Christiane Genessier qui, suite à un affreux accident de voiture qui la défigura, on suit la frêle comédienne Edith Scob portant un masque blanc faire des balades tristes dans une gigantesque demeure perdue dans la nature où se déroule de curieux rituels médicaux pour pouvoir lui rendre ses traits perdus. Cauchemar lyrique que l’on regarde les yeux humides d’émotions, LES YEUX SANS VISAGE reste après toute ces années l’un des plus grands chefs-d’œuvre du patrimoine cinématographique français. Sa beauté sombre et pleine de mélancolie en font un merveilleux film, inoubliable et bouleversant.



Durant l’après-midi, entre deux séances de cinéma, c’est toujours agréable de pouvoir se poser sur un banc et de discuter avec des amis cinéphiles. Cela permet d’échanger nos différents points de vue sur les œuvres découvertes durant le festival et, parfois, de faire quelques mises au point sur sa propre sélection de longs-métrages à voir par la suite. C’est ainsi que grâce à eux, j’ai révisé mon sentiment guère positif vis-à-vis d’un film américain concourant dans la série des oeuvres de la compétition officielle ; à savoir le film de vampires qui porte le nom de STAKE LAND. Le synopsis n’étant guère alléchant, c’est grâce à la citation « LA ROUTE avec des vampires réalisé par Terrence Malick » que cela a finalement titillé ma curiosité. Un « road movie » contemplatif avec des créatures suceuses de sang, cela a apparemment tout pour me plaire. C’est pourquoi j’ai ainsi sacrifié un autre film pour pouvoir placer celui-là un peu plus tard durant ma semaine de festival. En espérant que cela me plaise, car j’ai une certaine tendance à fuir les œuvres de cette sélection qui sont, pour la plupart, dénuées d’originalité et ne font que recycler des idées mille fois vues et revues. Mais je ne demande qu’à être surpris…

C’est d’ailleurs ce que je m’apprête à faire en laissant tomber un film de super-héros ricain – SUPER – au profit d’une curiosité plus rarissime provenant de Russie ; un film de vikings qui s’annonce épique : PRINCE YAROSLAV ! Et c’est aussi l’occasion d’aller à une séance de cinéma avec une nouvelle connaissance rencontrée dans les couloirs d’un cinéma, une beauté noire très charmante nommée Carmenza. Mais je m’égare… Mon attention est rapidement remise sur le devant de la scène où trône un géant blond, star de ce film d’aventures tribales que l’on s’apprête à découvrir. L’acteur nous parle un peu de ce rôle qui lui a notamment permis de réaliser la plupart de ses rêves de gosse. Un grand film bourré d’action, efficace et inoffensif ; aussi très premier degré et avec une belle histoire pleine de bons sentiments. Le spectacle à saveur russe est très bien rôdé, on ne s’y ennuie pas. C’est même assez rigolo à suivre car on est pas forcément habitué à y voir des russes se battre à coups d’épée pour l’honneur et l’amour de son peuple, engageant de terribles confrontations physiques qui feraient passer un film comme GLADIATOR de Ridley Scott – avec qui il partage une certaine esthétique dans la mise en scène de combats brutaux ! - pour un sommet de finesse dramaturgique. Une bonne histoire sans temps mort mais avec un fond bien chrétien – oui, oui ! – ça se déguste sans cynisme et ça fait parfois du bien. On en ressort le sourire aux lèvres et ce fut un réel plaisir de cinéma.





Le mot plaisir n’est pas ce que je dirais en ce qui concerne la dernière séance du jour qui se déroula à nouveau au Temple du Bas ; mon pèlerinage vers la torture totale, autant physique que cinématographique. Film canadien réalisé par deux types qui se cachent derrière le pseudonyme racoleur « The Vicious Brothers », GRAVE ENCOUNTERS suit une équipe de tournage qui s’aventure dans un vieil hôpital afin d’y débusquer des fantômes. Ce n’est pas GHOSTBUSTERS, même si à la base c’est une comédie fantastique censé être drôle. On est plus proche de ces longs-métrages revenant sur la thèmatique des « vidéo trouvées » à la PROJET BLAIR WITCH. Des petits malins qui s’improvisent réalisateurs en essayant de faire du cinéma avec un caméscope en filmant des couloirs sombres et s’échinant à faire des blagues pourries en ne se prenant jamais très au sérieux.

Finalement, on se retrouve avec une histoire bien convenue et guère surprenante. Le temps passe lentement, on se retrouve à baîller au lieu de frémir ou de rigoler... Le genre de films d'une telle banalité que cela devient épuisant de le regarder, il vous bouffe littéralement toute votre énergie. Pour un film qui n'offre déjà pas grand chose, c'est carrément du sport de se farcir un truc pareil.


Alors qu'il est déjà presque 2 heures du matin, on se dit parfois qu'on aurait mieux fait d'aller se coucher au lieu de jouer au masochiste jusque tard dans la nuit. Mais bon, cela fait aussi partie des plaisirs déviants d'un festival comme le NIFFF. S'ouvrir à la découverte, quitte à être parfois surpris en bien et aussi en mal. Pour l'instant, les séances nocturnes auraient plutôt tendance à décevoir voire carrément à fâcher le spectateur comme se fut le cas ce soir-là. En souhaitant que la prochaine nuit on sera plus chanceux avec le programme du "Film de Minuit". Pour l'instant, c'est largement l'heure de rentrer se coucher! Et ça aussi ça fait bu bien!

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