mardi 3 mai 2011

LES DIABLES - "Director's Cut" -

A Londres, durant le East End Film Festival qui prenait fin le 2 mai dernier, il y a eu un événement assez exceptionnel : la projection du « Director’s Cut » de Ken Russel pour son film LES DIABLES (The Devils) datant de 1972. Une occasion rarissime de (re)découvrir ce film assez incroyable, vu qu’il s’agissait-là de la seconde diffusion de ce long-métrage dans son intégralité; et ce, au niveau mondial!

Adorant totalement LES DIABLES et n’ayant jamais eu l’occasion de pouvoir découvrir le film sur grand écran, je n’allais pas manquer cette opportunité. Faisant le voyage jusqu’à Londres le temps d’un weekend, voici donc qu'était enfin arrivé le moment tant attendu. Hélas, au moment des réservations et selon internet, la séance était déjà bouclé depuis le 11 avril, ne laissant plus aucun précieux sésame pour avoir accès à la soirée. Un brin déçu, je n’allais quand même pas brader mon séjour de 2 jours dans la belle ville de Londres pour cela. Et puis, avec un peu d’espoir et de persévérance, j’aurais peut-être l’occasion d’aller voir le film quand même. Sait-on jamais…



Le fameux soir. Arrivant dans le hall d’entrée du bâtiment accueillant le festival, le guichetier est formel. Pas de place, pas de tickets de retour... Il est 20 heures passées et la soirée débutant à 20h30, je n’étais pas loin de retourner sur mes pas quand je me décidai tout de même d’aller voir où se trouve exactement la salle de projection. Deux étages plus bas, le choc : C’est l’effervescence! Une foule très compacte remplit le décor, c’est complètement bondé. Pourtant, caché derrière un mur de personnes sur la droite devant l’entrée, un petit guichet indique « Return Tickets for The Devils ». L’occasion, peut-être d’avoir enfin le billet tant désiré. Me glissant dans une file d’attente d’une d’une dizaine de personne (et quelques autres pas très loin derrière), j’impatiente à mesure que le temps passe…

Bientôt 20h30 et je me retrouve avec toujours autant de monde devant moi. Mais, petit à petit, et je ne saurais vraiment comment, chaque spectateur finit par avoir son ticket. Miracle! Lorsque c’est mon tour, la personne en charge me regarde en souriant en me voyant déjà dégainer mon argent avant même d’être sûr d’avoir mon entrée. Finalement, j’aurai bien fait d’attendre car lorsqu’on me tend enfin mon billet, la boule au ventre que j’avais finit enfin par s’estomper. Soulagé et heureux!

Il est presque 20h45, la salle est comble et une agitation particulière saisit les spectateurs. Une petite partie de l’équipe du film LES DIABLES est présente dans la salle. Tout d’abord le réalisateur et sa femme ainsi que quelques comédiens de seconds rôles; le monteur de l'oeuvre et des merveilleux gens responsables de la découvertes des séquences additionnelles qui ont été réintégrées au montage cinéma du long-métrage. S’ensuit ensuite un débat de près d’une heure sur le chef-d’œuvre de Ken Russell, l’impact que celui-ci a eu sur le cinéma britannique; la censure, la gêne qu’occassionne l’œuvre chez les dirigeants de Warner Bros qui, jusqu’à présent, se refusent à sortir le film en DVD…

Le réalisateur aux cheveux blancs, bien qu’étant âgé et se déplaçant en chaise roulante, participe à la discussion depuis son siège situé sur les hauteurs de la salle. Avec humour, il replace le sujet dans son contexte, raconte diverses anecdotes croustillantes sur les conditions d’un tournage plutôt idyllique; l'effet que lui produisait Vanessa Redgrave lorsqu'elle était habillée en nonne; jusqu’à sa sortie dans les salles obscures et de l’impact que LES DIABLES à eu sur ses spectateurs...

La discussion est passionnante et, bien entendu, il n’est actuellement toujours pas question que le film sorte officiellement sur support DVD, le studio se trouvant bien embarrassé avec l’œuvre baroque de Russell qui n’a rien perdu de sa puissance encore aujourd’hui. Ce qui est une honte car, comme il a été dit durant le débat, LES DIABLES possède une réelle demande de la part d’un public de cinéphiles passionnés qui aimerait posséder cette version « intégrale » jugée licencieuse au détour des séquences coupées; comportant notamment une impressionnante séquence d’orgie où un groupe de nonnes en furie se retrouve à violer une gigantesque statue du Christ.



Il est maintenant passé 21h30, la projection du film débute sous des tonnerres d’applaudissements. L’excitation est immense, tout comme l’incroyable plaisir de voir LES DIABLES dans une superbe copie étonnamment bien préservée, à la définition et aux couleurs absolument impeccables. Le long-métrage dégage effectivement toujours son parfum de scandale aux détours de fascinantes séquences où resplendit la beauté perverse de la plus scandaleuse des bonnes sœurs, incarnée avec une parfaite jubilation par l’incroyable Vanessa Redgrave.

La mise en scène baroque, ses séquences sexuellement explicites et son étonnante violence graphique procure une jouissance festive peu commune durant cette séance qui regroupe un parterre de cinéphiles particulièrement chanceux d’assister à pareil événement. En fin de projection, l’assistance est debout pour saluer et remercier Ken Russel et son équipe pour avoir eu l’opportunité de savourer cette œuvre dans des conditions exemplaires, et surtout - pour la deuxième fois au Monde - dans sa version la plus complète!

3 commentaires:

  1. bonjour je viens de m'inscrire sur ce blog qui m'a l'air passionnant, moi aussi je rêve depuis longtemps de voir cette oeuvre invisible depuis tant d'années.
    Ton expérience est unique et la présence de Ken Russel incroyable
    bravo !!

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  2. Salut et bienvenue par ici! :)

    Oui, je suis très content d'avoir eu cette chance, d'autant plus que rien n'était sûr d'avoir un billet! Et comme LES DIABLES est l'un de mes films préférés, j'en suis ressorti absolument ravi! Une sacrée expérience! :)

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  3. ...Sublime et émouvant article d'un fin connaisseur au pays des "Britons" ;) !

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Au revoir...

Au revoir...
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