dimanche 22 mai 2011

IL N'Y A PAS LIEU DE S'INQUIETER



Du 3 au 22 mai 2011 au Pulloff, le petit théâtre alternatif de la Rue de l’Industrie à Lausanne, avait lieu une pièce intitulée IL N’Y A PAS LIEU DE S’INQUIETER mise en scène par Anne-Frédérique Rochat. Trois chaises en bois, une vieille lampe en pied et une imposante commode brunâtre compose l'unique décor intime d’un rassemblement d’un soir. Ici, on dépeint un tableau familial qui représente les relations compliquées entre une fille, sa mère et sa grand-mère. De retour de l’enterrement du grand-papa, ces femmes se retrouvent toutes les trois dans le salon de leur vie. Ainsi, elles se confrontent tout en ressassant le passé qu’elles entretenaient chacune avec le défunt. A mesure des discussions plus ou moins agitées, on se rend vite compte du traumatisme latent que l’homme aura infligé à ces femmes; étant plus attentif à ses activités morbides autour de papillons morts qu’il accrochait sur ces murs qu’à s’occuper des personnes qui peuplait son existence…

Ainsi, IL N’Y A PAS LIEU DE S’INQUIETER est un drame psychologique qui fait de l’introspection et parle de métamorphose. L’être humain étant une sorte d'allégorie assimilé un papillon mort, sans vie. Triangle de tension relationnelle, il y a la tristesse de la femme qui a perdu son mari, l’amertume de la maman vis-à-vis de son papa et les ressentiments contrastés de la fille vis-à-vis des deux personnes qui compte le plus à ses yeux : sa mère et sa grand-mère.

La mise en scène de Magdalena Czartoryjska Meier est minimaliste, presque expérimental; ballet de mouvements sobres où chaque personnage se repose dans des postures savamment étudiées, pieds nus ou recouvert d'une couverture blanche, posées dans un recoin du décor. Le travail de Dagmar Lee Maine sur la lumière est remarquable. Véritable jeux d’ombres qui est comme une sombre réflexion de sensations, exposant ainsi les émotions intenses ressenties par ces beaux rôles féminins. Eclairée de cette manière, la pièce de théâtre affiche une dimension surréaliste; tortueuse aussi de part cette voix masculine qui semble surgir de nulle part et s’intégrant aux discussions animées des participantes… C’est à la fois fascinant et captivant, bien aidée par de formidables comédiennes qui s’immergent dans des rôles difficiles avec tout une gamme d’émotions contrastés remarquablement bien rendues. Dans leurs rôles respectifs, Geneviève Pasqier (la grand-mère), Anne-Frédérique Rochat (la mère) et surtout la jeune Camille Mermet (la fille) délivrent des prestations étonnantes.

Ce qu’il y a aussi de surprenant dans IL N’Y A PAS LIEU DE S’INQUIETER, c’est la dimension fantastique qui s’en dégage durant certains instants, comme ce perturbant rêve d’apparence gothique où des visages humains se découvrent dans la pénombre au-dessus de la grande commode et dans ses tiroirs. Un cauchemar bigrement bien orchestré pour un effet maximum! Il y a donc de la poésie macabre dans l’air, mais aussi une touchante poésie comme cette représentation dansée d’un papillon qui prend son envol en pleine lumière alors que l’orage de la nuit s’est estompé pour laisser place au jour. Un jour nouveau, où les querelles de la veille débouche sur de nouvelles perspectives pour le futur. Incertaines et guère joyeuses, elles ont surtout permit la mise en évidence d’un abîme générationnelle à travers trois femmes qui n’auront pas assez d’une seule nuit pour oublier un grand-père, père et mari qui aura laissés beaucoup de traces marquantes autour de lui en s’entichant davantage de papillons que de la compagnie d’êtres humains. Beau, terrible et puissant, l’œuvre d’Anne-Frédérique Rochat s’ancre durablement en nous, proposant une lecture très intrigante des relations familiales sous divers angles avec une approche pleine d’un lyrisme qui bouscule et bouleverse. Une très belle réussite!

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Au revoir...

Au revoir...
Related Posts with Thumbnails page counter
Web Counter