vendredi 8 avril 2011

Concert : AUSTRA (CAN)

Vendredi soir. Après une séance cinéma/concert dans la plus vieille et plus belle salle de Lausanne, la nuit a déjà étendu son long manteau. Il est un peu plus de 22 heures et c’est le moment d’aller rejoindre les créatures nocturnes qui ne vivent que pour des petits concerts alternatifs dans les lieux les plus branchés de la ville. Au Romandie, petite salle de spectacles qui ressemble à une grotte bétonnée, il est bientôt l’heure pour AUSTRA de prendre possession de la scène musicale. Le lieu peine à se remplir complètement, et il faudra presque attendre trois quart d'heure pour que les artistes se décident enfin à faire leur show...

Ce groupe « queer » constitué d’une coquette chanteuse à la blondeur immaculée, est accompagné par ses acolytes tout droit sortis d’une discothèque à la mode des années quatre-vingt. Les accoutrements et coupes de cheveux sont le reflet d’une époque où le kitsch était un art de vivre. Les cheveux longs et bouclés, le marcel pas trop tendu et le mascara excessif, voici un impressionnant musicien au synthétiseur… Tandis que l’autre se tient au bout de l’estrade, le bassiste qui fait un peu plus dans la discrétion avec une coupe de cheveux au carré est plus affairé à son instrument qu’à son look. Plus au fond, un peu perdue au milieu des câblages et autres instruments, une jolie fille cachée derrière une paire de lunettes forcément empruntée à Annette de PREMIERS BAISERS se met à battre le tempo sur sa grosse batterie. Au micro, Katie Stelmanis est l’artiste en chemise évanescente, mini-jupe et porte-jarretelles, les bras levés et la voix fiévreuse… Elle est l’hôtesse de ce rite musical aux saveurs sombres, obsédantes et incantatoires.



La musique est dynamique et envoûtante. Très ancré dans un style qui le rapproche du meilleur des années 80, AUSTRA se distingue d’abord par un jeu de scène minimaliste. Comme une prêtresse qui invite son public à une messe musicalo-sexuelle quasiment orgasmique, communiant sa transe pour une vague de gestes répétitifs à l’intention de ses fans qui déhanchent frénétiquement leurs petits culs quelques mètres plus bas. Car le groupe rassemble la crème d’un public majoritairement homosexuel qui, ce soir, semblent avoir des envies de décadence. Pourtant, s’il n’en sera rien dans la fosse aux gays, le groupe distille avec insistance son propre parfum qui s’ancre durablement dans notre esprit. Les mélodies sont accrocheuses. Les refrains sans fin aux paroles incompréhensibles sont attirants, hypnotisants… La fièvre nous gagne. Au début, on rigole doucement devant ce petit bonbon musical délicieusement sucré. Katie nous enchante, nous rallie à sa cause. AUSTRA c’est l’envie, l’émotion, le plaisir… Un voyage planant aux rythmes haletants qui nous laisse pantois d’ivresse…

Le concert est sans fioritures, l’éclairage classique ; alternance entre les stries bleues et rouges/roses avec quelques clignotements stroboscopiques, comme une belle peinture ultra-colorée où la princesse de la nuit nous convie à une condition extatique… C’est sexy comme Katie, kitsch comme l’improbable pianiste aux longues boucles brunes, empreint de mystère comme une batteuse à lunettes fondue dans les ombres de la scène… AUSTRA c’est le plaisir d’une heure d'un concert finalement si insistant qu’il pénètre une couche de notre cerveau pour ne plus s’en défaire… Fort ! Excitant ! Etonnant ! AUSTRA, ça vient du Canada. Toujours pas de disque mais on en veut ! Encore !

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