mercredi 15 décembre 2010

Soirée "Bis" : LA NUIT DES MASQUES

Le Nouveau Monde à Fribourg. Là-bas, il se passe quelque chose de magique. Au mois de février passé a eu lieu une première tentative de faire découvrir sur grand écran au public suisse une frange très étrange du 7ème Art. On y passe une bobine hallucinante made by Jean-Marie Pallardy ainsi qu’une production brésilienne titrée FEMMES EN CAGES, à la version française digne du plus déviant des films pornographiques. Un spectacle totalement appréciable dont une large partie du public fut visiblement sous le charme. Ce qui s’annonçait comme une manifestation unique car sans doute trop spéciale se révéla finalement être un succès surprise pour ses instigateurs. Sans attendre trop longtemps, c’est carrément la même année que se met en place une soirée « Bis Repetita ». Les acharnés de films de seconde zone en rêvait, Julien l’a fait! Et c’est même encore mieux que cela, car cette fois-ci deux pointures du genre s’invitent sur grand écran à la soirée : Jess Franco & Tobe Hooper! Rien de moins! Ce samedi soir 11 décembre 2010 s’annonce d’ores et déjà inoubliable!



Mais avant de passer la soirée dans cette vieille gare réaménagée en espace culturel alternatif le temps d’une nuit, l’après-midi venu est surtout le moment de se préparer à descendre sur Fribourg. Prendre le temps de revenir à ses racines, retrouver une joyeuse bande de copains cinéphiles autour d’une bonne fondue au Café du Paon, perdu dans les petites ruelles mal éclairées de la Basse-Ville. Car c’est à 21 heures que débuteront les festivités, nous avons donc largement le temps de se mettre dans l’ambiance et s’échauffer les esprits en relatant de récents souvenirs cinématographiques entre amis. En plus d’une salle de concert servant également de local de projection, ce sympathique lieu qu’est le Nouveau Monde est aussi un endroit où l’on peut savourer une bière ou un thé chaud assis autour d’une vieille table abimée, sur des sièges d’une autre époque ou bien accoudé au bar le cul posé sur une chaise bien trop haute.. Il se dégage de cet endroit une aura presque familiale, on s’y sent bien; comme si on était chez soi et en très bonne compagnie. Il ne faut pas bien longtemps avant que les chaleureuses accolades et les exclamations de joies se fassent entendre lorsqu’on se retrouve tous réunis. Il n’y a pas mieux qu’un prétexte à une soirée particulière pour regrouper une large portion de cinéphiles curieux.





L’organisateur de la soirée est là. Julien Comelli en pleine discussion passionnée, toujours le verbe affolant pour relater ses dernières découvertes pêchées dans le vaste univers du 7ème art, que ce soit sur des vieux machins que le commun des mortels n’a même pas connaissance ou encore s’enflammer pour son récent coup de cœur de l’année. L’heure fatidique approche, les rares spectateurs présents aux alentours ne laissent pas présager une foule dense venue se bousculer pour voir Brigitte Lahaie et Helmut Berger sur grand écran. On laisse filer quelques minutes, le temps de permettre aux retardataires de se joindre à nous. Ce qui m’autorise une petite transaction entre bouffeurs de pelloche, s’échanger quelques films en DVD et en VHS, s’approprier enfin une cassette vidéo du fameux long-métrage LE JOURNAL INTIME D’UNE NYMPHOMANE sortit chez LuXe Video… On s'égare... Il est peut-être temps de rentrer dans la salle. L’heure est venue de passer aux choses sérieuses. La dizaine de minutes de relâchement sur l’horaire aura quand même autorisé à un bon groupe de gens de se joindre à la fête. Majoritairement féminin, le public du soir se répartit sur l’estrade face au petit écran presque perdu dans la pénombre. Comme d’habitude, nous ne sommes pas timides et notre joyeux groupe d’amis se postent directement au premier rang face à la scène et portons notre regard vers le micro que Julien va saisir pour nous abreuver d’une légère présentation pour débuter les festivités.





Comme dans les fameux cinéma de quartier à l’époque du bis, ce soir on s’évertue à reproduire cette ambiance particulière. Avant que ne défile devant nos yeux le générique du premier film, notre organisateur cinéphile préféré nous a concocté un excellent cocktail d’anciennes publicités datant des années 80... Histoire de se mettre à niveau en plongeant dans cette période bien décadente que reflète parfaitement LES PREDATEURS DE LA NUIT de Jess Franco (1988). En plus de la pub, il ne faudra pas oublier une belle poignée de bandes annonces de productions horrifiques de tout niveau, allant du chef-d’œuvre LA BAIE SANGLANTE de Mario Bava à l’excellente série B CONTAMINATION de Luigi Cozzi (et non ce n'est pas un film de Lewis Coates!); le terrifiant SŒURS DE SANG de Brian De Palma, un film de maison hanté intitulé LE COULOIR DE LA MORT de Gus Trikonis, TERREUR EXTRATERRESTRE de Greydon Clark ou encore LA COLLINE A DES YEUX de Wes Craven… La mise en bouche est parfaite. D’autant plus que, cerise sur le gâteau, Julien Comelli nous offre en petit bonus un message vocal qu'il a recueilli auprès de la charmante Florence Guérin qui interprète un petit rôle très important dans cette première production René Château : celui du fameux visage qui servira à l’affreuse expérience scientifique des PREDATEURS DE LA NUIT. L’actrice détaille son expérience sur le long-métrage de Jess Franco… L’horrible sensation du moulage de ses beaux traits, ses pauses tricot avec la belle Brigitte et nous présente déjà ses meilleurs vœux pour la nouvelle année. Un préambule sonore très agréable et qui a forcément fait plaisir à tous les amoureux de Florence dont son apparition dans une boîte de nuit où elle entame une danse sensuelle avec sa partenaire est encore dans toutes les mémoires! Maintenant, place au film!




« Destination Nowhere / A half a mile, to paradise / Tell me what you find there / Beyond the sea of no disguise… » Ainsi débute cette histoire dédiée au Cinéma « MIDI-MINUIT » et écrit par René Château lui-même, se cachant sous le pseudonyme de Fred Castle. Un scénario qui regorge de personnages hauts en couleurs ainsi que de situations incroyables pour en faire une véritable ode au "Bis", doublement aidé par des dialogues absolument irrésistibles où l’on a peur de rien et surtout pas du ridicule. LES PREDATEURS DE LA NUIT est surtout un remake assez libre du chef-d’œuvre de Georges Franju LES YEUX SANS VISAGE. Loin d’égaler son modèle, le long-métrage de Jess Franco vient d’une autre dimension. Tourné vers la fin des années 80, il possède une patine visuelle qui reproduit assez bien la décadence d’une certaine bourgeoisie que n’aurait pas renié un certain Claude Chabrol. Voir et découvrir le film aujourd’hui procure un plaisir sans fin car il possède une incroyable distribution de comédiens venus de divers horizons. Rien que de citer leurs noms, on sent poindre l’orgasme : Helmut Berger, Brigitte Lahaie, Telly Savalas, Chris Mitchum, Stéphane Audran, Caroline Munro, Florence Guérin, Howard Vernon; il y a même une apparition de Lina Romay, la femme du réalisateur, ou encore les interprètes de la série LES FILLES D’A COTE. C’est absolument jouissif car le réalisateur s’échine à offrir à ses acteurs des rôles spécialement mémorables, que ce soit au détour d’une réplique, une scène dénudée ou encore de finir empalé sur un râteau (Pauvre Gordon...) ou bien froide comme un cadavre au fond d’une armoire. Franco a toujours le chic pour offrir à son public nombre de séquences cultes et LES PREDATEURS DE LA NUIT est une véritable anthologie dans ce domaine.

Presque 25 ans après sa sortie, le long-métrage se regarde et se (re)découvre avec toujours autant de bonheur et c’est une véritable aubaine de pouvoir le voir sur grand écran bien que la projection basée sur le DVD édité par René Château lui-même nous a offert un petit « couac » technique. Rien de bien grave, mais la diffusion d’un film avec un lecteur bon marché n’exclut pas les intempestifs petits arrêts sur image où, le cœur battant, un spectateur qui préfère garder son anonymat aurait frisé la crise cardiaque en se demandant s’il allait voir jusqu’au bout l’un de ses films préférés. Après une petite pause involontaire où l’on rejoue les premières 45 minutes en vitesse accélérée pour redémarrer là où LES PREDATEURS DE LA NUIT se sont arrêtés (durant la confession du nazi interprété par Anton Diffring!), un bref changement de lecteur (Merci le FIFF!) et nous voilà repartis pour la deuxième partie d’un long-métrage qui fera montre de ses excès en tout genre : perversité, manipulation, sexe, kidnapping, chantage, expérimentation médicale, meurtres… Le tout avec une bonne dose d’immoralité sans oublier cet obsédant thème musical qui n’a de cesse de revenir à nos oreilles… Une grande réussite qui a certainement fait de nouveaux adeptes durant la soirée, jugeant par le franc enthousiasme de mes plus jeunes amis. Ou quand une réputation de navet se transforme finalement en bel objet d’un incontournable culte. Très fort!









« Si vous n’avez pas peur la nuit… Si vous avez l’estomac solide… Si rien ne vous choque… Si rien ne vous épouvante… Si vous croyez avoir tout vu… Alors préparez vous à voir… » Forcément nous sommes en retard sur le programme, mais c’est aussi tout ce qui fait le charme de ce genre de soirée… Sans avoir réellement digéré le choc d’avoir ENFIN vu LES PREDATEURS DE LA NUIT sur grand écran, il est temps pour le public de poser encore une fois ses fesses sur les chaises du Nouveau Monde pour une deuxième projection où cette fois-ci on ne rigole plus vraiment…Comme ce fut le cas juste avant le premier film, nous avons encore une fois droit à un petit historique de la part de Julien Comelli qui vient divulguer quelques mots sur le légendaire film de Tobe Hopper et de faire un gentil renvoi d’ascenseur en offrant un petit coup de promo’ pour ce modeste blog de passionné - Merci, Julien! - avant de laisser place à la pénombre. Voici déjà quelques hors d’œuvres sont la forme de bandes annonces bien alléchantes… en mythique version française. On mélange le navet avec la crème du genre; des extra-terrestres en version pâte à modeler tutoient le « suspens insoutenable » de LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE de Wes Craven. Tout ceci n‘est peut-être que « de la science-fiction, oui, mais un jour peut-être… ». Avant tout, « ce n’est que du cinéma, du cinéma, du cinéma »… Et quelle merveille de découvrir le lancement d’un des premiers films de David Cronenberg; avec cette voix-off française absolument exceptionnelle. Tout ceci nous replonge avec délice dans une époque où le cinéma alignait des œuvres incontournables qui faisait le bonheur des amateurs de "Bis". Maintenant, à presque minuit, c’est le moment de vivre l’expérience ultime en visionnant MASSACRE A LA TRONCONNEUSE. Encore une fois, un immense choc attend les spectateurs qui n’avaient pas encore découvert cette immense œuvre jusqu’à aujourd’hui!




Plus qu’un simple film d’horreur, MASSACRE A LA TRONCONNEUSE traverse les décennies sans prendre une seule ride et son impact est toujours aussi fort. Débutant par une mise en contexte inquiétante pour ensuite s’illustrer par le biais d’une bande sonore terrifiante, on distingue les premières images sous la forme de rapides flashs photographiques sur des cadavres en putréfaction… Le chef-d’œuvre de Tobe Hooper nous prend à la gorge dès ces premiers instants pour ne plus jamais nous relâcher. L’atmosphère est oppressante et l’angoisse ne nous quittera plus durant toute la projection. Car il se dégage de ce long-métrage des senteurs putrides, un malaise et une sensation de folie sans commune mesure. Un voyage cauchemardesque au Texas, pays des "rednecks" où il ne fait pas bon de s’aventurer sur la propriété d’une maison isolée, perdue en pleine nature où le soleil frappe si fortement qu’il n’aurait aucune peine à vous rendre complètement cinglé. Bienvenue au pays de Leatherface et de sa famille de dégénérés. Coups de marteau, crochet dans le dos, séjour dans le frigo, découpe à la tronçonneuse… Le mauvais rêve d’une nuit qui semble sans fin où Hooper use de sa maestria technique et de son humour déviant pour illustrer le calvaire de Marilyn Burns. Cette œuvre figure au rang d’œuvre d’art, par son ambiance putride et son atmosphère sonore qui confine à l’enfer sur Terre. Une expérience cinématographique terrassante à plus d’un titre.

La diffusion du DVD édité par Studio Canal, première copie sur ce support en Zone 2, n’affichait pas une image d’une clarté exemplaire, celle-ci étant la plupart du temps relativement sombre… Les conditions techniques n’étant pas de première qualité cela n’empêcha pas d’avoir à nouveau apprécié cette diffusion sur grand écran qui augmentait sans problème l’impact déjà énorme de cet incontournable grand classique de l’Histoire du Cinéma. Ce qui fait d’autant plus plaisir lorsque l’on sait que certains spectateurs découvrait l’œuvre pour la première fois… Une grosse claque comme le 7ième Art en offre si rarement.

Une belle manière de clôturer cette deuxième soirée "Bis" qui, même si elle ne semble pas avoir rencontré la même affluence que lorsqu’on diffusait de la fesse rigolote, reste un succès d’estime relativement flatteur. Car ce genre de manifestation est beaucoup trop rare en Suisse et qu’il y a un réel plaisir de la part de son organisateur en chef de vouloir faire découvrir un cinéma différent, d’une richesse souvent insoupçonné comme l’a prouvé ce soir-là la thématique de LA NUIT DES MASQUES. N’hésitant pas à mélanger deux œuvres radicalement différentes mais qui se rapprochent sur bien des points. Et d’avoir la joie, même s’il s’agit de diffusion sur support DVD, de partager une expérience collective sur des films qui ont largement marqués les esprits des cinéphiles les plus aventureux; de ceux qui savent sortir des sentiers battus pour trouver des perles cinématographiques et les offrir à nouveau sur grand écran face à un public ivre de sensations nouvelles… bien qu’un peu réfrigéré dans cette salle du Nouveau Monde où il fait quand même bon de garder son pardessus. Merci encore, Julien, pour cette belle soirée de cinéma revigorant où l’on ne s’ennuie pas une seconde! En souhaitant tout le meilleur pour la suite, espérant une belle continuation dans l’exploration d’un cinéma de genre qui a encore tant de surprenantes choses à nous faire partager. Prenons les devants et disons-nous déjà à l’année prochaine! On impatiente déjà…

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Au revoir...

Au revoir...
Related Posts with Thumbnails page counter
Web Counter