jeudi 7 octobre 2010

Soirée Bis "Bis" : Bientôt, le 11 décembre!!



Il est sympa notre ami Julien... Après une première incursion dans les arcanes du cinéma bis, avec un succès aussi fracassant qu'inattendu, notre cinéphile aventureux nous propose une nouvelle expérience cinématographique pour la fin de l'année 2010... Une deuxième exploration dans ce cinéma si particulier. Intitulé LA NUIT DES MASQUES, cette plongée bis "bis" nous promet un spectacle sacrément gratiné. Pour le prix très généreux d'une petite thune (CHF 5.- pour ceux qui suivent pas!), voici l'occasion de (re)découvrir sur grand écran deux perles du genre, fascinantes et incontournables tout en présentant deux visions de l'horreur diamétralement opposées. C'est un savoureux double programme qui nous attend le samedi 11 décembre prochain de 20h30 jusqu'assez tard dans la nuit. Le temps d'une soirée, revivons les frissons que pouvait procurer un cinéma de quartier à la grande époque du Bis...

Les festivités débuteront rééllement à partir de 21h00 avec LES PREDATEURS DE LA NUIT (1988) du génial réalisateur Jess Franco. Une production René Chateau à la distribution aussi improbable que jouissive. Un film complètement dingue qui nous apprendra que "si vous n'avez qu'une vie, vous pouvez avoir plusieurs façons de mourir!". Un spectacle perturbant, excessif, excitant, monstrueusement gore... et plutôt léger comparé à ce qui va suivre...

Car à partir de 23h00, ça ne rigole plus vraiment car c'est à cette heure-ci que s'affichera sur la grande toile et à la face de ses spectateurs une projection que l'on espère aussi mythique que son sujet : MASSACRE A LA TRONCONNEUSE (The Texas Chainsaw Massacre) de Tobe Hooper (1974). Un classique, un chef-d'oeuvre inoubliable qui a marqué l'inconscient collectif de bons nombre de cinéphiles... que ceux-ci l'aient déjà vu ou non! Plus de trente-cinq ans après sa sortie, voilà une occasion unique de voir et/ou revoir cet incroyable long-métrage à l'atmosphère tellement oppressante. Car cette oeuvre insurpassable de Tobe Hooper n'a rien perdu de sa puissance. Il reste un choc cinématographique d'une force phénomènale. Une belle occasion de revivre "en grand" un des plus célèbres cauchemars que nous aura offert le 7ème Art.

Dans le cadre très sympathique du "Nouveau Monde" à Fribourg, Julien nous propose donc une bien belle soirée en perspective, qui sera agrémentée de petites surprises dont il a le secret. On s'en réjouit déjà... En compagnie de notre hôte avisé, c'est toujours un plaisir de se glisser dans une salle obscure pour savourer, avec une foule de spectateurs avertis, de grands moments de cinéma venant d'une époque révolue que l'on se plaît à faire revivre le temps d'une nuit... Ami(e)s cinéphiles, j'espère vous voir nombreux le 11 décembre 2010 à LA NUIT DES MASQUES. Vivement!



Décembre, cela semble si loin... Pour patientier jusque là, je vous propose ci-dessous un petit entretien avec le très sympathique Julien Comelli. Une agréable discussion avec un amoureux du cinéma, forcément passionnante et riches d'informations, où le cinéphile parle de la création de ses soirées "bis", de K7 vidéos, de René Chateau et plein d'autres choses. Bonne lecture!

Raconte-nous un peu comment tu en es venu à organiser des soirées "Cinéma Bis"...
Complètement par hasard. En fait je connais depuis des années Sylvain Maradan, le programmateur du « Nouveau Monde », puisqu’avant d’avoir cette casquette, l’homme travaillait dans un magasin où j’allais acheter mes DVD. Ce n’était pas le décor de HIGH FIDELITY mais l’ambiance y était ; à savoir que tous les aficionados de la ville y trouvaient leur compte. Sylvain connaissait très bien mon attachement au cinéma bis, au nanards assumés et surtout à tout le cinéma populaire des grandes années, des séries B américaines mythiques aux comédies françaises des années 60-70, celle-là même qu’il était possible de voir jadis au « cinéma du dimanche soir » sur TF1.

Un jour Sylvain m’appelle en me disant qu’il avait le désir de faire une soirée cinoche au Nouveau Monde en passant « des conneries » (je reprends ces mots) et me demande ce que j’en pense. Au fil de la discussion, il est apparu évident que je pouvais être l’homme de la situation, ma frénésie à lui soumettre 107 idées de soirées thématiques à la minute ayant fait tout le travail.



Le cinéma d'exploitation est très vaste. Après la première soirée de février 2010, qui mettait l'accent sur l'érotisme et la gaudriole, quel est ton but avec cette deuxième tentative? Tu avais une thématique qui te tenait particulièrement à cœur?

Très honnêtement, je pensais, tout comme Le Nouveau Monde, que cette soirée de février serait unique. Ayant totale carte blanche, j’avais décidé d’y aller à fond, en me disant que je n’aurais aucune autre occasion de passer L’ARRIERE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS ou FEMMES EN CAGES en public (rires). Au final cette tentative a été contre toute attente un franc succès. D’où l’idée immédiate, à l’issue même de la première soirée, de récidiver la démarche dès que possible.

Avec le recul, je ne regrette rien mais me rends bien compte que cette soirée avait un côté « too much ». Egalement d’avoir atteint, avec FEMMES EN CAGES, le paroxysme du décalage déconnant. Il me paraissait donc logique, pour la deuxième nuit, de ne pas tenter de jouer la surenchère. J’ai donc passé un temps assez conséquent à réfléchir à la programmation idéale pour cette nouvelle soirée. Quelque chose à la fois de différent et plus respectable, tout en restant à 100% dans le bis. Dès le départ, j’avais très envie de passer MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, le film étant à la fois la référence ultime du genre et une œuvre qui, dans l’inconscient collectif, reste horrible alors que quasiment personne en dehors des cercles d’initiés ne l’a vu, et ce même si le film est aujourd’hui facilement accessible. Avoir l’occasion de découvrir le film de Tobe Hooper sur grand écran et en public représentait aussi une belle motivation personnelle.

Ne restait plus qu’à trouver un compagnon de voyage à MASSACRE A LA TRONCONNEUSE. Deux options s’offraient à moi : soit je présentais un autre film de référence, comme LA NUIT DES MORTS-VIVANTS de George Romero ou LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE de Wes Craven, soit je prenais le contre-pied de la situation en proposant un film plus léger. La deuxième option m’a semblé la bonne. Verdict le 11 décembre…


MASSACRE A LA TRONCONNEUSE et LES PREDATEURS DE LA NUIT sont deux films cultes particulièrement prisés par une certaine frange de cinéphiles. Te rappelles-tu de la première fois que tu as découvert ces œuvres et de ce que tu en avais pensé à l'époque?

Très curieusement, j’ai découvert MASSACRE A LA TRONCONNEUSE très tard, à l’âge même où j’étais légalement en droit de le voir. Il faut dire que lorsque le film est sorti en VHS au début des années 80, je n’avais même pas dix ans et bien qu’il était courant d’en voir la bande annonce à la fin des K7 René Chateau, mes parents veillaient au grain afin d’éviter que je ne tombe sur cette « chose interdite ». Comble de malchance, le film ne passait jamais au mythique « Film de Minuit » sur la TSR, contrairement à des métrages tels que HALLOWEEN de John Carpenter ou PULSIONS de Brian de Palma pour n’en citer que deux, que j’ai pu découvrir en douce le mercredi après midi lorsque mes parents bossaient. Mon père a été une des premières personnes à acquérir un magnétoscope en ville. Il était donc facile pour moi de maîtriser la programmation de l’immense machine et de regarder ce que je voulais loin des regards indiscrets (rires).

A l’âge où en toute logique j’aurais pu découvrir le film, plus aucun vidéoclub ne le proposait en location. Pareil pour ZOMBIE de George Romero et bien d’autre « Classiques de l’Horreur et de l’Epouvante » de la fameuse collection René Chateau. Il aura fallu attendre mon arrivée à Fribourg et la découverte du légendaire vidéoclub du centre commercial de Beaumont, aujourd’hui disparu, pour que j’accède enfin à « la » fameuse VHS tant convoitée. Tu sais, celle avec la fameuse pochette violette où l’on voit Marilyn Burns hurler de peur sur le recto. Je n’ai d’ailleurs jamais réussi à lui mettre la main dessus pour ma collection. Bref, revenons à ta question. Le choc à la découverte de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE fut beaucoup moins grand pour moi que pour d’autres films de genre, tels que THE THING ou LA SENTINELLE DES MAUDITS, pour la simple et bonne raison que je l’ai découvert trop tard. Il n’empêche qu’il m’est apparu immédiatement qu’il s’agissait là d’un film intemporel qui avait sa place dans l’histoire.

Pour LES PREDATEURS DE LA NUIT, l’histoire est encore plus cocasse. En fait je l’ai vu après avoir trouvé la VHS dans le bac à solde d’un vidéoclub. Je m’attendais en fait à un gros nanard, Brigitte Lahaie n’ayant en toute sincérité rien tourné d’essentiel mis à part quelques films X. Je vais peut-être te choquer mais je ne trouve pas que LES PREDATEURS DE LA NUIT soit un très bon film. Mais il s’en dégage une telle ambiance propre aux eighties version bourgeoise qu’à bien des égards, je trouve que le film de Jess Franco surpasse le travail de Claude Chabrol de la même époque.



Le film de Jess Franco est en fait un remake du film de Georges Franju intitulé LES YEUX SANS VISAGE. Si le film français est certainement plus "respectable", est-il à tes yeux un meilleur film?

Oui définitivement. En même temps je ne suis pas sûr que les deux films soient comparables, en ce sens que même si la trame scénaristique est rigoureusement la même, le traitement en est radicalement différent. Si Franju avait tourné son film plus tard, à la période de NUITS ROUGES, sans doute que LES YEUX SANS VISAGE aurait eu une connotation plus « serial ». Il faut se souvenir que l’homme était un très grand fan de FANTÔMAS, qui appartient comme chacun sait à la culture populaire. LES YEUX SANS VISAGE fait encore partie de cette génération de films pré-Nouvelle Vague, avec une majeure partie de l’action tournée en studio et des acteurs au jeu très théâtral, donc plus « respectable » pour l’intelligentsia…


LES PREDATEURS DE LA NUIT est un film assez extraordinaire et regroupe aussi une distribution absolument fabuleuse pour tous les amateurs de cinéma bis : Telly Savalas, Brigitte Lahaie, Florence Guérin, Caroline Munro, Helmut Berger... Que du pur bonheur! Jess Franco aurait-il réalisé là le film bis ultime?

Tu oublies le rejeton Mitchum et la quasi totalité des comédiennes des FILLES D'A COTE (rires) ! Oui la distribution est totalement incroyable et aide sans doute au côté mythique de l’œuvre. Pour avoir discuté avec Jess Franco du film, je ne crois pas qu’il ait pensé réaliser le film bis ultime. Le cinéaste est comme tu le sais assez péjoratif face à sa filmographie. Il ne garde d’ailleurs pas un souvenir extraordinaire du tournage. Florence Guérin, avec qui j’ai également eu l’occasion de parler du métrage, m’a dit que son principal souvenir était d’avoir appris à tricoter entre les prises avec Brigitte Lahaie, qui était la compagne à la ville de René Chateau à l’époque. C’est pour te dire à quel point l’équipe ne se sentait pas impliquée dans le projet. Je crois que LES PREDATEURS DE LA NUIT est avant tout le film de René Chateau, qui en a écrit le scénario sous le pseudonyme de Fred Castle (rires). Jess Franco n’a été à mon sens qu’un faire-valoir sur le tournage.



A une certaine époque, MASSACRE A LA TRONCONNEUSE avait été sous le coup d'une interdiction de diffusion en France. Pour beaucoup de spectateurs, la découverte de ce long-métrage exceptionnel passa par la VHS édité par René Chateau dans sa fameuse collection "Les films que vous ne verrez jamais à la télévision" et ses fameuses jaquettes vidéos très impressionnantes. Ce fut également ton cas?

Comme beaucoup de gens de ma génération, j’ai découvert le Septième Art par la vidéo. C’était pour le gamin que j’étais à l’aube des années 80 le seul moyen de se plonger dans le cinéma, puisqu’à cette époque là, les salles traditionnelles avaient déjà arrêté les rediffusions d’été. J’ai donc tout comme toi je pense eu l’occasion de me familiariser avec le Septième Art grâce aux vidéoclubs et qui plus est, avec toute une catégorie de films en marge qui ne trouvaient pas leur place dans les salles obscures, pour des questions d’interdiction ou parce que jugés trop médiocres pour être exploités dans les cinémas. Par chance, la censure était assez laxiste à cette époque et n’avait pas du tout conscience que bon nombre de vidéocassettes atterrissant dans les vidéoclubs présentaient, parfois sous des titres d’emprunt, des œuvres subversives.

« VHS », le scénario que j’ai enfin réussi à terminer et qui commence à circuler (croisons les doigts), tente d’ailleurs de rendre hommage à cette époque bénie pour un gosse comme moi qui pouvait rester des heures dans ces toutes petites échoppes qu’étaient les premiers vidéoclubs, à fantasmer devant des jaquettes de films que je désespérais voir…


René Chateau est un éditeur français qui s'est souvent spécialisé dans le cinéma bis. Selon toi, est-il un vrai fan du genre ou un opportuniste? La plupart de ses éditions vidéos proposaient quand même des versions intégrales des longs-métrages, ce qui n'était pas le cas de tous les pays où ces films étaient distribués.

Version intégrale et qui plus est originale également, en tout cas pour la collection des « Classiques de l’horreur et de l’épouvante ». Ta question est pertinente… Je pense que Chateau est avant tout un malhonnête. Qu’il soit fan de bis ou opportuniste n’est que secondaire. Il faut savoir que l’homme, qui était carreleur de métier, a réussi à se mettre Belmondo dans la poche à l’époque où il était journaliste à Playboy (Chateau bien entendu, pas Bébel, rires). De là, René est devenu tout puissant sur le cinéma français, chose incroyable pour un petit indépendant qui ne sortait de nulle part. Louable même. Chateau avait du flair et a fait un double banco en misant à la fois sur le cinéma bis, par le biais notamment de l’exploitation des films de Bruce Lee et d’autres de la firme Shaw Brothers, et sur le marché vidéo avant tout le monde. Le là, il s’est fait une place au soleil, sans penser un seul instant que cela n’en faisait pas un homme tout puissant. Sa rupture avec Belmondo, auquel il a joué un bon tour de cochon, signait le déclin de l’homme mais sa légende persiste, tel un Howard Hughes à la française…


Ce genre de films a souvent été très sévèrement censurés à cause du caractère choquant et dérangeant de certaines scènes. Aujourd'hui, les spectateurs sont très souvent blasés par la violence diffusée sur un écran de cinéma ou de télévision. Penses-tu que ces deux films possèdent toujours leur "aura" scandaleuse?

Ce qui est étonnant, c’est de constater que l’aura dont tu parles justement demeure au delà de toute sorte de surenchère. Tu peux parler à n’importe qui de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, fort est à parier que l’impact émotionnel vis-à-vis ce cette œuvre à la réputation choquante surpassera toute forme de violence, même extrême, devenue monnaie courante aujourd’hui dans le cinéma, les séries télé ou les jeux vidéos. En programmant le film de Hooper, je savais que je prenais un risque et je m’attends à l’évidence à passer pour quelqu’un cherchant avant tout à choquer, alors que j’ai juste envie de donner l’opportunité à un public de découvrir, n’ayons pas peur des mots, un vrai chef d’œuvre.


Pour cette deuxième soirée bis sous-titrée "LA NUIT DES MASQUES" et qui aura lieu à la fin de l'année 2010, prépares-tu quelques petites "surprises" en plus desdites projections? Un petit scoop qui mettrait dans tous ses états un adepte averti du cinéma bis?

N’allons pas jusque là (rires) mais bien évidemment, je vais préparer des petites friandises à savourer avant les films. Les nostalgiques des VHS éditées par René Chateau seront sans doute heureux de revoir quelques bandes annonces mythiques que l’on trouvait à la fin des programmes de l’homme à la panthère noire. Pour le reste, je garde un joker dans ma manche, en espérant que la chose, aussi menue soit-elle, puisse aboutir…


En Suisse, le cinéma de genre a tout de même pas mal de peine à s'imposer sur les grands écrans. Sans doute la faute est à imputer à des exploitants de salles peu soucieux de ce genre de films qui, pourtant, rassemble d'amples foules lors de festivals locaux comme le NIFFF à Neuchâtel ou encore le LUFF à Lausanne. Que penserait-tu d'une salle, d'un "temple" dédié au cinéma bis comme l'était à la grande époque la fameuse salle "Le Brady" à Paris?

Il y a un effet de mode à l’heure actuelle face au bis. Un espèce de côté branchouille qui fait que, pour le moment, il est de bon ton de se délecter devant d’obscures bobines des grandes années du cinéma de quartier. Je pense que tout ça va retomber et que seuls les aficionados de la première heure resterons avec leur passion. Pour ce qui est d’un temple du sérial, si tu me trouves un mécène, je connais une salle qui n’attend que ça et je ne demanderais pas mieux que d’en assurer la gérance (rires)…

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