samedi 23 octobre 2010

LUFF 2010 / Day 3


Vendredi. Déjà? Alors que le weekend est proche, peut-être est-ce une manière de ménager ses spectateurs les plus gourmands, mais ce jour-ci est sans doute le moins chargé en projections de tous genres de toute la durée du festival. Cela étant bien entendu concevable en tenant compte des nombreuses découvertes effectuées les jours précédents. Comme celle de l’univers si particulier de Jean-Louis Van Belle qui s’est faite jeudi soir passé avec PARIS INTERDIT. Je m’autorise donc à rester tranquille jusqu’aux alentours de 17h30... Du coup, ce n’est qu’en début de soirée que je vais rejoindre les adeptes de l’alternatif. Comme un vampire timide, j’attends patiemment que la lumière du jour disparaisse peu à peu pour pouvoir sortir de mon antre et parcourir les ruelles de la ville de Lausanne à la recherche d’un public avide de sensations étranges.

Aujourd’hui, ce n’est ni à la Cinémathèque ou au Zinéma que le LUFF me donne rendez-vous. La projection du deuxième film de la rétrospective JVB a lieu dans un angle sombre de l’Avenue de France. Le cinéma Oblò se situe dans le local d’un bâtiment guère rassurant. Un peu délabré et d’une autre époque, les lieux abîmés par le temps semblent être un réceptacle parfait pour une soirée underground. Et, une fois franchit le pas de la salle obscure, le décor est carrément apocalyptique. Cinoche improvisé ou salle de concert destroy? L’Oblò me charme tout de suite avec son estrade réaménagé avec des sièges vintage un peu défoncés. Le public est déjà bien présent, les fauteuils trouvant nombre de paires de fesses à accueillir. De mon côté, Maryke et un de ses amis m’accompagnent pour une curieuse aventure que l’on peut vivre comme un plongeon dans l’inconnu cinématographique… Car qui connaissait ou avait déjà vu ce film auparavant?

PERVERSE ET DOCILE suit les pérégrinations meurtrières de Françoise Frémont, une jeune et belle femme aux motivations mystérieuses. Des cabarets parisiens à la jet-set décadente londonienne, elle séduit des hommes riches, arrogants et obsédés avant de les assassiner froidement.

Faux remake trash de LA MARIEE ÉTAIT EN NOIR de François Truffaut (1968), le réalisateur livre ici une sorte de « rape & revenge » cher au cinéma d’exploitation qui se présente comme un cocktail assez étonnant mélangeant drame, humour et érotisme soft. La mante religieuse porte les traits de la rouquine Carole Lebel, un joli minois qui va accomplir des mises à mort à travers le monde - de Düsseldorf à Londres, de Paris à Rome et encore ailleurs - sur le rythme d’une musique jazz-rock entêtante. Le long-métrage est séduisant, garni de belles femmes nues et de meurtres ingénieux. De plus, Van Belle donne des répliques digne de Michel Audiard à sa distribution. Ce qui rend son film merveilleusement décalé et amusant. Si sa structure peut sembler répétitive sur la longueur, PERVERSE ET DOCILE n’ennuie jamais vraiment car il regorge de petites trouvailles visuelles ainsi que d’une séquence sadomasochiste assez intense qui donnent tout son charme à ce genre de production. Filmé à l’arrache dans des décors naturels ou dans des propriétés privées de personnalités richissimes, son long-métrage dégage une réelle fraîcheur absolument savoureuse, d’autant plus que son histoire est accompagnée par une bande sonore groovy qui ne s’arrête quasiment jamais. Un véritable régal.

Le marginal qui fut un temps gardien de moutons est à nouveau présent à cette diffusion et, comme ce fut le cas hier au soir, accompagne son public à travers ses films. Bien que la copie 35mm soit passablement abîmée - on aurait dit que le film était tourné uniquement en couleur rouge et ses dégradés - et qu’il y eut quelques soucis techniques durant la projection, Jean-Louis Van Belle n’arrête jamais de nous abreuver de ses déboires en tant que metteur en scène. Durant le changement de bobine, il n’hésite pas à nous raconter ses aventures délirantes pour se procurer de la pellicule, ses projets avortés avec Johnny Hallyday ou Jean-Paul Belmondo, les anecdotes cocasses sur ses tournages... Ce gaillard est une véritable mine d’or d’informations. Une fois la diffusion de PERVERSE ET DOCILE terminée, il demandera si quelqu’un est capable de chanter le thème musical de son film, réservant à cette personne la joie de pouvoir posséder une copie DVD de PARIS SECRET et d'un de ses autres films intitulé LE SADIQUE AUX DENTS ROUGES (présenté au LUFF demain soir!) récemment sorti sur galette numérique par l’éditeur Mondo Macabro. Alors qu’il chantonnait déjà cette fameuse petite mélodie à travers le film, un spectateur remporte assez rapidement le « Graal JVB » en s’imposant timidement. Il n'aura que chantonné la mélodie durant quelques secondes... Mais pari tenu, voici donc notre gagnant. Et c’est ainsi que se termine cette bien chouette séance à l’Oblò, en compagnie de Jean-Louis Van Belle et de son assistante uniquement là - et c’est lui qui le dit - par souci de parité entre les sexes! Sacré bonhomme tellement sympathique mais quand même un peu doux cinglé. Le cinéma a récupéré ici un sacré artiste qui ne laisse aucunement insensible. Toujours de grands moments en perspective avec Monsieur JVB!

Il est déjà 20 heures lorsqu’il faut quitter l’obscure salle de cinéma et déjà rejoindre les quartiers de la Cinémathèque suisse pour la suite de la programmation du LUFF. Et c’est aussi le moment de me séparer de Maryke qui s’en va à la salle Le Romandie avec son copain découvrir un autre univers constitué du gratin des rockeurs chevelus de Lemmy Kilmister. LEMMY « 49% motherf**ker. 51% son of a bitch » s’attache à raconter le parcours du leader du groupe culte Motörhead qui a eu un impact considérable sur l’histoire de la musique. Pour ma part, j’ai juste le temps de lui faire une bise pour ensuite m’engouffrer illico presto sous les tentes bien chauffées du LUFF et retrouver ainsi durant un court moment - le temps de dire coucou, bonjour, bonsoir, smack - Aline, Francis, Thibault; ami(e)s bénévoles travaillant pour la manifestation. C’est toujours chouette de voir des visages connus au milieu d’une foule toujours plus dense d’étrangers venus assouvir leurs penchants déviants dans un Temple du cinéma. C’est aussi mon tour de rejoindre Vincent et Tristan, venus tout droit de la région fribourgeoise pour assister aux quelques projections qui nous reste pour la soirée gratinée du vendredi soir…





C’est dans la grande salle Paderewski que je m’apprête à m’ouvrir au monde unique du cinéaste tchèque Jan Svankmajer et ses animations expérimentales si étranges et poétiques. Il faut dire que mis à part le formidable ALICE (Neco Z Alenky) datant de 1988 ainsi que quelques-uns de ses courts-métrages, le cinéma de cet auteur m’est relativement inconnu. Comble du bonheur, l'oeuvre de ce soir est justement complétée d’un de ses petits films. Avant cela, il faudra se farcir - eh oui, carrément!- les théories masturbatoires d’un professeur de l’ECAL qui vient nous faire son petit cours explicatif sur le décodage des images de ce fabuleux auteur. Un instant plutôt assez pénible qui ne fera surtout qu’amplifier le retard de plus en plus conséquent entre les séances de la journée. Bref… On débute finalement avec BYT (1968), fabuleux film noir/blanc où Svankmajer nous fait partager les frustrations d’un personnage dont l’appartement exerce une certaine forme de rébellion face à son locataire. L’humour et la maestria technique du réalisateur livre un véritable chef-d’œuvre que l’on applaudit forcément des deux mains. Hélas, du moins pour ma part, il n’en sera pas de même avec le long-métrage qui suit : LES CONSPIRATEURS DU PLAISIR (Spiklenci Slasti).

Plus drôle et léger que d’autres de ses œuvres, ce film du maître surréaliste se penche sur les fantaisies sexuelles de six personnages anonymes avec la concrétisation de fantasmes insoupçonnables. L'ambiance restranscrite est ici ancré dans les prises de vues réelles avec de vrais acteurs de chair et de sang. Durant près d’une heure et quart quasiment sans aucun dialogue, il rassemble ses éléments énigmatiques pour leur exploitation. Svankmajer utilise l’animation pour illustrer une sorte de rêve éveillé lors des moments tant désirés. Et il s’agit bien de ces rares instants où le long-métrage devient enfin intéressant avec des images bien délirantes comme ce bel homme-oiseau; ou encore la création d’une machine qui permet à son personnage de faire l’amour à une présentatrice TV. Au-delà de cela, LES CONSPIRATEURS DU PLAISIR est bourré de longueurs et s’attarde un petit peu trop sur sa mise en place au détriment de ces fameuses réalisations au service du plaisir. Son long-métrage en devient même assez frustrant à suivre. Décidément, mis à part sa revisitation du classique de Lewis Caroll, Svankmajer n’arrive à me convaincre que sur des formats beaucoup plus courts.

Sortant de la salle bien fatigué, car oui je me suis assoupit à plusieurs reprises durant la diffusion du film, il est enfin le moment d’aller se rafraîchir un petit instant au bar du Casino avec une bonne boisson. Vincent paie une petite tournée bien agréable que l’on doit tout de même savourer assez rapidement car il n’est pas autorisé de rentrer dans la grande salle avec nos breuvages. Boire un grand verre de coca-cola en quelques minutes, voilà l’effort à fournir durant un festival. Il est déjà passé dix heures du soir. La foule est à ce moment-là bien compacte. Mais que se passe-t’il donc? Quelle question… C’est bientôt l’instant X avec la diffusion de la deuxième carte blanche de M. Bier. La pornographie, bien que ghettoïsée, trouve une longue et large audience spécialement ce soir où l’on accueille la projection LES GOULUES avec un état d’esprit à la gaudriole. Les gros lourds de la première soirée du weekend sont ici, contrastant passablement avec le public coutumier du LUFF qui vient autant savourer les expérimentations visuelles d’un Michael Snow que les peloches iconoclastes de Jean-Louis Van Belle. Mais qu’importe… Le public est là pour se gorger de fesses et de chattes poilues.

Le vicomte Adhémar, la trentaine, est un vieux garçon qui s’évanouit à la vue des femmes. Ses parents le conduisent dans une clinique sexuelle afin de le guérir pour un mariage avec la très riche Sylvia. L’infirmière-chef Berthe va déployer tout son savoir-faire pour ce cas désespéré. Pendant ce temps, à leur insu mutuel, les parents d’Adhémar cherchent aussi à profiter des bienfaits de la clinique.

Cette comédie pornographique assez amusante possède une distribution qui mélange tous les âges. Ainsi des femmes et des hommes, jeunes ou d’âge mûr, font intimement connaissance sous la supervision avisée d’un médecin moustachu principalement préoccupé par le bien être de ses patients… Ce qui ne l'empêche nullement de manger un bon morceau de pain/fromage devant ses clients qui baise juste à côté. Clinique très spéciale où les infirmières se dévouent à la tâche sans compter. Ce qui fera principalement le bonheur du père du malade, un vieux coquin lassé de son épouse qui se l’enverra tout de même en levrette sans se rendre compte qu’il baise sa propre femme alors qu’il pensait s’envoyer une patiente anonyme. Vaudeville sexuel gorgé de situations croustillantes, dont on retiendra spécialement une sodomie masculine pratiqué par Berthe sur le vicomte avec grand soin. Une longue séquence qui aura certainement perturbé une partie du public, venue davantage pour des relations plus hétérosexuelles. Mais l’ambiance est surtout à la rigolade. « Adhémar a démarré! » aura suscité de grosses crises de fous rires ainsi qu’une avalanche d’applaudissements face à ce jeu de mots plutôt judicieux.

Au niveau de la distribution, on y reconnaît surtout des icône du cinéma X comme Sylvia Bourdon et l’indétrônable Queue de Béton alias Richard Allan. Celui-ci y est d’ailleurs bien hilarant en jeune premier qui découvre les joies du sexe. « Ca ne me fait rien! » dit-il alors qu'on lui demande de déshabiller sa femme. Mais ne vous inquiétez pas, l’effet bien que tardif ne tardera pas trop à se faire sentir… Le final du long-métrage, grand moment de partouze débridée, se termine sur un instant fort réjouissant où nous assistons à ce qui est probablement la seule éjaculation visible figurant dans LES GOULUES. Au moment propice, la jouissance d’un partenaire masculin s’inscrit sur l’écran avec les trois lettres du mot « FIN ». Un joli effet de style qui conclut avec enthousiasme cette troisième soirée du LUFF.


Il est bien tard, les concerts ont déjà largement débutés à la salle des Fêtes. Et la foule, décidément très importante ce soir-là, crée carrément des embouteillages dans les couloirs. Je n’ai plus le courage pour descendre encore écouter « Le son noir et profond de la distorsion extrême », thématique de la nuit pour cette soirée punk. D’ailleurs, cela regroupe un genre de public que l’on n’aurait pas idée de croiser à une séance de cinéma. Cela en devient même surréaliste de voir autant de crêtes fluorescentes s’agglutiner contre les murs pour assister à un concert. En attendant, bien imbibés de bières sont ceux-ci pissent à tout va contre les troncs des arbres aux alentours de la Cinémathèque. Une charmante vision de nuit sur laquelle je prend mon départ… J’apprendrai le lendemain que la nuit fut assez agitée avec de la bagarre à plusieurs reprises et l’intervention des forces de l’ordre munies de grenades lacrymogènes et de combinaisons adéquates. Il y a eu un peu de casse, les pogoteurs bien déchaînés ne savent bien sûr pas se tenir… Avec l’underground du LUFF, il y a toujours de l’ambiance… Le weekend s’annonce bien mouvementé, samedi constituera la journée la plus chargée de la semaine avec le visionnage de 5 longs-métrages qui ponctueront un programme très hétéroclite. Joie. Vive le LUFF!


Petit bonus, une vidéo de la rencontre avec Christophe Bier, Michel Barny et (surtout) la charmante Marilyn Jess. Moment magique!

2 commentaires:

Au revoir...

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