lundi 25 octobre 2010

LUFF 2010 / Day 5


Dimanche morose. Dehors, il pleut des cordes, il fait froid et le vent secoue les feuilles colorées des arbres. Ce n’est pas vraiment la météo idéale pour mettre le nez dehors ou encore sortir le chien (considérez plutôt l’empaillement!)… Bien que la clôture du LUFF a été effectuée hier au soir, ce n’est pas pour autant que le Festival soit déjà fini. Oh non, il reste encore tout plein de choses à voir, à subir, à écouter malgré le temps de chiottes qu’il fait à l’extérieur. En prenant son courage à deux mains et se munissant d’un parapluie cassé, je m’en vais sous les trombes d’eau dans la ville quasi déserte. Les rares piétons qui parsèment les rues n’ayant pas le profil type du spectateur qui a envie de s’envoyer un bon programme underground. Arrivant à la salle de concert Le Romandie, j’ai l’impression d’être le premier LUFFien à investir les lieux. La place est déserte, devant la scène les chaises blanches en plastique se sentent bien seule face à l’écran de cinéma improvisé. En tout et pour tout, seulement une dizaine de téméraires assisteront au « Destroy All Monster One », première partie d’une case dédié aux films en relation étroite avec la musique…

Le programme du jour est divisé en deux parties : tout d’abord GROW LIVE MONSTERS datant ses créations entre 1971-1976 et un autre court métrage plus récent intitulé SHAKE A LIZARD TAIL OR RUST BELT TRUMP qui a été réalisé en 1996. En tout, c’est un immense collage d’une durée de 90 minutes qui montrent toute la tendresse du groupe Destroy All Monsters (plus communément appelé DAM) pour le cinéma de monstres, les effets spéciaux à base de latex et les scénarios farfelus. Il en découle une sorte de compilation visuelle façonnée d’une manière cheap en 8mm, Super8 et 16mm qui est fusionnée avec leur musique radicale, sorte de spirale infernale bruitiste pas loin d’être insupportable pour les oreilles les plus délicates. Des séquences absurdes, burlesques et grotesques assaillent les spectateurs comme un gigantesque déluge psychédélique décadent, rendant ainsi hommage au style si particulier de l’imagerie du cinéma d’horreur et d’exploitation. Une immersion totale, une expérience audiovisuelle qui peut être finalement assez lassante à suivre, ne variant pas énormément sur la longueur mais permettant dans sa dernière partie de découvrir une performance live du groupe au Japon mixé avec des publicités bon marché. C’était plaisant à découvrir… Mais pour un effet encore plus tripant, il serait sans doute judicieux de proposer de prendre quelques psychotropes juste avant de s’immerger dans leur univers.


A 18h00, il est temps de quitter la salle du Romandie pour reprendre la route toute mouillée qui mène jusqu’au cinéma Oblò à l’Avenue de France 9. Une petite balade pour se dégourdir les jambes avant d’aller assister à la dernière projection de la rétrospective consacrée à Jean-Louis Van Belle. Même si le lieu ressemble quelque peu à une cave de squat réaménagé avec de vieux sièges de salles obscures, l’endroit est sympathique et il fait bon d’être là. Le public de fidèles est présent, on reconnaît des tronches de « déjà vu », mixage alternatif entre vieux cinéphiles et jeunes curieux, tant hommes que femmes, comme cette belle apparition d’une charmante brunette à lunettes venue déguster un bon petit thé pour se réchauffer juste avant le début de la séance.

La salle est bien silencieuse, car le réalisateur n’est plus des nôtres aujourd’hui, étant sur le départ et contraint de se plier aux horaires des train pour la France. C’est donc sans le Maître que l’on va assister à la diffusion de PERVERTISSIMA. Un journal d’investigation procède à une méthode d’embauche peu orthodoxe : les candidates doivent se présenter nues à ses patrons, un cinquantenaire et son neveu, tous deux dragueurs invétérés et obsédés. C’est la fraîche et charmante (et vierge!?) Françoise qui décroche le poste et qui se voit confier une enquête sur le thème de « L’Amour à Paris ». Françoise accepte avec le sourire et n’hésite pas à donner de sa personne, au sens le plus littéral du terme, pour les besoins de son article…

Tout comme son PERVERSE ET DOCILE avec lequel il partage de nombreux points communs, PERVERTISSIMA est une comédie loufoque et polissonne. A l’aide de son héroïne, il nous fait pénétrer dans différents lieux particuliers : un club de partouzards masqués ou encore sur la scène d’un cabaret; un bout de trottoir emprunté à une tapineuse allant de la rue 49 à 69... Françoise se dévoue à sa cause journalistique et côtoie bon nombre de personnages farfelus, comme ce leader de secte halluciné incarné par le cinéaste lui-même. Ce dernier utilise toujours certains de ses acteurs vus dans ses autres films, comme le fameux « vampire de Paris » ou encore le médecin du SADIQUE AUX DENTS ROUGES. Si la première partie du long-métrage se présente comme une suite de scénettes érotiques légères, la dernière mission de Françoise est plus délicate : l’infiltration d’une clinique aux activités douteuses. A cet instant, PERVERTISSIMA essaie de développer un semblant de suspense avec ce docteur fou qui cherchent à créer des êtres parfaits qui lui permettront de devenir le Maître du Monde! Mais ce virement de situation dramatique est plutôt longuet et répétitif, d’autant plus que Van Belle n’y injecte pas suffisamment d’humour au-delà d’un final constitué d’une ridicule séquence de combat entre un journaliste et le dément armé d’une seringue. De toute la sélection consacré à JVB, ce dernier film au demeurant plutôt sympa et agréable à suivre, restera tout de même le moins bon du lot.


En quittant la petite salle du cinéma Oblò avec Raymond, nous nous dirigeons tranquillement vers la Cinémathèque pour assister au dernier long-métrage présenté dans le cadre de la neuvième édition du LUFF. Quelle belle manière de terminer un festival avec un film de cul. Et ce soir, il s’agit d’une belle curiosité, un porno soft avec Alice Arno dont le titre est LA PIPE AU BOIS. C’est aussi le dernier moment pour écouter encore une fois le passionnant Christophe Bier qui fait tordre l’adage des pornophobes « quand on a vu un porno, on les a tous vus ». Ce qui est complètement faux car je crois que l’on peut dire qu’avec la sélection des 4 films X proposés dans cette carte blanche montre bien la richesse et la diversité d’un genre dont on a encore beaucoup à découvrir. Mais avant le long-métrage, c’est toujours avec plaisir que l’on déguste à nouveau les quelques bandes annonces introduites par Frédéric Lansac et qui figuraient déjà avant la diffusion de MES NUITS AVEC… ALICE, PENELOPE, ARNOLD, MAUD ET RICHARD.


Au moyen-âge, Margot et Yolande vivent recluses dans la forêt. Ses deux sœurs s’adonnent à la magie noire et dépouillent les voyageurs qu’elles épuisent sexuellement avant de les tuer. Jadis violée par un châtelain pervers, Margot attend l’heure de la vengeance. L’arrivée d’un jeune homme égaré va bouleverser leur vie… Un porno en costumes, voilà qui est plutôt rare dans la production de ce genre de films en France. Ce qui rend d’autant plus intéressant LA PIPE AU BOIS c’est qu’il s’agit d’un long-métrage où les inserts explicites ont été rajoutés après coup, ce qui crée un décalage assez étonnant avec les séquences sexuelles assez softs effectuées par les comédiens du film. Ainsi, on assiste à quelques parties de baise où les parties génitales cadrées à l’écran sont issues de doublures. Ceci est particulièrement évident car le travail de montage étant complètement catastrophique avec ces brefs changements de colorimétrie qui sautent aux yeux. Mis à part cela, le scénario mixe violence et sorcellerie en plus de son ambiance érotique assez bucolique où l’on viole et tue en milieu forestier. Il y aussi cette superbe séquence où une jeune adolescente nue est affublée d’une muselière alors qu’elle pratique - en étant doublée, bien entendu - une fellation sur un vieux monsieur. Des éléments qui feront bondir la Commission de censure de l’époque qui recommandait l’interdiction totale de diffusion du film. Mais ces petits instants « d’abaissement de la personne humaine » se révèlent finalement guère offensifs et dénotent plutôt un parti pris original loin des standards du X traditionnel. Bien que beaucoup trop long, LA PIPE AU BOIS réserve donc quelques spécialités « outrageantes et dégradantes » à ses spectateurs, offre un beau rôle à Alice Arno et se termine sur un final bien sadique malheureusement gâché par un montage hasardeux. Ainsi se termine la carte blanche sur la pornographie française, un cinéma définitivement à (re)découvrir.


A la Cinémathèque, l’équipe du LUFF a déjà bien débarrassé les lieux. Il ne reste plus beaucoup de traces du Festival. Les affiches ont déjà disparues et tout semble redevenir « normal » dans ce Temple du cinéma. Dehors, il fait froid, déjà nuit et le vent secoue toujours avec vivacité les feuilles colorées des arbres. Les spectateurs se dispersent et nous font prendre connaissance que le mot « Fin » à l’écran est également celui de cette manifestation qui a duré cinq jours bien chargés en découvertes de toutes sortes. Bien qu’il y ait encore un reste de soirée riche d’un concert au café-théâtre Le Bourg, la fatigue semble l’emporter sur tout et c’est ainsi que je prends discrètement congé auprès des dernières personnes présentes; que je me décide de continuer mon chemin sur le retour dans le noir glacial et profond pour y retrouver la douceur d’une couette chaude bien méritée. Le LUFF 2010, c’était super! Bonne nuit, et à l’année prochaine.

Petit bonus, qu'est-ce que trouve Christophe Bier dans un carton de l'Armée du Salut? De bien belles images! Enjoy!

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