dimanche 24 octobre 2010

LUFF 2010 / Day 4


Vu que maintenant le weekend est entamé, il n’y a plus de raison pour ne pas débuter plus tôt les diffusions des films du LUFF 9ème édition. En même si l’on a passé une soirée tardive à écouter les étranges concerts du festival jusqu’aux premières lueurs de l’aube, il n’est pas rare de voir beaucoup, mais vraiment beaucoup de monde dès la première séance du jour… débutant à 14h30. On aura même droit à des remerciements de la part du « staff » bénévole pour avoir osé se lever si tôt. Car il en faut du courage pour avoir envie de se farcir ce qui reste certainement le film le plus underground de cette année.

Avant cela, c’est toujours très agréable d’avoir un peu de temps pour soi… Spécialement quand on s’impose une stricte discipline en faisant tous les jours une « petite » chronique de sa journée précédente, en détaillant le plus possible les événements petits comme importants et même insignifiants de tout ce qui fait d’une belle journée/soirée/nuit d’un cinéphile un événement que l’on se plaît à figer dans ses instants les plus appréciables. Cela prend forcément un temps fou et remplit d’autant plus mes jours… Mais il faut aussi parfois savoir s’arrêter et essayer de savourer les choses plus simples, comme se nourrir correctement. Ce qui n’a pas été vraiment le cas cette semaine car, oui, il est effectivement assez difficile de combiner une passion dévorante avec son instinct gastronomique. Mais promis, aujourd’hui, j’ai donc pris le temps de bien manger, et surtout un repas chaud en bonne compagnie. Peut-être même un petit peu trop, ce qui me fait parfois oublier mes petites affaires personnelles... De quoi être un petit peu furax quand on ne les retrouve plus après être repassé au restaurant 2 heures plus tard. Mais bon…

Bien que le LUFF se termine dimanche soir, les festivités concernant la clôture du festival auront lieu durant la soirée avec l’habituelle remise des prix aux « meilleures » œuvres de cette édition. C’est donc encore le moment d’afficher ses pronostics et d’aller voir les films en Compétition, notamment en ce qui concerne les cinq longs-métrages en lice. La journée débute donc dans une salle archi-comble au Cinématographe avec TRASH HUMPERS de Harmony Korine. Ne faisont plus durer le suspense, nous avons maintenant devant les yeux le grand gagnant de cette sélection. Est-ce pour autant un excellent film?



Cette production ultra-indépendante montre des images de vieille VHS usagée qui dévoilent les activités inavouables d’un gang de vieillards qui passe son temps à baiser des poubelles, se saouler la gueule et commettre toute une série d’actes de destruction gratuits et imbéciles dans la ville de Nashville, Tennessee. Concept amusant au départ mais qui n’évolue jamais au-delà de son statut complètement con et surtout complètement vain. Cette curiosité amuse peut-être au début mais devient très rapidement assez barbante. Bien qu’il s’agisse d’illustrer des événements auxquels le réalisateur aurait assisté durant son adolescence ne rendent pas plus intéressantes les activités de ces « faux » vieillards qui ne sont en fait que des comédiens portant des masques de latex, un peu à la manière d’un Michael Myers.

Toutefois, le style « guerilla » de sa mise en scène est intéressant à plus d’un titre, spécialement à notre époque de l’ère du digital et des images lisses et bien nettes. Korine prend ici le contre-pied des tendances cinématographiques actuelles avec ses bandes analogiques crades et bourrées de défauts techniques. L’emballage est donc sans doute ce qui a davantage séduit les membres du jury, à commencer par son président Jörg Buttgereit. Durant la remise des prix celui-ci attestera qui s’agit-là « du seul véritable film underground de la Compétition qui, en utilisant des images VHS à la qualité dégueulasse, aura été accueilli par son public comme ce qu’il est : une grosse merde! ». Constat d’autant plus lucide et qui rentre totalement dans l’approche d’une certaine qualité de production underground. Esthétisme d’une autre époque, TRASH HUMPERS est une œuvre insolente et décalée comparable à un vide-ordure cinématographique. Une spectatrice a d’ailleurs passée une partie de la séance à se rouler des joints durant la projection. Une manière comme une autre d’essayer de passer le temps devant ce long-métrage hautement passionnant et qui aura eu le mérite de ne laisser pratiquement personne indifférent devant ce gros étron filmique.

Après 75 minutes pris au piège dans une salle de cinéma, cela fait un peu de bien de se dégourdir les jambes en courant à la recherche de sa belle écharpe… Sur le chemin du retour, carrément devant le bâtiment de la Cinémathèque, j'y croise un couple de jeunes mariés en devenir se baladant entre les arbres aux couleurs automnales alors que je reviens les bras ballants au Salon bleu car les mains vides... Mais qu’importe, j’y repartirai avec un DVD dans les mains, généreusement offert par une amie à moi, l’adorable Aline. Merci pour ce beau cadeau, une édition double DVD qui regroupe deux œuvres phares de Jean-Louis Van Belle. Et merci à l’éditeur Mondo Macabro pour exhumer de tels films qui font le bonheur des cinéphiles de bon goût. Un petit bonheur qui remonte bien le moral après une pénible projection… Mais le pire reste encore à venir. Car, à peine une demi-heure après avoir quitté les vieux baiseurs masqués, je retourne au Cinématographe pour y voir une autre œuvre qui aurait davantage sa place … heu… disons, ailleurs pour rester poli : THE DEATH OF ALICE BLUE de Park Bench.



Alice Blue, fraîchement engagée dans une maison de production publicitaire, a la naïve ambition de monter dans les hautes sphères créatives de la boîte. Peu à peu, elle découvre de sombres secrets liés à cette entreprise en même temps qu’elle intègre un groupe de résistance parallèle à l’intérieur même de son lieu de travail. Sous-titré THE BLOODSUCKING VAMPIRES OF ADVERTISING, cette palpitante aventure bureaucratique possède des relents absurdes qui rappelle parfois le BRAZIL de Terry Gilliam. Adjoint à un sous-texte vampirique pour décrire à quel point ce milieu vous suce le sang, ce premier long-métrage en forme de quête initiatique est passablement pénible à suivre… Ce long-métrage est tellement prévisible et convenu qu’on pourrait se demander ce qu’il y a d’underground dans cette production pour avoir été sélectionnée en Festival. Comédie gothico-vampirique canadienne de pacotille qu’il convient mieux de garder à distance sous peine d’un ennui mortel. On oublie très vite.



Il est temps de passer à autre chose, un bon film par exemple? Histoire de ne pas être tenté de planifier un suicide collectif suite à ces deux très mauvais films qui prouvent, année après année, qu’il est plutôt assez difficile de faire une sélection de qualité avec les films underground actuels. Heureusement, il y a toujours les géniales rétrospectives à s’enfiler. Des retours en arrières salutaires où l’on ressort avec un certain plaisir de vieilles pellicules poussièreuses, faisant ainsi ressurgir les artisans qui les ont concoctées et qui ont toujours tellement de choses à nous faire partager. Des films et des anecdotes à la pelle comme un gars tel que Jean-Louis Van Belle est à même de nous offrir… Eh oui, encore lui!

La foule s’agglutine devant la salle Paderewski et les dizaines de minutes de retard s’accumulent à mesure que JVB fait des allées et venues pour pouvoir y présenter son film. C’est avec presque de 45 minutes après l’heure prévue, que l’on peut enfin investir les lieux. Ce temps perdu serait-il dû au fameux gaillard de l’ECAL venu faire part de ses élucubrations intellectuelles au public de la rétrospective sur Jan Svankmajer? On ne saura le dire… Et finalement on s’en fiche un peu car le plus belge des cinéastes français est déjà sur la scène, complètement survolté et chauffe son audience avant la projection de ce qui doit être son film le plus connu, l’hallucinant LE SADIQUE AUX DENTS ROUGES.

Suite à un accident de voiture, Daniel, un dessinateur de bande dessinée, est persuadé d’être un vampire. D’abord soigné dans un hôpital psychiatrique, il est relâché par son docteur qui va sournoisement prendre soin de le conforter dans ses illusions afin de pouvoir étudier son comportement. Oubliez ce que vous connaissez des vampires, ici ce n’est pas un romantique en smoking ou un dangereux prédateur portant les traits d’un Christopher Lee… Le suceur de sang de Jean-Louis Van Belle est une figure fantastique tout aussi bizarre que les personnages secondaires qui gravitent autour de lui. Et le réalisateur de façonner une nouvelle étape dans son univers surréaliste où se croise des tronches pas croyables issus de ces précédents travaux comme PARIS INTERDIT. On y retrouve ainsi l‘absurde « vampire de Paris » qui va transformer notre Daniel en créature aux dents longues. Du sexe, de l’horreur et une quantité délirante de séquences aussi magnifiques qu’étranges. Car le cinéaste y injecte toujours un humour déconcertant et joue avec les codes mythiques du vampire qui trouve dans ce long-métrage son incarnation la plus anticonformiste. Et visuellement, LE SADIQUE AUX DENTS ROUGES est une réelle splendeur, aux couleurs restaurées absolument superbes. Un régal plastique pour cette expérience cinématographique complètement « autre » où l’absurdité devient totalement enivrante. Une merveille totalement délectable!!

Oh, il est déjà 20h30 et c’est l’heure de la cérémonie de clôture. L’audience du samedi soir a investit les couloirs de la Cinémathèque et il commence à devenir un peu pénible de se faufiler entre les gens pour pouvoir sortir et entrer à nouveau dans ce lieu qui n’aura sans doute jamais contenu autant de monde qu’en ce moment… Il faut dire que l’événement regroupe non seulement son public habituel mais aussi celui venu voir une œuvre plus « facile » et « populaire» car il s’agit du nouveau film de Quentin Dupieux, alias le fameux Mr. Oizo auteur de l’excellent « Flat Beat » très connu des oreilles les plus branchées. Avec le retard vertigineux cumulé dans l’horaire de cette journée, on s’en sort finalement pas trop mal au moment de la Remise des Prix 2010. L’organisation du LUFF reste tout de même assez remarquable, d’autant plus qu’il fallait gérer ici la plus grande salle de la Cinémathèque suisse qui se retrouva très rapidement remplit à ras bords... Pas de grands discours, les films récompensés le furent très rapidement avec les différents jury très efficaces des diverses sélections qui nous permirent d’apercevoir le grand blond Buttgereit ou encore la charmante Kata Trüb, co-fondatrice du café-théâtre Le Bourg qui s’est retrouvé parmi les lieux phares à investir durant ces derniers jours à l’occasion de l’édition LUFF de cette année. Pas forcément besoin de rentrer dans les détails des œuvres primées, sachant que j’ai totalement occulté les courts-métrages 2010, n’ayant pas trouvé un moment pour pouvoir les caser dans mon programme. Il reste donc le fameux film qui clôt cet événement culturel lausannois, l’étrange RUBBER.




« You’re nothing than a rubber shit! ». L’histoire d’un pneu qui se réveille au milieu du désert et se met à tuer humains et animaux par une simple volonté exécutée grâce à un don télépathique. Mais pour quelle raison? Faut-il en avoir une, nous avertit un policier sortit du coffre de sa voiture au début du long-métrage? En plus d’être une sorte de film de « serial killer », RUBBER fait aussi de l’introspection avec le 7ème Art. Avec son nouveau film, Quentin Dupieux présente un univers cocasse où, à l’écran, des spectateurs perdus dans le désert californien s’arment de jumelles pour assister aux pérégrinations meurtrières de ce gros pneu déambulant au milieu de nulle part. Concept audacieux pour un film-gadget déroutant et hilarant dans son non-sens et surtout d’une qualité technique époustouflante qui confine au délire, le réalisateur composant des plans d’une précision démentes. Chaque image ressemblant à une photographie ultra-léchée. Peut-être même un peu trop… Un défi cinématographique que son auteur a mis en scène avec un appareil photo numérique pour un résultat complètement fou. Inexplicable et à voir pour le croire, RUBBER est une expérience très particulière - et quelle musique! - qui ne ressemble à rien de connu et c’est un réel bonheur de voir une telle réussite, ô combien rafraîchissante et fait avec des bouts de ficelle. Son talentueux auteur réalisant du coup un OFNI (Objet Filmique Non Identifié) incroyablement divertissant. Et si, en plus, on peut savourer à l’écran le charme diablement vénéneux d’une actrice comme Roxane Mesquida, c’est un nouvel orgasme puissant que le7ème art dans son optique la plus surprenante vient de nous offrir. Fantastique!



Alors que la grande salle se vide tranquillement de ses spectateurs les plus occasionnels, les LUFFiens les plus accros et spécialement les plus coquins se retrouvent à nouveau dans la même salle pour ce qui est de la troisième projection d’un film pornographique et certainement le plus particulier du lot. Christophe Bier, à qui l’on a donné carte blanche pour sa sélection XXX, vient à nouveau sur le devant de la scène pour présenter son choix de la soirée et s’étendre plus ou moins longuement mais toujours avec une érudition passionnante des vertus incroyablement malfaisantes de la « loi X » qui tua progressivement le riche monde de ce cinéma sexuellement explicite. Toujours aussi passionnant, ce discours l’est tout autant en ce qui concerne RIEN QUE… PAR DERRIERE qui est en fait la version hétérosexuelle d’un film gay où l’éphèbe de LES PHALLOPHILES - le titre original de l’œuvre - est remplacé par la blondeur incandescente de la superbe Karine Gambier que l’on a vu de nombreuses fois aussi nue qu’au sein des productions fauchées d’un Jess Franco.

Récit initiatique de Patricia, quittant sa chaumière. Dans la forêt, elle fait la connaissance d’un pâtre athlétique qui la sauve de « la Vérité », un homme des bois bestial. Mais l’âme de celui-ci se réincarnera en quatre morceaux, poursuivant les amants de sa malédiction. Voici un film porno assez spécial avec son univers qui se présente comme une sorte de jardin d’Eden alternatif avec ses beaux mâles bien musclés - chevauchant tout nu un cheval blanc - et ses jeunes femmes aux couronnes de vignes qui se baladent comme des anges dénudées dans des décors naturels enchanteurs. Il y a ici une dimension fantastique incroyablement envoûtante, portée également par de superbes compositions musicales très lyriques, dont une chorale d’enfants qui donnent à certaines séquences explicites une aura parfois bien décalée.

RIEN QUE… PAR DERRIERE, titre évocateur suggérant la sodomie qui ne s’affichera finalement pas à l’écran, du moins frontalement à l’aide de gros plans. Le long-métrage étant plutôt avare en inserts explicites. La faute, sans doute, à l’utilisation de comédiens homos qui n’arrive pas spécialement à s’exciter devant le corps pourtant délectable de Karine Gambier. L’actrice devant surtout subir mille avanies, comme des viols à répétition par un homme bramant des monologues hallucinés ou en compagnie forcée d’une bûcheronne armée d’une hache; ainsi que d’être porté dans des positions qui nous font craindre le pire pour sa colonne vertébrale. Cette curiosité X dégage aussi une poésie surnaturelle au détour de nombreuses séquences, comme celle des naïades se masturbant au milieu d’une rivière, un assassinat au tire à l'arc ou encore l’image des pendus sous un arbre; ce qui lui procure une beauté inédite dans ce genre de cinéma. Le sexe se pratique souvent à l’extérieur ou alors dans une grange au milieu du foin, donnant ainsi à RIEN QUE.. PAR DERRIERE une approche très naturiste d’inspiration néoclassique. On ressort troublé devant ce porno qui sort largement des conventions du genre en ayant le sentiment d’avoir assisté à une projection unique en son genre. Une sacrée découverte qui met un point final à cette exquise quatrième journée du LUFF.

Il est aussi à noter que cette dernière séance fut complétée par la diffusion de formidables bandes annonces aux titres toujours aussi incroyables: BAISER AU SOLEIL, RAPPORT SUR LA VIE SEXUELLE DE LA MENAGE sans oublier LES PETROLEUSES DU SEXE. De quoi alimenter notre nuit en fantasmes divers en allant rejoindre Morphée…Et ceci, sans censure d’aucune sorte! Je me réjouis d’être demain pour les ultimes événements d’un LUFF à la programmation décidément exceptionnel!

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