jeudi 2 septembre 2010

LA FIANCEE DE LA JUNGLE

LA FIANCEE DE LA JUNGLE (The Bride And The Beast) de Adrian Weiss (1958)

Dan, un chasseur de fauves, se marie avec Laura. Celle-ci semble troublée à la vision de Spanky, un gorille en captivité. Une séance d’hypnose révèle qu’elle aurait été gorille dans une vie antérieure. Lors d’un safari en Afrique, la jeune femme éprouve une étrange attirance envers les primates…

Cette histoire très bizarre ne pouvait émerger que de l’esprit bien dérangé du fameux Ed Wood. Si ce scénario dégage un léger parfum de zoophilie, LA FIANCEE DE LA JUNGLE reste une série Z d’une naïveté presque poétique. N’espérez pas y voir de la débauche entre de fantastiques créatures à poil(s) - notamment la mignonette Charlotte Austin -, le film restant bien entendu très chaste avec ses images. Le résultat est tout de même assez fascinant à voir. L’interaction entre le gorille et la jeune mariée, sorte de variation sexuelle de LA BELLE ET LA BÊTE, dégage une réelle tension érotique qui aboutit à quelques séquences très réussies comme celle de la nuit de noce. Durant ce moment très important pour le couple vedette, le gorille qui vient de tordre sans problèmes les barreaux de sa cage, s’introduit discrètement dans la chambre nuptial pour dévêtir sa belle, lui enlevant d’un seul coup sa nuisette blanche. Le mari, mâle bafoué, ne tardera pas à se munir d’un revolver pour liquider l’amant…

Alors que le long-métrage ne pourrait être qu’une énième histoire d’amour à la KING KONG, le scénariste y introduit un élément perturbateur : celui de la vie antérieure de son héroïne. En nous expliquant que la femme s’imagine être un gorille femelle, le long-métrage se transforme en une bande déviante assez bizarre. Il faut voir ces images en « négatif » où la gorille blanche se balade à travers la jungle. Incroyable.

C’est à ce moment-là que LA FIANCEE DE LA JUNGLE, au sommet de sa fascinante perversion, se transforme malheureusement en aventure largement plus traditionnelle. Le couple s’envole pour l’Afrique afin d’y effectuer un safari comme voyage de noces. Fini les gorilles et bonjour à une quantité astronomique de « stock-shots » animaliers. Le réalisateur comble ainsi son vide scénaristique de presque 45 minutes par des parties de chasses avec les indigènes (des figurants blancs barbouillés de cirage!) pour attraper et tuer deux tigres des Inde (!) échappés d’un cargo... S’ensuit ainsi un bien long jeu du chat et de la souris entre les hommes et les animaux de la jungle. Des passages obligés où le réalisateur réussi tant bien que mal à intercaler des images tirées de divers documentaires qui rendent plus ou moins efficaces ses scènes d’attaques. On est même parfois assez surpris du résultat, comme ces images où un tigre se jette sur une servante pour la dévorer où d‘en jeter une autre dans un précipice. La violence graphique est même parfois assez spectaculaire pour ce genre de films généralement plutôt chiches en frissons. De même qu’il en ressort quelques séquences assez mémorables, comme ce tigre se baignant dans une rivière avant de méchamment s’attaquer à une horde de crocodiles qui passaient par là.

Après toutes ses aventures pas aussi palpitantes qu’elles ont en l’air, LA FIANCEE DE LA JUNGLE est de retour avec l’arrivée d’un gorille qui vient enfin kidnapper la femme pour l‘emmener parmi les siens. Et rien ne pourra séparer ce couple improbable, même pas son homme armé d‘un fusil et bien décidé à ne pas se laisser faire... Le fantasme du gorille est plus fort que tout, l’héroïne retournera ainsi à ses racines antécédentes pour le début d’une « love story » inhabituelle. Weiss et Wood restant assez évasif sur les tenants et aboutissants de cette relation, c’est au spectateur de se faire sa propre interprétation. Il y a matière à alimenter des théories sur la libération de la femme au sein d’un couple où l’homme macho y règne en roi. Et à son scénariste d‘y glisser un petit clin d‘œil à son fameux GLEN OR GLENDA avec son héroïne au pull agora qui semble tellement exciter notre primate, rappelant ainsi un des travestis les plus célèbres du cinéma.

Le film d’Adrian Weiss offre donc une étrange variation des relations entre une femme et un animal, rappelant LA BÊTE de Walerian Borowicz (1975) à mes souvenirs, bien que ce dernier soit d’une toute autre facture visuelle. LA FIANCEE DE LA JUNGLE plaira probablement aux fans d’aventures médiocrement délirantes tournées en studios, avec ses décors de « forêt tropicale en toc » et l’inusable interprète invisible, caché dans un magnifique costume de singe. Avec tout le charme désuet des productions bon marché du cinéma d’exploitation de l’époque, voilà une bobine assez sympathique et un brin ennuyeuse mais qui comblera très certainement d’aise les passionnés d’amours contre-nature.

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