mardi 17 août 2010

WOMAN DESPISER

WOMAN DESPISER (Kadin Dusmani) de Ilhan Engin (1967)

Ce long-métrage en provenance de la Turquie peut être considéré comme l'un des précurseurs du "giallo", le genre auquel l'on doit de nombreuses merveilles de la part de talentueux réalisateurs comme Mario Bava et Dario Argento. Cette histoire, qui raconte les meurtres de jeunes femmes par un mystérieux assassin caché dans l'ombre, en reprend la plupart de ses codes narratifs et visuels. Le long-métrage dégage aussi une ambiance bien gothique qui rappelle le cinéma horrifique italien avec ses ruelles brumeuses plongées dans l'obscurité. WOMEN DESPISER commence d'ailleurs très fort en présentant une demoiselle en déshabillé se faisant tuer dans son appartement par un homme portant un masque de carnaval absolument cauchemardesque. On pense directement au HALLOWEEN de John Carpenter (1978), mais ici les masques ressemblent plus à d'affreux démons qu'à un visage sans aucune expression. Ces scènes violentes, bien que mises en images de manière mollassonne, sont bien aidée par une bande sonore dissonante qui crée une angoisse quasi-immédiate... les rendant particulièrement efficaces.

Un certain nombre de victimes assassinées ponctue ainsi une intrigue qui ne raconte finalement pas grand chose si ce n'est une gentille amourette entre un policier et une jeune veuve. Va-t'elle également mourir sous les coups de couteau du tueur d'ici le générique de fin? L'avenir semble incertain car même si un rôdeur traîne dans son quartier la nuit, on s'inquiétera également de son étrange belle-mère qui espionne ses conversations téléphoniques; et du fiston de la mémé, au comportement pour le moins douteux. WOMAN DESPISER aligne ainsi, comme dans tout bon roman policier, une belle série de potentiels criminels. De fil en aiguille, chaque fiancé des malheureuses victimes se retrouve donc au commissariat pour un interrogatoire musclé. Les forces de l'ordre turque ont d'ailleurs une manière très spéciale pour essayer de mettre fin au carnage, en séquestrant les nombreux suspects pour attendre de voir si un nouvel événement tragique se déroulera la nuit prochaine...

Ce film rarissime plutôt plaisant à suivre fait également penser aux fameux "Krimi", ces romans d'Edgar Wallace qui racontent des enquêtes policières similaires à celle-ci. On aura toutefois du mal à comprendre les manières de procéder du maniaque car, après avoir ôté la vie à sa victime, il retire ses horribles gants de caoutchouc pour abuser sexuellement des jeunes femmes. En s'exécutant de la sorte, cela doit forcément laisser un nombre incalculable de traces sur les corps refroidis. On peut donc se poser la question suivante : Comment les enquêteurs n'arrivent pas à faire avancer cette affaire criminelle alors que les preuves sont juste sous leurs yeux? La crédibilité de cette histoire n'est finalement pas si importante car, avec son atmosphère fantômatique et son tueur qui change de masque à pour chaque nouveau meurtre, WOMAN DESPISER possède une superbe dimension fantastique, voire étrange... presque envoûtante.On pense parfois au cinéma de Jess Franco, notamment à L'HORRIBLE DOCTEUR ORLOF pour son ambiance similaire et aussi à VAMPYROS LESBOS grâce à une belle séquence de cabaret où une danseuse s'amuse à décapiter un mannequin à l'aide d'une vieille épée!

Malgré son aspect un peu répétitif dans son "body count", le long-métrage de Ilhan Engin n'est jamais ennuyeux car il compose des séquences réellement fascinantes qui évoquent parfois le cinéma muet de Murnau, particulièrement son NOSFERATU. Tout ceci donnant un style particulier à ce "whodunit" turc. Le final, riche en révélations, donnera toutes les clés de compréhension de son histoire qui est forcément bien tordue... comme peuvent l'être les raisons qui poussent les assassins à tuer dans les films de Dario Argento. Il en résulte une intéressante conclusion, à la fois stressante et pathétique sur la psyché d'un meurtrier qui cherchait sans doute davantage à aimer qu'à assassiner.

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