mardi 3 août 2010

PERDUES DANS NEW YORK

PERDUES DANS NEW YORK de Jean Rollin (1989)

Marie, petite fille solitaire, fait la connaissance de Michelle. Les deux enfants, qui ont le même âge, sympathisent rapidement… Elles trouvent une amulette magique qui leur permet de voyager à travers le temps et l'espace. A peine se demandent-elles ce que leur réserve l'avenir qu'elles atterrissent dans New York, cité gigantesque et dangereuse où elles se perdent de vue…

Ce long-métrage est assez particulier car il arrive à une période importante dans la vie du cinéaste. Son univers remplit de vampirettes n’a plus lieu d’être et ses précédents longs-métrages sont, mis à part LES TROTTOIRS DE BANGKOK datant de 1984, exclusivement des œuvres « alimentaires » à caractère pornographique. Le cinéma d’horreur est à un tournant, de même que la carrière de Jean Rollin. Du coup, le metteur en scène réalise avec PERDUES DANS NEW YORK une œuvre sur le rêve, mélancolique à souhait où l’auteur se perd lui-même dans des divagations poétiques en suivant ces deux jolies fillettes qui seront les héroïnes de son histoire.

PERDUES DANS NEW YORK est presque une œuvre abstraite où le spectateur lui-même perd ses repères. C’est une histoire qui parle de monde magique, ce qui revient presque au même que de parler de cinéma. Car Jean Rollin est un amoureux d’histoires fantastiques. Principalement celles qui lui rappelle les aventures des serials, des romans de gare ou encore de ces bandes dessinées bon marché qui invitaient le lecteur à s’engouffrer dans un autre univers… C’est ce qui arrive précisément à Marie et Michelle, les protagonistes du film.

L’œuvre entière de Jean Rollin possède ses propres codes visuels et narratifs. Si bien qu’il sera peut-être difficile pour le spectateur qui ne connaît pas (encore) cet univers particulier, de déchiffrer les intentions du réalisateur. Ce film est plutôt une sorte de cadeau fantasmé de la part de l’auteur aux spectateurs qui s’imagine dans son monde de rêve(s). D’ailleurs, lors des lectures que se font les petites gamines enfermées dans un grenier, Rollin n’hésite pas à se citer lui-même dans les nombreuses références qui parsèment son long-métrage. Son invitation semble autant adressé à ces jeunes interprètes féminines qu’à celui qui découvre le film…

Brillant collage qui offre un maelström d’images envoûtantes, PERDUES DANS NEW YORK reflète parfaitement tout ce qui fait le charme de son cinéma, et aussi de ses limites. On est donc en terrain plus au moins connu sauf qu'ici le réalisateur nous égare dans la ville de New York où l'on visite des quartiers connus, d'autres moins glorieux jusqu'aux allées désertes et même sur le toit d'un immeuble qui sera le théâtre d'une rixe au couteau. Les images de Rollin semblent souvent irréelles, comme cette apparition d'une femme vampire sortie de nulle part... On baigne dans un certain onirisme où une voix-off (celle du réalisateur lui-même) surplombe les scènes du film, récitant un texte très littéraire bourrées d'envolées lyriques à la fois naïves et désuettes. Toute la beauté d'un imaginaire irréel, à la fois triste et excitant.

Le film est tout d'abord un gigantesque retour en arrière dans les souvenirs d'une vieille dame, l'une des deux fillettes qui s'était précisément perdue dans New York. C'est un peu sur le chemin de la mémoire que le long-métrage de Jean Rollin nous invite... A la recherche de cette autre petite fille disparue. Le réalisateur dénoue son "intrigue fantasme" sur les abords d'une plage romantique, celle de Dieppe qui a servi de décor final à certains de ses autres films. C'est ainsi, grâce à une incroyable séquence hypnotique où l'on assiste à une danse tribale bien particulière par la Déesse de la Lune, que le cinéaste renoue le contact avec les figures du passé, à savoir deux femmes maintenant bien âgées mais toujours aussi enfantines dans leurs désirs de découvrir le rêve. Ceux-là même qui parsèment l'univers si singulier de Jean Rollin.

Presque 20 ans avant LA NUIT DES HORLOGES, le réalisateur fait ici le premier constat de sa carrière de metteur en scène. Le résultat, forcément intime, est très touchant et parle directement au coeur. C'est un peu comme la rencontre de deux amies qui ont décidé de s'engouffrer dans leur propre monde. Celui d'un imaginaire qui emprunte autant à une littérature particulière qu'à une certaine idée du cinéma. L'intention est belle. Le résultat est souvent bouleversant. La poésie fantastique de Rollin est attendrissante et son film une petite merveille à découvrir et à chérir...

1 commentaire:

  1. Très beau texte ! Tu fais envie à celui qui défriche à peine les immenses terres Rollinienne comme moi... :)

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Au revoir...

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