mercredi 25 août 2010

LA FEMME AUX SEINS PERCES


LA FEMME AUX SEINS PERCES (Chikubi Ni Pierce Wo Shita Onna) de Shogoro Nishimura (1983)

Une midinette en mal d'amour accepte un rendez-vous avec un inconnu qui lui fait porter des fleurs chaque jour. Charmée par son physique, elle s'installe chez lui et se soumet à ses fantaisies sexuelles sans prêter attention au curieux langage qu'il lui tient. Pourtant, les mots qu'il lui chuchote à l'oreille sont autant de tendres morsures qui insinuent en elle le venin de la soumission.

Un "Roman Porno" qui respecte son cahier des charges usuels en présentant, par petites touches progressives, l'initiation d'une jeune femme très "fleur bleue" aux délices du sado masochisme. Le long-métrage se garde d'être très explicite et ne franchit jamais la barrière de l'imagerie pornographique. Il n'en a pas besoin, ses compositions de cadrages sont suffisamment suggérées pour instaurer un climat à la fois moite et malsain. La formation sexuelle débute d'ailleurs de manière assez brutale où le mâle viole sa proie dans des toilettes publiques! Une action sexuelle bien sauvage qui pousserait la plupart des femmes normalement constituées à s'enfuir et porter plainte... Mais pas ici car les relations amoureuses au Japon présentent souvent un rapport assez inégal entre l'homme et la femme. LA FEMME AUX SEINS PERCES est une sorte de spirale amoureuse très particulière qui supprime petit à petit toutes inhibitions et en révélera toutes les perversités. Le long-métrage développe ainsi une imagerie de déviances assez fascinante. Notamment avec cette "cave à vins" où l'on trouve plusieurs jeunes femmes enfermées dans des cages stockées dans la pénombre. Une manière assez spéciale de conserver des "grands crûs" pour les plus belles occasions.

Les tenants et aboutissants de l'intrigue sont très vite assez clairs, le réalisateur ne cachant pas le but affirmé du protagoniste masculin; ce dernier nous montrant déjà la fin d'une autre initiation dès les premières séquences du film. LA FEMME AUX SEINS PERCES est surtout une exploration psychologique insidieuse dans les rapports physiques entre dominant et dominée. La subtilité des actions du mâle qui manipule sa victime en lui faisant accepter l'innommable sans qu'elle ne s'en rende véritablement compte. L'amant se transformant en bourreau tandis que la femme est reléguée à l'état d'esclave en acceptant toutes ses demandes, même les plus dégradantes comme l'urologie ou le fait de se nourrir comme une petite chienne à même le sol. La mise en scène de Shogoro Nishimura est superbe et regorge de séquences plastiquement magnifiques, présentant par exemple la jeune femme enchaînée à son lit, se caressant sur un tapis de roses rouges et d'épines lui griffant le dos jusqu'au sang. Une forme de beauté dans toute son horreur qui aurait certainement beaucoup plu au divin Marquis de Sade.

Dans le rôle de l'amoureuse, Jun Izumi est absolument remarquable. Sa lente plongée dans le domaine de la soumission est très bien rendu par de somptueux gros plans sur l'actrice; subtile mélange entre l'innocence et la débauche. Tout d'abord couverte de bouquets de roses rouges, à tel point qu'elle ne sait plus du tout où les ranger, la jeune se retrouve finalement à porter un piercing sur chacun de ses tétons; comme le signe absolu qu'elle s'est finalement abandonnée dans les bras de son maître, devenant ainsi sa chose sexuelle dont il peut disposer selon sa convenance. Le film de Nishimura est une incroyable autopsie des rapports humains, à la fois terrible sur le fond comme dans la forme; son approche visuelle restant toujours dans la sobriété, évitant ainsi les gros débordements baroques qui lui aurait offert une dimension sans aucun doute plus surréaliste. En l'état, le choc est d'autant plus grand... Entre fascination et répulsion, LA FEMME AUX SEINS PERCES est une oeuvre en tout points envoûtante. Chef-d'oeuvre!

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