vendredi 9 juillet 2010

NIFFF 2010 / Day 6

NIFFF 2010 / Day 6 : 9 juillet 2010

Avec la chaleur de ces jours-ci, c’est très difficile de trouver un petit coin de fraîcheur. Du coup, la nuit, je devrais dormir avec toutes les fenêtres ouvertes pour avoir un peu d’air respirable. Hélas, c’est absolument impossible car je passe mes nuits dans un salon qui surplombe la gare de Neuchâtel où des trains circulent sans cesse en faisant grincer leurs roues. C’est difficile de dormir dans ces conditions car le bruit est très désagréable. La fatigue aidant, je parviens finalement assez aisément à m’endormir au bout d’un moment. Et là, depuis hier au soir, j’ai enfin décidé de dormir les volets fermés. Bien que ces derniers laissent considérablement filtrer la lumières, ils ont au moins le pouvoir d’atténuer considérablement le bruit… Je peux donc me considérer chanceux d’avoir des nuits un peu correctes avec, en moyenne, cinq heures de sommeil par jour. Encore une fois, ce n’est pas facile, la vie de festivalier.

La semaine est déjà bien entamée et mon rythme soutenu de cinéphile assidu continue sur sa belle lancée… Après une bonne douche froide et mes billets pour la journée en poche, je reprends le chemin qui me mène vers un autre monde, celui du cinéma fantastique. La journée d’aujourd’hui comptera 5 films aussi divers que variés, enchaînant des œuvres proposées en rétrospectives ainsi que des films de la « Compétition Internationale ». De quoi satisfaire ma soif insatiable de curiosités cinématographique.

Et je débute avec un objet filmique non identifié en provenance du Québec. Sous le titre alléchant de TRUFFE, se trouve une improbable comédie de science-fiction. Filmé dans un somptueux noir et blanc, ce long-métrage de Kim Nguyen débute par l’annonce d’un changement climatique qui a transformé Montréal en un terreau fertile pour le précieux tubercule. Ce n’est pas bien long avant que la ville devienne le théâtre d’une ruée mondiale avant que ne débarque des extra-terrestres poilus avides de mettre la main sur le pactole. A travers ce scénario complètement fou et finalement souvent incompréhensible, on apprécie l’humour noir canadien qui vire dans le surréalisme total. En découle un nombre assez incroyable de séquences délirantes totalement hilarantes, comme ces curieuses créatures d’une autre planète qui ressemble à une fourrure de vison avec des dents pointues. Il y a aussi des hommes-frigos et tout plein d’autres idées scénaristiques qui participent pleinement à cette expérience cinématographique complètement « autre ». Ce qu’il ne faut surtout pas manquer, c’est le générique de fin du film, un grandiose moment de cinéma où l’un des extra-terrestres entament sa propre variation remixée de la chanson « I Put A Spell On You ». Aussi tordant qu’adorable comme tout, voilà qui clôt une séance bien démente et prouve l’originalité du cinéma de ce pays qui n’a toujours pas fini de nous surprendre.



Après ce vent de fraîcheur cinématographique, je retrouve Lukas et Sibylle qui viennent de sortir complètement bouleversés de la projection d’un film irlandais nommé THE ECLIPSE. Leur enthousiasme communicatif vis-à-vis de ce long-métrage « touché par la grâce » me convainc que j’ai manqué un grand moment de cinéma. Heureusement, il me reste encore la possibilité de pouvoir le découvrir dimanche qui vient durant l’après-midi. Rendez-vous est donc pris avec cette œuvre qui m’intrigue et devant lequel on me dit déjà que je risque bien de verser quelques larmes. Je m’en réjouis d’autant plus! Mais avant cela, il y a la séance d’un film très attendu qui va débuter dans quelques dizaines de minutes : ENTER THE VOID de Gaspar Noé. Presque trois heures de spectacle dans une salle comble, un pur moment de cinéma terrassant devant lequel il est très dur de s’en remettre…

Présenté par son auteur comme un mélodrame psychédélique, ENTER THE VOID s’attaque avec force aux perceptions des spectateurs. Débutant par un somptueux générique aux couleurs fluorescentes, les images s’immiscent immédiatement en nous pour 150 minutes d’un très gros trip visuel qui laisse pantois. Craignant quand même l’approche très provocatrice du cinéaste (IRREVERSIBLE m‘avait laissé de glace!), son nouveau long-métrage m’a enfin réconcilié avec son univers. Cette œuvre sulfureuse est à la fois belle, violente et ô combien touchante. Planant, associé à une bande sonore extraordinaire, ENTER THE VOID est ce que l’on peut appeler le summum de l’expérience cinématographique! Les innovations techniques, le traitement infligé aux couleurs, cette caméra aérienne qui nous transporte à travers la ville de Tokyo, c’est absolument époustouflant. Et son traitement d’une histoire riche en thématiques diverses : parlant de drogue, de spiritualité et surtout d’amour entre un frère et sa sœur (magnifique Paz de la Huerta) , avec une approche très frontale de la sexualité et sa représentation en images pornographiques, voici qu’apparaît devant nous le chef-d’œuvre de son auteur. Inoubliable!



Les séances continuent à la chaîne et ce n’est parfois pas aisé de sortir d’une projection d’un film sensationnel et de continuer quasiment instantanément avec un autre long-métrage. Parfois, on aimerait pouvoir se poser un petit moment et surtout digérer ce que l’on vient de voir… Surtout avec un film aussi fabuleux qu’ENTER THE VOID. Heureusement, le film qui suit celui-ci est tout aussi exceptionnel. Dans un autre registre, VAHALLA RISING de Nicolas Winding Refn est un autre exemple de cinéma qui vous met à genoux avec un trip mythologique contemplatif porté par la performance sans failles de Mads Mikkelsen. De longues séquences, quasiment sans dialogues, mises en images dans des décors naturels d’une beauté sauvage hypnotisante, cette aventure philosophique qui suit un groupe de vikings en route pour Jérusalem est une sacrée expérience en soi. Loin de n’être qu’un film d’action brutal, il s’agit plutôt d’une sorte de voyage initiatique cru qui en dévoile beaucoup plus qu’il n’en montre réellement. Sensitif et d’une beauté visuelle suffocante, on aboutit à un véritable chef-d’œuvre qui vous prend aux tripes! Une merveille!



Après avoir vu 2 chefs-d’œuvre à la suite, on pourrait croire qu’il sera temps d’aller se coucher… Mais NON! Il n’est qu’à peine 22 heures et la soirée est loin d’être finie. C’est le moment de choisir entre plusieurs autres films. Il y a bien entendu, DREAM HOME, ce film asiatique très intriguant qui se situe dans le milieu de l’immobilier, mais aussi une belle avant-première d’un film avec la ravissante Gemma Arterton qui s’annonce assez sympathique. Il s’agit bien de ce dernier pour lequel je me suis réservé un ticket d’entrée. Pourtant, je me décide finalement à aller voir un autre film suisse sur les conseils de Loïc : RÄUBERINNEN de Carla Lia Monti qui date de 2009.

L’œuvre a fait scandale, car produit par l’Office Fédérale de la Culture alors qu’il ne s’agit pas d’une œuvre très « respectable ». Sorte de collage porno-soft ridicule sur fond de conte de fée burlesque, il y a de quoi déconcerter plus d’un spectateur… Des grosses qui se lèchent, un esprit visuel peu farouche et des chansons à l’esprit très « flower power »; le tout mis en scène avec une décontraction trasho-hystérique qui saoule déjà après 15 minutes, ce long-métrage provocateur est une curiosité indispensable à voir pour les cinéphiles les plus aventureux. On s’y amuse bien pendant un moment, les incroyables « matte paintings » présenté comme des assemblages surréalistes d’un château de pacotille trônant au milieu des Alpes suisses sont le résultat d’un bel esprit anachronique. Mais à trop vouloir faire du n’importe quoi, on se perd dans les méandres d’un univers féministe subversif qui laisse finalement de glace. Toutefois, si un jour Lloyd Kaufmann de chez "Troma Films" découvre ce film, il devrait y trouver un certain intérêt... Définitivement, l’un des plus fous mais aussi l’un des plus navrants films suisses de cette rétrospective sur notre cinéma national. Toutefois, je ne regrette aucunement de l’avoir vu…

Il est une heure du matin. L’heure du crime est passé, c’est maintenant que les pornocrates se retrouvent pour une séance de cinéma érotique en provenance de la suisse-allemande. Erwin C. Dietrich est à l’honneur avec la projection de L'EXORCISME DANS MADEMOISELLE JONAS. Remake du fameux film pornographique de Gerard Damiano, L’ENFER POUR MISS JONES, cette incursion très spéciale dans les œuvres coquines de son réalisateur en exhume le meilleur de sa longue filmographie. Une héroïne dévergondée rêve qu’elle comparait devant le Diable… Si le long-métrage n’atteint bien évidemment pas les cimes de l’œuvre original, L'EXORCISME DANS MADEMOISELLE JONAS est un spectacle sexuel absolument jouissif. Nudité incessante et séquences fiévreuses dans les bois avec un démon grotesque et tout nu, portant uniquement un masque du Lötschental sur la tête, il s’échine à venir à bout d’une nymphomane qui en réclame toujours plus. Le délire visuel est bon marché et très amusant à découvrir pour qui est sensible à l’esthétique des années 70 avec notamment ces décors aux couleurs surnaturels. Et que dire de ces superbes surimpressions du visage du Diable (un vieux suisse-allemand qui ne ressemble à rien!) sur des scènes de sexe frénétiques où la belle en chaleur s’envoie en l’air avec les insipides Jacques, Otto ou encore la jolie blondinette dénommée Dotte! « Ich komme! Ich komme! Jaaaaa….». Une formidable plongée dans l’univers érotique de ce réalisateur zurichois qui aura fait le bonheur d’un public très interactif, à la fois rigolard et hypnotisé par le délire ambiant de cette bande coquine finalement assez excitante. Une bien belle façon de quitter le monde des salles obscures pour la nuit.

Et voilà! Le sixième jour du festival NIFFF 2010 touche à sa fin. Il est largement temps d’aller rejoindre Morphée, du moins durant quelques heures, avant d’entamer un weekend cinématographique qui s’annonce riche et grandiose. Avec encore plus de vagues de chaleur et une foule toujours plus compacte qui forme de longues files d’attente devant les salles du cinéma Apollo. La nuit va être courte, et les rêves bizarroïdes que nous offrent cette manifestation cinéphile vont nous tenir compagnie dès que l’on ferme les yeux. Avec les fabuleuses images qui se sont imprimés sur nos rétines aujourd’hui, il y a de quoi imaginer le plus fantastique des scénarios. Bonne nuit et à demain!

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Au revoir...

Au revoir...
Related Posts with Thumbnails page counter
Web Counter