mardi 13 juillet 2010

LA BALADE FANTASTIQUE SUISSE, 2ème partie

BALADE A TRAVERS LE CINEMA FANTASTIQUE SUISSE, 2ème partie

Je regroupe ici la deuxième partie de l'ensemble des films fantastiques suisses découverts à l'occasion de la dixième édition du NIFFF où a eu lieu une rétrospective assez exhaustive de cinéma de genre. L'occasion de découvrir une autre facette du pays à travers des oeuvres souvent rarissimes. La 1ère partie se trouve par ici. Enjoy!

BLACK OUT de Jean-Louis Roy (1970)
Persuadé de l’imminence d’une guerre, un couple se claquemure et amasse les provisions, maladivement…

Un huis-clos prenant, autant drôle qu’il est angoissant avec deux vieux acteurs assez incroyables : Marcel Merminod et Lucie Avenay. Cette dernière, avec son visage assez particulier, est une sorte de Louis De Funès au féminin. Le réalisateur, qui enferme ses deux personnages dans une demeure perdue dans la campagne et les isole du monde, les force à se confronter face à une réalité affreuse qui n’arrivera jamais. A la fois tragique et amusante, cette brillante illustration des consciences qui dérapent est servie par des dialogues brillants qui confère au long-métrage un humour noir assez ravageur. Avec très peu de moyen, Jean Louis Roy arrive à créer une ambiance assez oppressante. Ces pièces, remplit de victuailles jusqu’au plafond, sont assez impressionnante à voir. D’autant plus qu’il est intéressant d’y repérer des produits Une œuvre très réussie, confrontant un vieil homme et une vieille femme face à eux-mêmes. Brillant.

DER DÄMON DES HIMALAYA de Andrew Marton (1934)
Dans les années 30, le fantastique est ultra rare dans le cinéma suisse. Il apparaît ici sous les traits d'une divinité tibétaine courroucée qui menace une expédition et le bonheur de deux amants...

Voilà une oeuvre particulière, réalisé par Andrew Marton, un hongrois, naturalisé américain qui est l’homme derrière la fameuse course de chars dans le BEN-HUR de William Wyler avec Charlton Heston. Un long-métrage réalisé dans le contexte d’une véritable recherche scientifique qui amèna des chercheurs de l’Université de Zürich à voyager dans la région du Tibet. Afin de financer leurs aventures, ils réalisent ici une œuvre sur les superstitions païennes qui met à mal une expédition qui cherche à conquérir l’Himalaya. Réalisé en 1934 et produit par le Reich, cette œuvre extraordinaire contient des images fabuleuses d’une contrée fascinante perdue dans les hautes altitudes. Si bien que celles-ci seront à nouveau utilisées pour une production hollywoodienne des années plus tard. Le réalisateur Martin Scorsese, durablement marqué par ces plans sensationnels, s’en inspirera pour la réalisation de KUNDUN. Film fantastique à l’atmosphère remarquable, DER DÄMON DES HIMALAYA est tout simplement superbe, riche d’un contexte aussi fascinant que spectaculaire, il navigue entre documentaire et cauchemar naturel, dégageant des ambiances fabuleuses qui rappelle le meilleur du cinéma de Jacques Tourneur. Les apparitions furtives du démon du titre, à la fois représenté par des masques tibétains impressionnants et aussi par de furtives ombres à l'apparence squelettiques combine une représentation maléfique absolument terrifiante! Très fort et complètement fascinant, on en ressort transformé par cette expérience cinématographique assez hallucinante. Une merveille.

L'EXORCISME DANS MADEMOISELLE JONAS (Der Teufel In Miss Jonas) de Erwin C. Dietrich (1974)
Remake du fameux film pornographique de Gerard Damiano, L’ENFER POUR MISS JONES, cette incursion très spéciale dans les œuvres coquines de son réalisateur en exhume le meilleur de sa longue filmographie. Une héroïne dévergondée rêve qu’elle comparait devant le Diable… Si le long-métrage n’atteint bien évidemment pas les cimes de l’œuvre original, DER TEUFEL IN MISS JONAS est un spectacle sexuel absolument jouissif. Nudité incessante et séquences fiévreuses dans les bois avec un démon grotesque et tout nu, portant uniquement un masque du Lötschental sur la tête, il s’échine à venir à bout d’une nymphomane qui en réclame toujours plus.


Le délire visuel est bon marché et très amusant à découvrir pour qui est sensible à l’esthétique des années 70 avec notamment ces décors aux couleurs surnaturels. Et que dire de ces superbes surimpressions du visage du Diable (un vieux suisse-allemand qui ne ressemble à rien!) sur des scènes de sexe frénétiques où la belle en chaleur s’envoie en l’air avec les insipides Jacques, Otto ou encore la jolie blondinette dénommée Dotte! « Ich komme! Ich komme! Jaaaaa….». Une formidable plongée dans l’univers érotique de ce réalisateur zurichois qui aura fait le bonheur d’un public très interactif, à la fois rigolard et hypnotisé par le délire ambiant de cette bande coquine finalement assez excitante.

LA FERME DU CRIME (Tannöd) de Bettina Oberli (2009)
Largement connue pour avoir réalisé une comédie très amusante intitulée LES MAMIES NE FONT PAS DANS LA DENTELLE, Bettina Oberli revient cette fois-ci avec LA FERME DU CRIME qui un thriller basé sur un fait divers relaté dans le roman d’Andrea Maria Schenkel . Un très beau drame qui se déroule dans la campagne bavaroise et révèle des secrets familiaux bien violents et tordus. Une histoire alambiquée et montée en épingle à grands renforts de flashbacks qui proposent une approche diversifiée des relations qui unissaient une famille sauvagement assassinée. Magnifiquement réalisé et remplit d’images envoûtantes (une qualité finalement assez récurrente dans le cinéma suisse !), TANNÖD de son titre original est une très belle surprise qui nous plonge dans les tréfonds de secrets familiaux honteux. Efficace et passionnant à suivre…




L'INCONNU DE SHANDIGOR de Jean-Louis Roy (1967)
Voici l'ovni cinématographique présenté dans le cadre de la rétrospective suisse! Un film de SF pop au scénario rocambolesque dont le point d’ancrage est un désarmorceur nucléaire qui s’appelle « L’Annulator ». Cet objet atypique rassemble une belle galeries de personnages : un savant demi-fou, des espions russes et américains, des espions chauves, des courses poursuites, de la romance saugrenue et on y croise même Serge Gainsbourg dans le rôle d’un personnage qui s’appelle sobrement Mr. Spy! Le comédien/chanteur y interprète d'ailleurs une chanson "Bye Bye Mr. Spy" spécialement écrite pour cette délirante aventure. Du cinéma suisse extravagant où le cinéaste met en scène de formidables images qui se réclament autant d’une œuvre surréaliste que d’un hommage aux aventures de l’agent James Bond 007. La distribution est aussi hétéroclite que le résultat final : l’étrange Daniel Emilfork, Gainsbourg, Jacques Dufilho, l’incroyable Howard Vernon , Marie-France Boyer… Quel régal!

JENATSCH de Daniel Schmid (1987)
Par le réalisateur de LA PALOMA, on découvre ici une nouvelle exploration des labyrinthes de la conscience avec cette enquête d’un journaliste obsédé par un historique révolutionnaire grison. Ravagé par des visions, il perd pied et pénètre dans une sorte de 4ème dimension, une zone de passage vers le XVIIème siècle… Nanti d’une superbe distribution qui regroupe Michel Voïta, Christine Boisson, Jean Bouise et Carole Bouquet dans un petit rôle essentiel, voici une nouvelle œuvre singulière qui bascule doucement vers un fantastique médiéval. Une belle opportunité pour verser dans un lyrisme mélancolique assez hypnotisant, bien aidé par d’excellents comédiens. Si l'intrigue prend son temps pour se mettre en place, il s'y dégage une très belle atmosphère de tout son long, avant un dernier acte excellent qui révèle les clés de l'énigme. Une très belle découverte!


LA PALOMA de Daniel Schmid (1974)
Isidore rencontre Viola et embarque dans un roman-photo baroque et voluptueux... Une histoire d’amour particulière qui baigne dans une ambiance étrange que n’aurait pas renié le David Lynch de BLUE VELVET ou TWIN PEAKS. Un scénario qui se présente comme une belle collection de clichés que le réalisateur transcende par une mise en scène magnifique qui alterne guimauve et grand-guignol, aidé par des comédiens fantastiquement décalés. Lent et contemplatif, ponctué d'images inoubliables comme celle de l'actrice Ingrid Caven se retrouvant couchée sur sur lit les yeux ouverts en tenant un crucifix dans sa main... Une œuvre suisse enivrante et déconcertante à plus d’un titre…



RÄUBERINNEN de Carla Lia Monti (2009)
La jolie Emily doit épouser l'affreux héritier du prince avec qui sa mère entretient une relation sulfureuse. Elle s'enfuit alors dans la forêt et fonde une bande composée de brigands et gourgandines délurées.


L’œuvre a fait scandale, car produit par l’Office Fédérale de la Culture alors qu’il ne s’agit pas d’une œuvre très « respectable ». Sorte de collage porno-soft ridicule sur fond de conte de fée burlesque, il y a de quoi déconcerter plus d’un spectateur… Des grosses qui se lèchent, un esprit visuel peu farouche et des chansons à l’esprit très « flower power »; le tout mis en scène avec une décontraction trasho-hystérique qui saoule déjà après 15 minutes, ce long-métrage provocateur est une curiosité indispensable à voir pour les cinéphiles les plus aventureux. On s’y amuse bien pendant un moment, les incroyables « matte paintings » présenté comme des assemblages surréalistes d’un château de pacotille trônant au milieu des Alpes suisses et couvertes de jolies petites fleurs fluos sont le résultat d’un bel esprit anachronique. Mais à trop vouloir faire du n’importe quoi, on se perd dans les méandres d’un univers féministe subversif qui laisse finalement de glace. Toutefois, si un jour Lloyd Kaufmann de chez "Troma Films" découvre ce film, il devrait y trouver un certain intérêt... Définitivement, l’un des plus fous mais aussi l’un des plus navrants films suisses de cette rétrospective sur notre cinéma national. Toutefois, je ne regrette aucunement de l’avoir vu…



SI LE SOLEIL NE REVENAIT PAS de Claude Goretta (1986)
Cette production entre la France et la Suisse est basé sur un roman de Ramuz. Perdus au milieu des Grisons, la communauté d’un petit village apprend qu’un bouleversement climatique est sur le point d’arriver : le soleil va s’éteindre… et si c’est Charles Vanel qui le dit, on le croit ! Le film détaille les réactions des villageois devant cette fantastique et terrifiante prophétie. Une œuvre au plus près des personnages qui permet de dresser de beaux portraits humains, à la fois touchants, pathétiques ou émouvants. Une production suisse envoûtante à l’ambiance captivante bien aidée par des décors naturels de toute beauté, entièrement recouvert de neige. Avec un bel ensemble de comédiens très attachants dont on relèvera spécialement les participations de Charles Vanel, vétéran du cinéma français, ou encore Philippe Léotard dans le rôle d’une sorte de benêt alcoolique complètement désemparé suite à la disparition de sa fille qui s’est enfuie dans la montagne pour ne jamais revenir dans son village…



STEFANIES GESCHENK de Mathieu Seiler (1995)
Fantasme ou réalité? Rester dans l'enfance ou grandir? Ces incertitudes se trouvent au centre de ce film ambitieux et provocateur où une adolescente tourmentée se crée un refuge et des compagnons qui, pour être imaginaires, n'en ont pas moins un impact direct - et très inquiétant - sur son existence...

Long-métrage tourné à Zürich, la caméra de Mathieu Seiler y suit les activités d'une lolita fatale. Dans un noir/blanc très esthétique il instaure une ambiance très vénéneuse à base de longues séquences au rythme languissant. Assassinat des parents à coups de morgenstern et allusions sexuelles florissantes dans cette histoire atypique qui met en scène une jeune comédienne/mannequin de 12 ans : Saroya Da Mota. Gros choc, le long-métrage est superbement mis en scène, à la fois fiévreux et très envoûtant où l’ambiance fantasmatique est subjuguante. Troublant et dérangeant, voici 65 minutes de pures délices filmiques. Chef-d’œuvre.




DER TEUFEL HAT GUT LACHEN de Kurt Früh (1960)
Après quelques timides apparitions dans les années 1910, le Diable fait son grand retour dans le cinéma suisse avec ce film au titre amusant. Je suis passablement curieux de voir ce que peut donner un long-métrage pareil avec des chansons en suisse-allemand. J’en avais déjà eu un avant-goût avec quelques séquences bien gratinées dans le RÄUBERINNEN de Carla Lia Monti (2009). Hélas, cette histoire n'est pas vraiment une comédie musicale comme étant annoncée dans le programme du NIFFF. Mis à part une réjouissante introduction par le Diable lui-même, DER TEUFEL HAT GUT LACHEN ne présente pratiquement aucune chanson chantée par les protagonistes de l’intrigue. Ici, on se retrouve plutôt en face d’une sympathique farce en forme de gros quiproquos orchestrés par un gentil démon plutôt inoffensif. En pervertissant trois insouciants gaillards avec de l’argent, on assiste à une comédie humoristique plutôt rigolote avec ces personnages finalement assez attachants. Mais les situations semblent tellement alambiquées et sans fin qu’elles finissent par ne plus vraiment être drôles… On peut même trouver le temps long devant cette œuvre qui aurait peut-être mérité un rythme plus soutenu pour emporter l’adhésion. En l’état, si l’ensemble est assez plaisant, il ne restera définitivement pas dans les mémoires...


2 commentaires:

  1. Je viens de découvrir ce blog, mais cet article est passionnant ! Merci pour toutes ces découvertes, par-contre, vous n'auriez pas quelques adresses pour trouver certains de ces films ? "LA FERME DU CRIME" et "STEFANIES GESCHENK" m'intriguent énormément mais impossible de les trouver...

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  2. Bonsoir! Bienvenue par ici! :)

    Pour LA FERME DU CRIME, je sais que le film est sorti en Allemagne sur support DVD & Blu-ray mais uniquement dans son language d'origine (avec des sous-titres optionnels en allemand).

    Pour ce qui est de STEFANIES GESCHENK, la nature sulfureuse et dérangeante du long-métrage ne lui donne quasiment aucune chance d'une sortie en DVD. A moins qu'un éditeur courageux ne s'y mette un jour... Par contre, le film est visible sur internet par ici : http://good-films.net/art-house/13057.html Petit souci, il me semble qu'il s'agit de la version originale redoublée par dessus dans une autre langue en léger décalage; il me semble que c'est en grec! Un peu comme le doublage des films en Russie il y a bien longtemps... ^^ Pas la meilleure des façons de découvrir le film, mais c'est déjà ça!

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Au revoir...

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