mardi 8 juin 2010

AIR DOLL

AIR DOLL (Kûki Ningyô) de Hirokazu Koreeda (2009)

Hideo vit avec une poupée gonflable qu'il appelle Nozomi. La poupée est sa compagne intime : il l'habille, lui parle, dîne avec elle, et a des relations sexuelles. Cependant, à l'insu de Hideo, Nozomi a été créé avec un cœur. Un matin alors qu’Hideo est au travail, Nozomi prend vie et décide d’explorer le monde extérieur avec les yeux d’un enfant...

Avec un sujet pareil on pourrait presque croire se retrouver devant un film malsain et bourré de perversions. Pourtant, il n'en est rien. Le réalisateur joue plutôt la carte de la poésie visuelle sur un ton très contemplatif. Il prend ainsi son temps à développer le parcours de son héroïne qui découvre le monde, par petites touches lyriques à la fois planantes et mélancoliques. A ce titre, Doona Bae, la comédienne qui interprète le rôle de la poupée humaine, est absolument stupéfiante de justesse. Autant en se mettant nue face à son "mari" qui la "viole" tous les soirs que durant ses escapades en ville où ses rencontres sont toujours très touchantes. On pourrait craindre une certaine naïveté dans le traitement, Koreeda arrive pourtant à maintenir une vraie tendresse sans jamais verser dans la mièvrerie.

Il est intéressant de voir que la découverte de la vie pour cette héroïne hors-du commun se passe à travers son emploi dans un vidéoclub; ses relations avec la clientèle et les collègues de travail. C'est à la fois drôle et très émouvant à suivre. Le réalisateur ne plombant pas son scénario avec des explications détaillées sur le passage du récit au fantastique, on ne saura donc jamais pourquoi les personnages ne s'interrogent pas davantage sur les faits curieux liés à l'héroïne et sa méconnaissance des sujets les plus élémentaires de l'existence. Cela donne au long-métrage une aura particulière dans laquelle il est agréable de s'y plonger.

AIR DOLL parle des relations humaines, de la société... De la peine que les gens ont de nouer des liens entre eux. De là découle l'utilisation de poupées gonflables en guise de compagnie. Même lorsque le "mari" de Nozomi découvre que celle-ci est devenue humaine, il rejette complètement cette personne réelle pour carrément souhaiter qu'elle ne soit juste qu'une poupée. D'ailleurs, il y a même un moment où l'héroïne se retrouve confronté au "père" de ces créatures synthétiques, prenant ainsi réellement compte de sa condition de substitut de femme, unique objet pour assouvir les pulsions sexuelles. Avec la découverte de son coeur, elle éprouve enfin des émotions et cela lui permet de s'ouvrir à une autre vie et connaître le sentiment amoureux avec l'un de ses collègues de travail. Ce qui est d'autant plus émouvant à voir, c'est la manière dont ce dernier va apprendre la véritable identité de Nozomi. Blessée au bras, elle va se "dégonfler" devant lui avant que l'homme se décide à la "réparer" en soufflant en elle. Peux-t'on faire plus beau et poétique pour un être si particulier qui se dévoile ainsi à l'autre?

A mesure que le film avance au rythme de petites mélodies entêtantes composées par le groupe Word's End Girlfriend, AIR DOLL est une balade contemplative dans une société de plus en plus déshumanisée où la complexité des rapports humains est de plus en plus difficile à déchiffrer. Le film ne propose pas de réponse, reste toujours très vague et le spectateur en retirera ce qu'il veut bien en garder. C'est un beau voyage, aux images superbes et où l'émotion est palpable à chaque instant, même dans ceux que l'on jugerait comme les plus insignifiants. Nozomi s'en retrouvera transformée, pour le meilleur et le pire. Au spectateur de se laisser porter par ce poème enchanteur totalement envoûtant devant lequel il fait bon de verser quelques grosses larmes, entre bonheur et tristesse.



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