mercredi 14 avril 2010

SPIDER BABY

SPIDER BABY (Spider Baby, Or The Maddest Story Ever Told) de Jack Hill (1964)

Le Syndrome de Merrye est une maladie génétique rare. Ceux qui en sont atteint souffrent d'une dégénérescence mentale qui les font régresser à un stade de sauvagerie pré-humain proche du cannibalisme! Ce syndrome porte son nom d'après la seule famille au monde qui en fut atteinte. Les enfants Merrye Elizabeth, Virginia et Ralph vivent tous dans la vieille demeure familiale sur la colline, sous la bonne garde de leur chauffeur Bruno. Leur père est mort. De temps en temps, un pauvre promeneur s'aventure autour de leur maison et se retrouve mort, mais Bruno essaie de maintenir une conduite exemplaire auprès des membres de sa famille. Les choses vont gentiment se dégrader jusqu'au jour où ils apprennent l'arrivée de lointains cousins, ainsi que de leur avocat, qui viennent visiter la maison et s'autoproclamer nouveaux tuteurs des enfants. Une manière comme une autre de venir mettre la main sur la fortune familiale. Les victimes vont se succéder, à commencer par le coursier qui vient leur annoncer la nouvelle...

Petite production horrifique qui ne paie pas de mine, SPIDER BABY est l'un des derniers films de la longue carrière de Lon Chaney Jr, une légende du cinéma d'horreur et fantastique. Ce film fut longtemps considéré comme perdu et à connu un destin très particulier. Tourné de manière très artisanale en 12 jours à peine, il est financé par deux agents immobiliers qui font faillite très rapidement, ce qui conduit SPIDER BABY à rester bloqué pendant quatre ans sur les étagères avant d'être distribué dans des petits circuits et dans les drive-in. Avant d'être finalement découvert durant les années 80.

Jack Hill, principalement connu pour sa contribution à la Blaxploitation avec des oeuvres maîtresses comme COFFY LA PANTHERE NOIRE DE HARLEM et FOXY BROWN avec Pam Grier, est le réalisateur de ce petit long-métrage oublié qui pourrait très bien être son meilleur fillm. SPIDER BABY est tout à fait dans la mouvance des productions horrifico-comiques comme on en trouvait beaucoup dans les années 60, que ce soit celles de Roger Corman ou encore de Willliam Castle. Mais il se dégage quelque chose de bien particulier dans celui-ci, un mélange d'innocence et de perversité qui fait froid dans le dos. Le cinéaste développe une formidable ambiance à travers son film qui, malgré la relative maigreur de ses moyens financiers, conserve encore aujourd'hui intact tout son impact. L'oeuvre vieillit vraiment très bien, se révélant à la fois effrayant, glauque et drôle... même en tenant compte des standards de notre époque. Ce petit chef-d'oeuvre se fait même le précurseur de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE auquel le film de Tobe Hooper emprunte beaucoup de choses, que ce soit son atmosphère étouffante et ses décors macabres. Car cette maison est sombre et poussièreuse, remplit d'animaux dégoûtants, que ce soit des cadavres cloués aux murs jusqu'aux araignées qui peuplent les tiroirs des commodes. Inquiétant. L'humour qui se dégage de situations grotesques entre les personnages de cette famille n'est pas non plus sans rappeler ce qui fera le sel de films comme LA FAMILLE ADDAMS ou encore EVIL DEAD.

Pour incarner ses personnages dégénérés, Jack Hill regroupe une belle galerie de comédiens dont on retiendra surtout les noms de Lon Chaney Jr. et Sid Haig qui interprète le rôle d'une sorte de chien humain. Pratiquement sans dialogue, l'acteur confère à son personnage une humanité très touchante. Mais celles qui font le plus impression parmi les membres de la famille sont surtout les deux filles : Elizbath et Virginia, incarné par Beverly Washburn et l'incroyable Jill Banner. Silhouettes fragiles, jeunes et innocentes, sourires enjôleurs et grands yeux fascinants. On ne peut être que troublé. Sans en faire trop, ces deux rôles dégagent un malaise constant à chacune de leurs apparitions. Il ne s'agit pas là des habituels personnalités de psychopathes exubérants que l'on trouve par dizaines dans les films d'horreur. Non, ici tout se joue d'une manière beaucoup plus subtile, car ces personnages se révèlent autant troublants et dangereux qu'adorables. On ne peut malgré tout pas les détester même si elles commettent des actes monstrueux.


Ce qui est aussi intéressant de voir, c'est le rôle qu'interprète Lon Chaney. Il se dégage une certaine bonté de la part de ce chauffeur qui essaie tant bien que mal de maîtriser la situation auprès de ses enfants qui ne connaissent pas la différence entre le bien et le mal. Tout ne semble être qu'un jeu, à la fois palpitant et pervers. Virginia se prend pour une araignée, se déplacant bizarrement avec sa grande "toile" pour attraper des "insectes" et les piquer avec de grands instruments tranchants à plusieurs reprises. La manière dont Jack Hill filme ses jeunes filles est fascinante, d'une beauté à la fois enivrante et qui vous coupe le souffle. Il se dégage une poésie évidente dans ses images admirablement bien composées.

Le film de Jack Hill a aussi eu une influence déterminante dans l'oeuvre de Rob Zombie, spécialement sur sa MAISON AUX 1000 MORTS qui est un quasi-remake de SPIDER BABY. On y retrouve d'ailleurs Sid Haig dans la distribution. Au final, c'est une oeuvre fondatrice qui se dévoile devant nos yeux, d'une force évocatrice peu commune qui convoque des sensations de frayeurs inédites de nos jours, des images envoûtantes et effrayantes qui nous subjuguent par leurs forces cinématographiques. Avec un petit film tout simple, son réalisateur a posé les bases d'un cinéma terriblement puissant car il a le don de pouvoir faire peur et rire à la fois, tout un générant un malaise et une fascination que les années n'ont pas altérées une seconde... Le mot chef-d'oeuvre n'est même pas assez fort pour le décrire. Indispensable et essentiel, SPIDER BABY est donc une date dans l'histoire du film fantastique et d'horreur. Longtemps invisible, c'est un réel bonheur de savoir qu'il est désormais disponible en DVD. Que ce soit en édition Zone 2 (sorti chez Wild Side, à petit prix mais sans supplément) ou Zone 1 (chez Dark Sky, et bourré de suppléments). A voir et à chérir absolument. CHEF-D'OEUVRE!


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