mardi 21 juillet 2015

NIFFF 2015



Le NIFFF est en feu. Le logo du plus fameux festival de cinéma de suisse s’embrase et explose… Voilà comment se présente le programme de cette quinzième édition. Réjouissances à l’horizon. Impatience, également. A mesure que l’on prend connaissance avec parcimonie des petites gâteries de cette nouvelle manifestation – dont la venue de Chris Carter en personne, la tête pensante de la série télévisée AUX FRONTIERES DU REEL (largement plus connu sous nos latitudes en tant que X-FILES) et la prévision d’une gigantesque rétrospective autoproclamée « plaisirs coupables », on s’emballe très vite avant même d’y être... En fait, cette annonce publicitaire fut quasiment prémonitoire car, à travers ses flammes ardentes, le NIFFF ne s’attendait sûrement pas à subir un véritable déluge caniculaire qui échauffa l’intégralité de la programmation. Il n’avait jamais fait aussi chaud à Neuchâtel. On a même battu un record historique en terme de température estivale. Alors que le soleil tapait méchamment sur les têtes des festivaliers, on aurait pu se dire que la fraîcheur climatisée des cinémas de la ville ne pouvait qu’être un bonheur supplémentaire pour les adeptes des salles obscures. Peine perdue. Alors que la chaleur s’immisçait sans gêne parmi les spectateurs qui, incessamment, battaient l’air à l’aide d’éventails de fortune ; des ventilateurs géants vrombissaient durant les projections. Ou comment transformer la plupart des séances du festival en expériences collectives hallucinantes qui, pour rester poli, étaient aussi agréables que de savourer chez soi un film sur un écran plat dans un salon surchauffé.

Le NIFFF, qui prend chaque année une ampleur nouvelle, n’a pour ainsi dire jamais vraiment tenu ses promesses en termes de confort. Alors qu’on avait commencé, ces dernières années, à prendre l’habitude de s’asseoir sur des chaises pour assister à des séances au Temple du Bas (lieu de culte qui n’a rien à voir avec une salle obscure classique), voilà que la canicule n’aida pas à se sentir davantage à l’aise pour savourer des projections cinématographiques. Mais que nenni. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ?… Qu’en est-il donc de cette nouvelle cuvée « fantastique » ?

Ce qu’il faut reconnaître au NIFFF, c’est son approche très éclectique du 7ème Art. Le festival s’est toujours ouvert au monde entier et il n’hésite jamais à rapporter de contrées diverses et parfois méconnues des œuvres que l’on n’aurait probablement jamais eu l’occasion de découvrir en d’autres circonstances. Ainsi, comme c’est le cas chaque année, la sélection officielle s’est enorgueillit d’une palette de couleurs cinématographiques très contrastées. On l’a entendu maintes fois à travers différentes précédentes éditions, le « fantastique » au NIFFF se faufile partout. Si bien qu’à travers cette programmation on aura autant le droit de voir du film d’horreur, du film d’action, du drame social, de la comédie et bien d’autres choses encore. Mais cela rend-t-il le programme réellement « fantastique » ? Car, avant tout chose, j’imagine que le spectateur potentiel est censé venir trouver au NIFFF sa dose de films à base de fantastique pur. C’est quand même ainsi que s’autoproclame, depuis ses débuts il y a 15 ans déjà, ce festival assez unique en son genre dans ce beau pays qu’est la Suisse. Mais le NIFFF a la fâcheuse tendance, à mesure que les années passent, de vouloir bouffer à tous les râteliers. D’abord le cinéma asiatique, d’une manière générale cruellement mis de côté des salles de cinéma en Suisse ; ce qui est fondamentalement une bonne idée pour découvrir un horizon asiatique dont on est privé le reste de l’année ; pour ensuite dériver vers divers autres genres et sous-genres qui n’ont que moyennement leurs places dans cette manifestation.

Cette année 2015 ne faisant pas exception, la sélection s’avère incroyablement fade en terme de découvertes. Autant du côté du cinéma contemporain que de la plongée rétrospective qui nous est proposée. Les thématiques audacieuses et tout particulièrement les explorations démentes de cinéphiles archéologues dénicheurs de pépites rares et oubliées ont (momentanément ?) été mises de côté au profit d’une programmation sans réelles surprises. On pourrait dire que le NIFFF ne fait même pas l’effort d’aller plus loin qu’une programmation digne de la Cinémathèque suisse en puisant dans un répertoire très classique pour affiner sa programmation. Il va de soi que les films choisis se révèlent souvent très bons, mais on est tout de même en droit d’attendre d’un festival pareil qu’il sorte des chemins cinématographiques archi-rabattus à travers quantité d’œuvres que l’on aurait l’occasion de voir dans d’autres circonstances. D’autant plus qu’avec ses « plaisirs coupables » le NIFFF se fourvoie complèment en mixant allégrement des chefs-d’œuvres de l’Histoire du Cinéma avec des séries B et Z tout en alignant des erreurs de catégorisation qui fâchent. Et que vient faire, pour ne prendre qu’un exemple, LE FLIC DE BEVERLY HILLS désigné comme film de « Blaxploitation » dans une sélection pareille ? Que dire de IL ETAIT UNE FOIS EN AMERIQUE qui est présenté ici comme un film d’exploitation ? LES DIABLES de Ken Russell, c’est de la « sexploitation » ? Sérieusement ? Il faut également signaler, pour les plus puristes parmi les amateurs de cinéma, le fait que la grande majorité des diffusions dans cette catégorie se révéleront être au format DVD ou Blu-ray au détriment de copies 35mm qui sont parfois introuvables ou dans des conditions techniques déplorables. Ce qui est d’autant plus triste, à l’ère du numérique, c’est surtout la quasi absence de sous-titres lors de ces projections. Les organisateurs du festival s’aliénant ainsi une grande partie d’un public potentiel (notamment les plus jeunes, qui n’auraient pas encore pu voir la plupart de ces films) qui n’est pas anglophone et se retrouve à devoir mettre de côté une grande partie de la programmation qui leur devient inaccessible par la barrière de la langue.

Le NIFFF ne semblant plus avoir grand chose d’appétissant à offrir aux spectateurs des salles obscures les plus exigeants, se transforme surtout de plus en plus en grand camp de vacances. Cette année, la grande trouvaille aura été d’organiser une énorme soirée karaoké pour faire chanter ses participants, déguisés sur la scène du Temple du Bas, entonnant les grands tubes des années 80 qui ont servis de bande sonore au cinéma. Et puis si vous venait l’envie d’une toile sous les étoiles, vous aviez la possibilité de déguster un « plaisir coupable » comme LES DENTS DE LA MER allongé sur un transat lors des soirées Open Air ouvertes au plus grand nombre. Il ne manquerait plus que cela se passe aux abords du lac pour davantage d’interactivité. Dorénavant, le NIFFF c’est encore davantage que des films en salles, c’est aussi beaucoup d’événements mondains que les organisateurs s’apprêtent à mettre en place pour le plaisir de ses invités de l’année qui auront toujours la possibilité de terminer leurs soirées accompagné d’un disc-jockey qui aurait bien plus sa place dans une discothèque que durant une semaine événement dédié au 7ème art. A voir le NIFFF mettre ainsi beaucoup d’efforts afin de satisfaire le plus grand nombre à leur propre fête, le festival finira par perdre un peu de son identité fondatrice qui risque de devenir banale, voir presque insignifiante en regard d’une programmation qui n’attise pas le feu comme semblerait le faire croire leur logo enflammé pour 2015. En découvrant le palmarès 2015, le NIFFF se dévoile finalement comme quelque chose qui n’a rien de fantastique au premier degré, malgré tout le bien que l’on pourrait dire de films comme GREEN ROOM – grand gagnant de cette édition - qui n’est fondamentalement pas un long-métrage qui aurait dû avoir sa place dans un festival comme celui-ci ! Un festival qui se termine de manière bien fade, après discours et trompettes autocongratulantes, avec une simple avant-première qui n’a rien de vraiment exclusif : RENAISSANCES de Tarsem Singh, grosse production hollywoodienne ficelée sans réel panache qui rejoindra très prochainement les sorties cinéma traditionnelles des salles obscures du pays. Une manière de clôturer une édition sans risques et sans le moindre éclat « fantastique »…

mardi 6 janvier 2015

CINEMA 2014 : LE TOP DE L'ANNEE

Une nouvelle année de cinéma. L’heure du bilan qui, comme à son habitude, est le moment de faire ressortir ses préférences sur 365 jours à s’émerveiller à de nombreuses séances de projection, dans le noir face à l’écran géant ; à s’en faire péter les rétines et à se graver dans la tête nombres de longs-métrages et quantité de séquences mémorables !

Il y eut donc beaucoup de plaisirs cinématographiques cette année. Si bien qu’il a parfois été dur de choisir seulement 10 œuvres parmi l’énorme offre que le 7ème Art nous abreuve. Mais cela fait aussi partie du jeu des « Top Ten », savoir afficher une belle sélection qui offre un large panorama de ce qui m’a le plus marqué parmi tous les films que j’ai eu la chance de découvrir dans le courant de l’année. Parfois, ce fut grâce à la magie de festivals où la sélection des organisateurs permit au friand spectateur que je suis de voir sur grand écran des films qui n’ont hélas pas le privilège de passer dans le circuit traditionnel des salles obscures de Suisse.

Le 7ème Art, c’est avant tout un univers de sensations. Et rien n’a été plus fort et plus intense que L’ETRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS en tant qu’expérience cinématographique. Encore plus fort que AMER (leur premier long-métrage) avant celui-ci, le duo de cinéaste livre ici le film plus audacieux de l’année. Un véritable choc esthétique, un puzzle giallesque fascinant et envoûtant qui met à contribution tous les sens du spectateur. Etourdissant.

Pour la suite, l’ensemble de ma sélection regorge de magnifiques surprises, toujours étonnantes. J’aime surtout privilégier les œuvres qui détonnent dans le paysage cinématographique actuel, s’aventurant hors des sentiers battus, rapprochant le médium du 7ème Art vers de nouveaux styles narratifs. WHY DON’T YOU PLAY IN HELL et sa délirante déclaration d’amour au cinéma. UNDER THE SKIN et sa glaçante expérimentation fantastique. BIRD PEOPLE qui vous change la vie. Et IT FOLLOWS !!! Je ne vous gâche pas la surprise, le film sort officiellement (après les projections de festivals comme le NIFFF) enfin en 2015 !

Et puis il y eut aussi SHELL où comment nouer un drame intimiste dans une station d’essence plongée en pleine campagne d’Ecosse, pluvieuse et désertique. La puissance répétitive d’EDGE OF TOMORROW... Et comment oublier la beauté bouleversante d’une histoire d’amour qui ne dit pas son nom avec le très beau FUNERAL AT NOON venu d’Israël... La petite entorse aux séances "grand écran" est avec PULSION. La dernière œuvre d’Ovidie ayant eu sa primeure sur la « petite » lucarne, ce qui n’empêchera pas ce porno si bon, si drôle et original de s’asseoir sans honte dans mon TOP 10 pour 2014. Et puis, je termine avec le dernier film de Paul Schrader, une curiosité étrange et fascinante que je vous recommande chaudement de découvrir si cela n’est pas encore fait !

Je m’autorise également le plaisir de pointer deux œuvres « hors compétition », mais absolument indispensables à mettre aux côtés de mes plus belles réussites cinématographiques pour 2014. Tout d’abord la géniale mini-série de Bruno Dumont et puis, pour terminer, deux œuvres courtes de Bertrand Mandico, une véritable lettre d’amour au cinéaste polonais Walerian Borowczyk. Tout simplement indispensable !

LE TOP DE L’ANNEE :

1. L’ETRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS de Hélène Cattet & Bruno Forzani
2. WHY DON’T YOU PLAY IN HELL ? (Jigoku De Naze Warui) de Sion Sono
3. UNDER THE SKIN de Jonathan Glazer
4. BIRD PEOPLE de Pascale Ferran
5. IT FOLLOWS de David Robert Mitchell
6. SHELL de Scott Graham
7. EDGE OF TOMORROW de Doug Liman
8. FUNERAL AT NOON de Adam Sanderson
9. PULSION de Ovidie
10. THE CANYONS de Paul Schrader

HORS COMPETITON

P’TIT QUINQUIN de Bruno Dumont
BORO IN THE BOX / LIVING STILL LIFE de Bertrand Mandico






Avec les affiches et les bandes annonces, c'est encore plus beau!!


















































Au revoir...

Au revoir...
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